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Marchés agricoles : El Niño pourrait aggraver la faim mondiale et fragiliser les économies africaines

La perspective d’un épisode El Niño particulièrement intense fait peser une nouvelle menace sur l’approvisionnement alimentaire mondial. Selon les projections du Programme alimentaire mondial (PAM), près de 49 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici fin 2027. En Afrique, le phénomène risque d’amplifier les tensions déjà provoquées par le renchérissement des intrants, les perturbations commerciales et la vulnérabilité des systèmes agricoles.

L’agriculture mondiale pourrait entrer dans une nouvelle zone de turbulences. Après les tensions géopolitiques qui perturbent les échanges de matières premières et renchérissent certains intrants agricoles, le risque climatique vient ajouter une pression supplémentaire sur les chaînes d’approvisionnement. Le PAM estime à 81 % la probabilité qu’un épisode El Niño de très forte intensité se développe. Si cette hypothèse se confirme, le nombre de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire aiguë pourrait atteindre 274 millions dans le monde d’ici fin 2027, soit environ 49 millions de personnes de plus qu’en l’absence de ce choc. Le phénomène se caractérise par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique équatorial. Ses effets dépassent toutefois largement cette zone géographique. Modification des précipitations, épisodes de sécheresse, pluies excessives ou perturbation des calendriers agricoles peuvent réduire les rendements et provoquer une hausse des prix alimentaires.

Le continent africain concentre une partie importante des risques. L’Afrique de l’Est et l’Afrique australe pourraient être particulièrement exposées, notamment parce que leurs prochaines saisons agricoles seront déterminantes pour les récoltes. Plus de 18 millions de personnes pourraient y voir leur situation alimentaire se détériorer, soit une progression estimée à 26 %. En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, l’augmentation de l’insécurité alimentaire pourrait atteindre 12 %, avec près de six millions de personnes supplémentaires concernées. Pour les économies de ces régions, le problème ne se limite pas à la disponibilité des denrées. Une baisse de la production agricole signifie potentiellement davantage d’importations, une pression sur les réserves de change, une augmentation des dépenses publiques destinées à soutenir les populations vulnérables et, dans certains pays, une accélération de l’inflation alimentaire.

Le risque climatique intervient alors que les producteurs évoluent déjà dans un environnement difficile. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont contribué à accentuer les inquiétudes concernant l’approvisionnement et le coût des engrais. Or, une agriculture confrontée à des intrants plus chers et à une météo moins prévisible dispose de marges de manœuvre réduites. Les exploitants peuvent diminuer les quantités utilisées, avec le risque de rendements plus faibles, ou maintenir leurs investissements au prix d’une hausse des coûts de production. Pour les consommateurs, cette situation peut se traduire par une transmission progressive du choc climatique aux prix des marchés. Les ménages les plus modestes sont les premiers exposés, car l’alimentation représente une part importante de leurs dépenses.

Le PAM défend ainsi une logique de prévention. L’objectif consiste à intervenir avant que les sécheresses ou les inondations ne provoquent des pertes massives de récoltes et de revenus. Cette approche présente également un intérêt économique. Financer des mesures d’anticipation, renforcer les systèmes d’alerte, sécuriser les stocks alimentaires, développer l’irrigation ou soutenir les semences adaptées peut coûter moins cher que gérer une crise alimentaire installée. Le défi est d’autant plus important que le monde sort à peine d’une année 2025 ayant enregistré une amélioration relative. La FAO estimait alors à 645 millions le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique, contre environ 659 millions un an auparavant.

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