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Services financiers : MTN veut franchir un nouveau cap et se rapprocher du métier de banquier

Après avoir construit une importante activité dans les paiements numériques, MTN explore la possibilité d’obtenir des licences bancaires sur certains marchés africains. Le groupe télécom entend ainsi réduire sa dépendance aux partenariats bancaires et capter une part plus importante de la chaîne de valeur du crédit. Une stratégie qui illustre la montée en puissance des opérateurs et fintechs dans le secteur financier africain.

Le modèle économique des télécoms africains est en train de changer de terrain de jeu. Alors que les revenus traditionnels de la voix et des SMS perdent progressivement de leur importance, les services financiers numériques deviennent un relais de croissance stratégique. MTN entend pousser cette diversification un cran plus loin en envisageant de demander des licences bancaires sur certains de ses principaux marchés. Le directeur général du groupe, Ralph Mupita, a indiqué le 25 août que le crédit devrait constituer une source majeure de croissance pour le secteur. Jusqu’à présent, MTN s’appuie essentiellement sur des établissements financiers partenaires pour proposer des prêts à ses utilisateurs de Mobile Money. Une licence bancaire permettrait au groupe de prendre directement une place plus importante dans cette activité, notamment à travers la collecte de dépôts et l’octroi de crédits, sous réserve des autorisations réglementaires.

Une stratégie ciblée sur les marchés les plus rentables

MTN ne prévoit toutefois pas de transformer simultanément toutes ses filiales en banques. Le groupe cible prioritairement les pays où il dispose d’une forte base d’abonnés et où Mobile Money génère déjà un volume élevé de transactions. Cette approche répond à une logique économique précise. Plus le nombre d’utilisateurs actifs et la fréquence des transactions sont élevés, plus l’opérateur dispose d’une base commerciale susceptible d’être convertie en clientèle financière. « Les télécoms disposent déjà du canal de distribution », analyse un cadre du secteur financier. « L’enjeu est désormais de transformer cette audience en portefeuille de clients bancaires tout en maîtrisant le risque de crédit. » Pour les opérateurs, l’intérêt est également de récupérer une partie de la valeur actuellement captée par les banques partenaires. Mais cette intégration verticale comporte des contraintes importantes : exigences prudentielles, gestion du risque, fonds propres, supervision bancaire et protection des consommateurs.

Les télécoms grignotent progressivement le territoire des banques

MTN n’est pas le premier groupe à emprunter cette trajectoire. En Afrique de l’Est, M-Pesa de Safaricom a progressivement élargi son offre, du transfert d’argent vers l’épargne, les cartes et le crédit. D’autres acteurs suivent la même voie. Les fintechs accélèrent également ce mouvement. Au Nigeria, Flutterwave a obtenu une licence de banque de microfinance en 2026. En Côte d’Ivoire, Wave a créé Wave Bank Africa et engagé une démarche pour obtenir un agrément bancaire. Orange s’appuie déjà sur Orange Bank Africa, tandis qu’AXIAN a obtenu une licence aux Comores pour développer une institution financière digitale. Pour les économistes, cette évolution traduit surtout une mutation de la concurrence. « La bataille ne porte plus seulement sur le nombre d’abonnés télécoms, mais sur la capacité à retenir le client dans un écosystème financier complet », estime un analyste bancaire.

La donnée devient un actif stratégique

L’avantage des opérateurs réside aussi dans les données générées par les transactions numériques. Historique des paiements, régularité des transferts ou activité commerciale peuvent, dans le respect des règles applicables, contribuer à apprécier la capacité de remboursement d’un client. Cette capacité à mieux segmenter les profils pourrait faciliter l’accès au crédit pour des populations encore peu servies par les banques traditionnelles. Elle constitue toutefois un terrain sensible, notamment en matière de protection des données, de transparence des algorithmes et de prévention du surendettement.

Pour MTN, l’enjeu est donc moins de devenir une banque classique que de construire un modèle financier adossé à son vaste réseau numérique. Le groupe pourrait ainsi passer progressivement du paiement au crédit, puis à l’épargne et à d’autres produits financiers. Cette évolution ouvre un nouveau front concurrentiel pour les banques africaines. Avec des millions de clients, des réseaux numériques déjà déployés et une connaissance fine des usages financiers, les opérateurs télécoms disposent d’atouts considérables. Reste à savoir jusqu’où les régulateurs accepteront cette convergence entre télécommunications et banque.

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