Campagne 2025/2026 : Telcar Cocoa reprend le leadership des exportations de cacao au Cameroun
Après une saison marquée par le recul de ses volumes et la rupture avec Cargill, Telcar Cocoa retrouve son fauteuil de premier exportateur de fèves de cacao du Cameroun. Avec plus de 40 600 tonnes expédiées en 2025/2026, l’entreprise renforce nettement sa présence sur un marché pourtant confronté à une forte contraction des volumes et des recettes.

Telcar Cocoa a réalisé un spectaculaire redressement au cours de la campagne cacaoyère 2025/2026. L’entreprise a exporté 40 631 tonnes de fèves, soit 32,38 % des expéditions camerounaises, selon les données de l’Office national du cacao et du café (ONCC) et du National Cocoa and Coffee Board (NCCB). Elle devance OFI Cam, crédité de 24 394 tonnes, et SBET, avec 23 223 tonnes. À eux trois, ces opérateurs concentrent ainsi plus de 70 % des exportations nationales, révélant un marché dominé par un nombre limité d’acteurs malgré l’augmentation du nombre d’exportateurs enregistrés, passé de 45 à 50. Cette performance contraste fortement avec celle de la campagne précédente. En 2024/2025, Telcar n’avait expédié que 30 497 tonnes et ne représentait plus que 15,7 % du marché. L’entreprise avait alors été dépassée par SBET, dont les exportations atteignaient 36 215 tonnes.
La fin de Cargill n’a pas durablement freiné Telcar
Le redressement de Telcar intervient dans un contexte particulier. Début 2025, l’entreprise s’est séparée de Cargill après près de deux décennies de partenariat. Le groupe américain détenait 49 % de Telcar et constituait également un débouché majeur pour sa production. Malgré cette rupture, Telcar a réussi à accroître ses expéditions de plus de 10 000 tonnes en une seule campagne. Les chiffres suggèrent donc que l’entreprise a progressivement réorganisé ses circuits commerciaux et consolidé d’autres débouchés internationaux. Sa performance reste néanmoins en dessous des niveaux historiques. Telcar avait notamment exporté environ 74 000 tonnes en 2016/2017. Le retour au premier rang traduit donc davantage une reconquête de parts de marché qu’un retour à ses volumes records.
Des recettes nationales en forte baisse
Le paradoxe de cette campagne est que la progression de Telcar intervient alors que l’ensemble du marché camerounais du cacao s’est considérablement contracté. Le pays n’a exporté que 125 469 tonnes de fèves en 2025/2026, contre 192 013 tonnes un an auparavant. Il s’agit du niveau le plus faible enregistré sur les six campagnes comparées par le NCCB. Dans le même temps, la valeur FOB des exportations est passée de 1 075 milliards à 400,92 milliards de FCFA, soit une diminution de 673,72 milliards de FCFA. La production nationale commercialisée a elle aussi reculé de 20 %, à 247 915 tonnes contre 309 518 tonnes lors de la campagne précédente.
Pour les analystes économiques, cette situation rappelle qu’une amélioration des performances d’un opérateur individuel ne signifie pas nécessairement une amélioration de la situation du secteur. Telcar gagne du terrain dans un marché qui, lui, rétrécit. La hausse de sa part de marché est donc en partie liée à sa capacité à préserver ses volumes alors que ses concurrents et l’offre globale évoluent dans un environnement plus difficile.
Cargill reste pourtant le principal acheteur
La recomposition des exportateurs n’a pas entraîné de bouleversement équivalent du côté des acheteurs. Cargill, désormais séparé de Telcar, est resté le premier acquéreur de cacao camerounais pendant la campagne. Le groupe a réceptionné 47 929 tonnes, soit 38,20 % des exportations nationales. Olam International suit avec 23,21 %, tandis que Touton représente 11,35 %. Ensemble, ces trois acheteurs ont absorbé 72,76 % des volumes expédiés. Cette concentration constitue un enjeu stratégique pour la filière. Pour les économistes, la diversification des acheteurs et des marchés demeure essentielle afin de réduire la vulnérabilité du Cameroun face aux fluctuations de la demande internationale et au pouvoir de négociation des grands négociants.
Le prix international, autre facteur de pression
La campagne 2025/2026 s’est également déroulée sur un marché mondial beaucoup moins favorable. Le cours du cacao à Londres, qui s’établissait à 5 786,67 livres sterling la tonne au début de la campagne, est tombé à 2 102,33 livres le 27 février 2026. Cette correction s’explique notamment par l’amélioration des perspectives de production mondiale, une disponibilité accrue des fèves et un ralentissement de la demande. L’Europe demeure le principal débouché du cacao camerounais, avec 84,62 % des exportations, contre 14,24 % pour l’Asie. Pour les économistes, cette forte concentration géographique représente à la fois un avantage commercial et un risque. Le développement de nouveaux marchés, mais surtout la transformation locale, pourrait permettre au Cameroun de réduire sa dépendance aux cours internationaux des fèves et de capter davantage de valeur ajoutée.



