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Filière cacao : Le Cameroun ouvre le chantier d’un nouveau partage de la valeur au profit des producteurs

À la veille du lancement officiel de la campagne cacaoyère 2026-2027, le gouvernement camerounais engage une réflexion de fond sur la rémunération des producteurs. Réunis à Yaoundé le 5 août, les principaux acteurs de la filière sont appelés à repenser la répartition des revenus générés par le cacao, dans un contexte marqué par la flambée des cours mondiaux, le développement des capacités locales de transformation et la concurrence du marché nigérian.

Le Cameroun amorce une nouvelle étape dans la gouvernance de sa filière cacao. En ouvrant le Forum consacré à la rémunération des producteurs, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a placé la question du partage de la richesse au cœur des priorités publiques. Aux côtés du ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, des responsables de l’Office national du cacao et du café (ONCC), du Fonds de développement des filières cacao et café (FODECC) et du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), il a appelé l’ensemble des intervenants de la chaîne à bâtir un modèle plus équilibré. Pour le membre du gouvernement, les revenus actuellement perçus par les producteurs demeurent insuffisants au regard de la valeur créée tout au long de la chaîne. Cette situation, estime-t-il, fragilise durablement la production nationale et menace l’avenir d’une filière qui constitue l’une des principales sources de devises du pays.

Un dialogue plutôt qu’une réforme imposée

L’exécutif assure toutefois ne pas vouloir imposer une solution arrêtée à l’avance. Les autorités privilégient une concertation entre producteurs, transformateurs, exportateurs et administrations afin d’identifier des mécanismes susceptibles d’améliorer durablement la rémunération des planteurs sans compromettre la compétitivité du secteur. Cette approche traduit la volonté du gouvernement de construire un consensus sur un sujet devenu particulièrement sensible. Depuis deux ans, la hausse historique des cours internationaux du cacao alimente les attentes des producteurs africains, qui réclament une part plus importante de la valeur générée par leur production.

La transformation locale au cœur des équilibres économiques

Le forum intervient également dans un contexte où le Cameroun dispose désormais d’importantes capacités industrielles de transformation. Selon les chiffres présentés, les unités installées dans le pays peuvent traiter environ 250 000 tonnes de fèves, soit un volume proche de la production commercialisée lors de la campagne 2025-2026. À cette capacité nationale s’ajoute la forte demande des industriels nigérians, dont les besoins de transformation avoisinent 200 000 tonnes. Cette double demande offre de nouveaux débouchés aux producteurs, mais soulève également la question de la valeur effectivement captée par l’économie camerounaise. Le ministre du Commerce a ainsi invité les acteurs à examiner les retombées réelles des avantages fiscaux et douaniers accordés aux transformateurs. L’objectif est de déterminer si ces incitations publiques produisent effectivement les effets attendus en matière de création de valeur, d’emplois et d’amélioration des revenus des producteurs.

Le défi des exportations informelles vers le Nigeria

Les discussions ont aussi porté sur les flux de cacao qui quittent le territoire en direction du Nigeria. Ce phénomène, régulièrement dénoncé par les autorités, est favorisé par les écarts de prix et par l’attractivité du marché voisin. Pour le gouvernement, la lutte contre cette « évaporation » des fèves ne pourra être efficace sans une meilleure concertation avec les opérateurs privés. L’amélioration des conditions de commercialisation au Cameroun apparaît comme l’un des leviers permettant de limiter ces sorties et de sécuriser davantage les approvisionnements des industriels locaux.

Au-delà de la seule question des prix, ce forum marque une évolution dans la stratégie publique appliquée au cacao. Longtemps centrée sur l’augmentation des volumes produits et la promotion de la transformation locale, la politique gouvernementale intègre désormais plus explicitement la problématique du partage de la valeur créée. Les recommandations attendues à l’issue des travaux devraient alimenter les orientations de la campagne cacaoyère 2026-2027, dont le lancement est prévu le 6 août. Elles pourraient également ouvrir la voie à des ajustements réglementaires et économiques destinés à renforcer l’attractivité de la production tout en consolidant la position du Cameroun parmi les principaux producteurs mondiaux de cacao. Dans un marché mondial en profonde mutation, où les exigences de durabilité, de traçabilité et de meilleure rémunération des agriculteurs prennent une importance croissante, le défi pour le Cameroun sera désormais de concilier compétitivité industrielle, création de valeur locale et amélioration durable des revenus des planteurs.

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