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Cameroun–États-Unis : Yaoundé veut redessiner son partenariat économique avec Washington

À quelques semaines du Dialogue économique Cameroun–États-Unis prévu le 27 août 2026 à Yaoundé, le gouvernement camerounais met sur la table plusieurs dossiers structurants : retour dans l’AGOA, financement de la production locale, renforcement du dispositif national de normalisation, création d’une Bourse des matières premières et coopération dans l’intelligence artificielle. Derrière ces demandes, se dessine une ambition plus large : transformer l’accès au marché américain en véritable levier d’industrialisation.

Le rendez-vous du 27 août prochain devrait dépasser le cadre d’une simple rencontre diplomatique. Il s’annonce comme une plateforme destinée à identifier de nouveaux relais de croissance dans les échanges entre le Cameroun et les États-Unis. Reçu le 10 août à Yaoundé par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, le Chargé d’Affaires américain John G. Robinson a présenté les trois axes autour desquels Washington entend structurer les discussions : amélioration du climat des affaires, développement des échanges commerciaux et accroissement des investissements. Les secteurs minier, technologique et financier numérique devraient notamment figurer parmi les domaines explorés. Pour les économistes, cette orientation traduit une évolution du partenariat : l’enjeu n’est plus uniquement de vendre davantage, mais de créer les conditions permettant aux entreprises américaines et camerounaises d’investir davantage dans les chaînes de valeur locales.

Le retour dans l’AGOA, mais pas à n’importe quel prix

Le dossier le plus sensible reste celui de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Suspendu du bénéfice de ce mécanisme depuis janvier 2020, le Cameroun cherche à retrouver cet accès préférentiel au marché américain. Pour Yaoundé, cependant, une éventuelle réintégration ne devrait pas se limiter à une réouverture des portes du marché américain. Le gouvernement souhaite y associer un dispositif d’accompagnement financier et technique destiné à accroître les capacités de production et de transformation. Cette revendication révèle une faiblesse structurelle de l’économie camerounaise : disposer de matières premières exportables ne suffit pas pour tirer pleinement profit des marchés internationaux. Cacao, café, bois, produits agricoles ou ressources minières offrent des possibilités importantes, mais leur transformation locale reste déterminante pour augmenter la valeur captée par l’économie nationale. La véritable question de l’AGOA est donc celle de la compétitivité. Sans infrastructures, financement, normes adaptées et capacités industrielles suffisantes, un accès préférentiel au marché américain pourrait profiter davantage aux opérateurs déjà structurés qu’aux petites et moyennes entreprises camerounaises.

Les normes deviennent une arme commerciale

Le projet de laboratoire national des normes et de la qualité constitue un autre chantier stratégique. À l’heure où les marchés internationaux imposent des exigences croissantes en matière de sécurité, de traçabilité et de conformité, l’absence de capacités nationales performantes de certification peut devenir un frein aux exportations. La mise en place d’une telle infrastructure permettrait au Cameroun de renforcer ses capacités de contrôle et d’accompagner les entreprises dans la mise à niveau de leurs produits. Pour les cadres économiques, cette infrastructure doit cependant être pensée comme un outil de compétitivité et non comme un simple équipement administratif. Son efficacité dépendra de la rapidité des procédures, de la reconnaissance internationale des certifications délivrées et de l’accessibilité des services aux PME.

Une Bourse des matières premières pour mieux connecter producteurs et marchés

Yaoundé souhaite également accélérer le projet de Bourse des matières premières, dont l’étude de faisabilité est déjà disponible. L’objectif serait de créer une plateforme capable de rapprocher producteurs, acheteurs et investisseurs, tout en améliorant l’accès aux informations sur les prix, les volumes et la demande.

Dans une économie où de nombreux producteurs restent éloignés des mécanismes de marché, une telle infrastructure pourrait réduire l’asymétrie d’information et améliorer la transparence des transactions. Mais son succès dépendra de sa gouvernance, de la fiabilité des données publiées et surtout de son intégration aux circuits commerciaux régionaux et internationaux. Une Bourse sans liquidité ni participation suffisante des opérateurs risquerait de rester une vitrine institutionnelle plutôt qu’un véritable outil de marché.

L’intelligence artificielle entre dans l’équation

Camerounais et Américains reconnaissent désormais son potentiel dans le commerce, la finance, la production et les services. Pour le Cameroun, l’enjeu est de ne pas rester simple consommateur de technologies importées. L’IA peut contribuer à améliorer la productivité des entreprises, optimiser les chaînes logistiques, faciliter l’analyse des marchés et moderniser les services financiers. La coopération avec les États-Unis pourrait ainsi ouvrir des perspectives en matière de transfert de compétences, de formation et d’innovation.

Un dialogue qui devra produire des résultats concrets

Au-delà des annonces, le véritable test du Dialogue économique du 27 août sera sa capacité à déboucher sur des engagements opérationnels. L’équation est désormais claire : accès au marché américain + financement + transformation locale + normes + technologie. Si ces différents leviers sont articulés, le partenariat Cameroun–États-Unis pourrait évoluer vers une relation davantage orientée vers l’investissement et la création de valeur. Pour Yaoundé, le défi sera surtout de transformer les opportunités commerciales en capacités industrielles durables. Pour Washington, l’enjeu sera de déterminer dans quelle mesure les entreprises américaines peuvent trouver au Cameroun un environnement suffisamment compétitif et prévisible pour accroître leur présence.

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