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Madaouela : Atomic Eagle revient dans l’uranium nigérien avec un État actionnaire à 40%

Après le retrait du permis en 2024 et une procédure d’arbitrage finalement mise en pause, Atomic Eagle et Niamey ont trouvé un compromis pour relancer le projet d’uranium de Madaouela. Le nouvel accord réduit la participation de l’investisseur australien, tout en renforçant sensiblement les droits économiques et commerciaux du Niger. Le principal défi reste désormais le financement d’une mine qui n’est pas encore construite.

Le projet d’uranium de Madaouela entre dans une nouvelle phase. Deux ans après la révocation du permis détenu à l’époque par GoviEx, devenue entre-temps Atomic Eagle, le gouvernement nigérien a approuvé la réattribution du permis « Madaouela I » à Madaouela Mining Company (MAMICO), une nouvelle filiale locale du groupe australien. Selon les termes de la nouvelle convention minière annoncés le 24 août, Atomic Eagle conservera 60 % du capital et la direction opérationnelle du projet. La participation de l’État nigérien atteindra 40 %. Ce nouvel équilibre traduit le changement de rapport de force entre Niamey et les compagnies minières étrangères depuis le changement de régime de juillet 2023.

Un compromis après deux années de tensions

Le différend trouve son origine dans la décision prise par les autorités nigériennes en juillet 2024 de retirer à GoviEx le permis de Madaouela. Niamey reprochait notamment à l’entreprise de ne pas avoir suffisamment avancé dans le développement du projet. La compagnie avait contesté cette décision devant les mécanismes internationaux d’arbitrage. Mais plutôt que de prolonger le contentieux, les deux parties ont privilégié une négociation. La procédure arbitrale devra désormais être abandonnée dans les sept jours suivant la signature de la nouvelle convention. Pour Atomic Eagle, ce compromis permet surtout de récupérer l’accès à un actif stratégique après plusieurs années d’investissements. Pour le Niger, il offre la possibilité de remettre en mouvement un projet minier tout en augmentant la part de la valeur susceptible de rester dans l’économie nationale.

Une participation publique deux fois plus importante

Le nouveau montage modifie profondément la répartition des intérêts. Avant le retrait du permis, GoviEx détenait 80 % de la Compagnie Minière Madaouela (COMIMA), tandis que l’État disposait de 20 %. Avec MAMICO, Niamey passe donc à 40 %. Une partie importante de cette participation est gratuite : 15 % ne nécessiteront aucun apport financier de l’État. Les 25 % supplémentaires sont, eux, contributifs. Le gouvernement devra donc participer aux futurs financements à hauteur de sa participation, sous peine de voir celle-ci se réduire.

Un mécanisme de financement atténue toutefois cette contrainte. Le Niger bénéficie d’un crédit de 40 millions de dollars destiné à financer ses contributions au projet. Atomic Eagle doit également verser 10 millions de dollars au titre du permis, en deux tranches. Sur le plan économique, cette structure permet au Niger de disposer d’un intérêt significatif dans les revenus futurs sans supporter immédiatement l’intégralité de l’effort d’investissement. Elle transforme également l’État en partenaire direct du risque minier.

Niamey renforce son influence sur la future production

Le nouveau dispositif ne se limite pas à la détention du capital. Le Niger obtient également des droits sur la commercialisation de l’uranium produit. L’État pourra notamment acheter et commercialiser une partie de la production correspondant à sa participation. Il disposera en outre, dans certaines circonstances, de droits de préemption ou de réquisition. L’ensemble de ces prérogatives pourra porter jusqu’à 50 % de la production.

Cette disposition est particulièrement importante pour Niamey. Elle lui donne davantage de contrôle sur la destination économique d’une ressource stratégique, alors que le pays cherche à accroître sa maîtrise de la chaîne de valeur minière. Le gouvernement prévoit également environ 1 000 emplois pour les jeunes Nigériens et veut privilégier les entreprises nationales dans les prestations liées au projet. L’enjeu ne sera donc pas seulement de produire de l’uranium, mais de maximiser les retombées locales de l’exploitation.

Le financement, principal test de crédibilité

Le compromis politique étant désormais trouvé, la question la plus délicate reste financière. Madaouela constitue un projet de grande ampleur dont la mise en exploitation nécessitera encore des capitaux importants. Le gisement dispose d’une estimation historique de ressources de 116,5 millions de livres d’uranium. Environ 160 millions de dollars avaient déjà été investis par GoviEx dans le projet. Atomic Eagle prévoit toutefois de reprendre les études techniques et de réexaminer les options de financement.

L’entreprise dispose de deux ans pour actualiser les études de faisabilité ainsi que les volets environnementaux et sociaux, puis réunir les ressources nécessaires à la construction. Pour le Niger, la relance de Madaouela représente donc un pari économique. Une entrée publique de 40 % peut accroître les revenus futurs de l’État, mais elle ne produira de recettes que si le projet franchit l’étape du financement et de la construction.

Une nouvelle génération de contrats miniers

La convention prévoit par ailleurs une stabilisation juridique et fiscale ainsi qu’un accès à l’arbitrage international du CIRDI. Le permis est accordé pour dix ans, avec des possibilités de renouvellement par périodes de cinq ans. Ces garanties montrent que Niamey cherche désormais à concilier sa politique de souveraineté minière avec la nécessité d’attirer des capitaux et des compétences étrangères.

Madaouela devient ainsi un cas test pour la nouvelle politique minière nigérienne. Après les tensions avec plusieurs groupes internationaux, le gouvernement montre qu’il peut accepter le retour d’un investisseur étranger à condition d’obtenir une participation publique plus importante, davantage de contrôle sur la production et des engagements renforcés en matière de contenu local. Le véritable verdict se jouera toutefois sur le terrain : capacité à mobiliser les financements, calendrier de construction et rentabilité du projet. Pour Atomic Eagle comme pour Niamey, le compromis n’est donc pas l’aboutissement de Madaouela, mais le point de départ de sa seconde vie.

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