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Réforme du capital : Chanas Assurances prépare une opération de 13,27 milliards FCFA pour renforcer ses fonds propres

L’assureur camerounais Chanas Assurances s’apprête à modifier en profondeur la structure de son capital. Validée par les actionnaires en avril dernier, l’opération doit faire passer le capital social de 6,05 à 13,27 milliards de FCFA. Elle combine une réduction préalable, une levée de fonds en numéraire de 3,33 milliards et une conversion de 5,35 milliards de réserves en capital. Derrière cette opération financière se joue surtout la capacité de la compagnie à répondre aux nouvelles exigences prudentielles de la réglementation CIMA.

Chanas Assurances veut changer d’échelle sur le plan capitalistique. Dans un avis publié le 10 août 2026, la compagnie détaille les modalités d’une restructuration approuvée lors de son Assemblée générale extraordinaire tenue le 14 avril à Douala. Le schéma retenu commence par une réduction du capital social. Celui-ci passera de 6,051 milliards à 4,6 milliards de FCFA, soit une diminution de 1,451 milliard. La compagnie indique que cette opération intervient conformément aux prescriptions de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA), sans toutefois détailler dans l’avis les raisons comptables précises de cette réduction. Cette première étape sera immédiatement suivie d’une augmentation de capital en numéraire de 3,326 milliards de FCFA. Pour la réaliser, 33 260 actions nouvelles d’une valeur nominale de 100 000 FCFA chacune seront émises. Le capital atteindra alors environ 7,93 milliards de FCFA. Une troisième opération viendra ensuite porter le montant à 13,273 milliards : 5,347 milliards de FCFA de réserves seront incorporés au capital, avec attribution d’actions gratuites aux actionnaires. Au total, l’écart entre le capital actuel et le capital projeté est de 7,22 milliards de FCFA, soit une progression de 119,35 %. Le capital serait ainsi multiplié par plus de deux.

Une hausse du capital qui ne signifie pas 13 milliards de cash

Pour les analystes financiers, il convient toutefois de distinguer capital social et ressources effectivement injectées dans l’entreprise. Sur les 8,67 milliards de FCFA d’augmentations réalisées après la réduction initiale, seuls 3,326 milliards correspondent à une véritable recherche de ressources nouvelles auprès des actionnaires ou d’éventuels investisseurs.

Les 5,347 milliards restants proviennent de réserves déjà présentes dans les capitaux propres de Chanas. Leur transformation en capital améliore la structure juridique du capital, mais ne procure pas de trésorerie supplémentaire à l’entreprise. « L’opération est intéressante sur le plan prudentiel, mais il ne faut pas confondre augmentation du capital et augmentation de la liquidité disponible », analyse un cadre du secteur financier interrogé sur la portée de l’opération. Pour lui, « le véritable indicateur à surveiller sera le niveau des fonds propres après opération et non le seul chiffre affiché au registre du commerce ». Cette distinction sera particulièrement importante pour apprécier la capacité de l’assureur à financer son activité et à absorber d’éventuelles pertes.

Les investisseurs appelés à mettre la main à la poche

L’augmentation en numéraire constitue donc le volet financier le plus stratégique. Les actionnaires actuels bénéficient d’un droit préférentiel leur permettant de souscrire aux nouvelles actions afin de préserver leur niveau de participation. La Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui déclare détenir 45,26 % du capital de Chanas Assurances, serait directement concernée. Pour maintenir approximativement cette participation, elle devrait apporter autour de 1,5 milliard de FCFA sur les 3,326 milliards proposés. Mais rien ne garantit que tous les actionnaires exerceront leurs droits. Les actions qui ne seraient pas souscrites pourront être proposées à d’autres actionnaires ou à de nouveaux investisseurs. La recomposition éventuelle de l’actionnariat pourrait donc se jouer essentiellement à cette étape. Pour un analyste du marché des assurances, « l’arrivée éventuelle d’un nouvel actionnaire significatif pourrait être aussi importante que l’augmentation elle-même ». Elle pourrait modifier les équilibres au sein de la compagnie et donner à l’opération une dimension stratégique.

La question de la prime d’émission

Le montant de 3,326 milliards de FCFA correspond à la valeur nominale des actions nouvelles. Les sommes réellement encaissées pourraient être supérieures si certaines actions sont placées avec une prime d’émission. Dans ce scénario, la différence entre le prix de souscription et la valeur nominale serait enregistrée séparément dans les capitaux propres. La levée de ressources pourrait alors dépasser le montant nominal annoncé, sans que le capital social augmente dans les mêmes proportions. À ce stade, l’avis aux actionnaires ne permet toutefois pas de connaître le montant qui sera effectivement mobilisé. Le délai de souscription est fixé à 30 jours à compter de la publication de l’avis.

Une opération liée au durcissement des règles CIMA

Au-delà de la mécanique financière, la restructuration intervient dans un environnement réglementaire devenu plus exigeant. Le règlement CIMA n°004/2024 a relevé le capital social minimum applicable aux sociétés d’assurance dommages à 5 milliards de FCFA. Chanas dépassait déjà ce seuil avant son opération. L’enjeu se situe donc ailleurs : dans la nouvelle définition du niveau minimal de fonds propres. Désormais, le plancher correspond à 80 % du capital social effectivement inscrit. Avec un capital porté à 13,273 milliards de FCFA, le niveau minimal théorique de fonds propres ressort à environ 10,62 milliards. C’est ici que l’incorporation des réserves prend toute son importance. Elle permet d’augmenter le capital statutaire sans apporter directement de nouveaux fonds. La compagnie devra donc disposer de fonds propres suffisants, après l’ensemble des opérations, pour satisfaire durablement aux exigences prudentielles. « Le relèvement du capital statutaire crée une nouvelle contrainte de solvabilité. Une entreprise peut afficher un capital important tout en restant sous pression si ses fonds propres admissibles ne suivent pas », souligne un spécialiste des assurances.

Une équation réglementaire encore à clarifier

L’opération comporte également un point qui mérite des explications supplémentaires. Chanas indique que les actions nouvelles seront libérées à hauteur de 50 % au moment de la souscription, le solde devant être versé dans un délai maximal de trois mois. Or, une modification introduite par le règlement CIMA de 2024 prévoit, pour les augmentations de capital, une libération d’au moins 75 % du montant des actions souscrites en numéraire. L’avis précise que les opérations ont bénéficié des autorisations et avis favorables du ministère camerounais des Finances. Il ne détaille cependant pas la manière dont le calendrier de libération prévu par Chanas s’articule avec l’exigence réglementaire. Cette question devra donc être clarifiée dans la mise en œuvre pratique de l’opération.

Chanas veut consolider sa position sur le marché

La restructuration intervient alors que Chanas occupe une place importante dans le paysage camerounais de l’assurance non-vie. Selon des données provisoires attribuées à l’Association des sociétés d’assurances du Cameroun (ASAC), la compagnie aurait généré 21,03 milliards de FCFA de primes en 2024, ce qui la situe parmi les trois premiers acteurs du marché, derrière SanlamAllianz et Axa. Le renforcement des fonds propres peut ainsi répondre à plusieurs objectifs : sécuriser la solvabilité, accompagner la croissance des activités, renforcer la capacité de souscription des risques et améliorer la crédibilité de la compagnie auprès de ses partenaires financiers et institutionnels. Mais l’opération ne produira pleinement ses effets que si la partie en numéraire est effectivement libérée et si les performances futures permettent de maintenir les fonds propres au-dessus des seuils réglementaires.

La SNH au cœur des prochains arbitrages

La position de la SNH sera particulièrement observée. Avec 45,26 % du capital, l’entreprise publique est le principal actionnaire identifié de Chanas. Son choix de participer ou non à l’augmentation pourrait avoir une incidence directe sur la structure future de l’actionnariat. Si elle souscrit à hauteur de ses droits, elle devrait investir environ 1,5 milliard de FCFA en valeur nominale. En revanche, une souscription insuffisante pourrait ouvrir la voie à de nouveaux investisseurs et modifier les rapports de force. Un autre point réglementaire devra également être suivi en cas d’entrée d’un actionnaire important. L’avis de Chanas évoque certains seuils de participation nécessitant une autorisation préalable, tandis que les dispositions publiées par la CIMA retiennent notamment les seuils de 20 %, 33 % et 50 %, ainsi que l’acquisition de la majorité des droits de vote.

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