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PAK-KPIZ – Le Transfert de compétences pour une nouvelle ère d’industrialisation en Afrique Centrale

La délégation de compétences du Port autonome de Kribi (PAK) à la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) entre dans une phase opérationnelle. Réunis le 26 août 2026 avec les entreprises installées sur la plateforme, les responsables des deux structures ont assuré que le changement de dispositif ne remettra pas en cause les droits régulièrement constitués. Au-delà de cette clarification juridique, KPIZ doit désormais répondre à un enjeu plus large : transformer les quelque 4 000 hectares de la future zone industrielle intégrée en un véritable pôle de production, avec l’énergie, l’eau et les infrastructures comme premières priorités.

La mise en place de KPIZ, officiellement lancée en février 2026, constitue un changement important dans la gouvernance du complexe industrialo-portuaire de Kribi. Cette société de projet réunit le PAK et trois partenaires privés, Africa Global Logistics (AGL), Arise Integrated Industrial Platforms et Belmont Investments. Le projet d’aménagement est évalué à 795 millions d’euros, soit plus de 521 milliards de FCFA. Cette nouvelle architecture avait cependant suscité des interrogations chez les entreprises déjà présentes sur la plateforme. Les préoccupations concernaient notamment les loyers, la facturation, les Autorisations d’Occupation Temporaire (AOT), les Autorisations d’Exploitation Temporaire (AET) ainsi que l’avenir des contrats conclus avec le PAK. La rencontre organisée le 26 août avait précisément pour objectif de lever ces incertitudes.

Selon les responsables de KPIZ, les droits régulièrement constitués, valides et opposables seront repris par la nouvelle structure. Le transfert pourra toutefois nécessiter des ajustements selon la situation de chaque entreprise. Certains contrats seront reconduits avec une simple modification des documents et des signataires, tandis que d’autres devront faire l’objet de régularisations administratives ou techniques. Le cabinet NYEMB, qui accompagne le processus, a recensé 87 AOT et AET sur le périmètre concerné. Pour les investisseurs, cette clarification revêt une importance particulière. La sécurisation du foncier et des droits d’exploitation constitue en effet l’une des conditions de base pour engager de nouveaux capitaux dans une zone industrielle.

L’énergie devient le principal test de compétitivité

La question juridique n’est toutefois que le premier étage du chantier. Pour que Kribi puisse attirer davantage d’industries, le défi sera surtout de garantir des infrastructures compétitives. L’électricité figure au premier rang des priorités. Le PAK annonce l’avancement du projet de construction d’une ligne haute tension de 225 kV sur environ 42 kilomètres, destinée à relier la plateforme portuaire à la centrale à gaz de Kribi Power Development Corporation (KPDC), ainsi que d’un poste de transformation.

La capacité recherchée doit permettre de répondre aux besoins actuels du port, estimés à environ 100 MW, mais aussi d’accompagner la croissance future de la zone. Les besoins pourraient atteindre entre 330 et 400 MW avec l’installation progressive des nouvelles unités industrielles.

Cette évolution est stratégique. L’industrialisation ne peut pas reposer uniquement sur la disponibilité de terrains à proximité d’un port en eau profonde. Les investisseurs ont besoin d’une énergie disponible, stable et prévisible pour calculer leurs coûts de production. Le même raisonnement vaut pour l’eau. À travers le projet ASPAC, le complexe doit bénéficier d’une capacité d’approvisionnement annoncée à 6 000 m³ par jour. Le PAK vise ainsi une autonomie accrue en eau et en électricité à l’horizon fin 2026-début 2027.

Une première phase d’investissements avant le grand chantier

KPIZ ne prévoit pas d’attendre l’achèvement de l’ensemble du programme d’aménagement pour commencer à intervenir. La société compte procéder en deux étapes. Une première phase doit permettre de répondre aux besoins immédiats des entreprises déjà installées, notamment à travers des investissements destinés à améliorer leurs conditions d’exploitation. Le chantier plus vaste de viabilisation et d’aménagement de la zone devrait intervenir dans un second temps. Le calendrier évoqué situe le démarrage effectif des premiers investissements autour du premier trimestre 2027, tandis que le grand programme d’aménagement pourrait s’étaler jusqu’à la fin de 2027 ou au début de 2028.

Cette approche progressive présente un intérêt économique. Elle doit permettre à KPIZ de commencer à produire des résultats visibles avant le déploiement complet des infrastructures. Elle répond également à une nécessité : convaincre les entreprises déjà présentes que la création de KPIZ ne constitue pas uniquement une réforme administrative, mais qu’elle se traduira rapidement par une amélioration de leur environnement d’affaires.

La BAD appelée à jouer un rôle dans l’aménagement

Le financement constitue désormais l’autre grande inconnue du projet. L’État camerounais a sollicité l’accompagnement de la Banque africaine de développement (BAD) pour le vaste programme d’aménagement. La BAD avait déjà confirmé, en mars 2026, son appui au lancement de la zone industrielle intégrée de Kribi, considérée comme un projet susceptible de catalyser les investissements privés et de renforcer la transformation locale. L’institution doit également apporter un appui technique, notamment sur les questions d’efficacité énergétique, de gestion des ressources et de résilience climatique.

Cette implication des bailleurs est déterminante, compte tenu de l’ampleur du projet. Le développement d’une zone industrielle de cette taille nécessite en effet des investissements lourds avant même l’arrivée des industriels : routes internes, réseaux électriques, eau, assainissement, télécommunications, plateformes logistiques et autres infrastructures communes. Le défi sera donc de trouver un équilibre entre les investissements publics et privés afin de ne pas faire peser l’intégralité du coût de la viabilisation sur les finances publiques.

Plus de 4 000 hectares pour rapprocher production et port

La force du projet réside dans son modèle économique. La zone industrielle intégrée est adossée directement au port en eau profonde et doit couvrir près de 4 000 hectares. Cette configuration permet de rapprocher les unités de transformation des infrastructures portuaires. L’objectif est ainsi de réduire les coûts logistiques et surtout de capter davantage de valeur ajoutée au Cameroun.

L’ambition correspond à une évolution du modèle portuaire. Kribi ne doit plus seulement être un point de passage pour les marchandises importées ou exportées. Il s’agit d’en faire une plateforme où une partie croissante des matières premières est transformée localement avant d’être réexportée vers les marchés régionaux et internationaux. C’est précisément cette articulation entre port et industrie qui pourrait donner à Kribi un avantage dans la compétition pour attirer les investissements en Afrique centrale. Le PAK présente d’ailleurs la plateforme comme un point d’accès stratégique aux marchés de la CEMAC, de l’Afrique centrale et au-delà.

Des ambitions qui devront passer l’épreuve des chiffres

Les projections associées à la future zone industrielle sont particulièrement élevées. Les promoteurs évoquent une contribution potentielle de 13 à 20 % au PIB national et la création de 110 000 à 150 000 emplois directs, indirects et induits. Ces objectifs devront néanmoins être appréciés à l’aune du rythme réel des investissements.

Pour les économistes, la réussite du projet dépendra moins de la superficie disponible que de la capacité à attirer des industries productives, à développer des chaînes d’approvisionnement locales et à créer des activités de transformation suffisamment compétitives pour exporter. Le nombre d’investisseurs, la nature des filières ciblées, les montants effectivement engagés et les emplois créés seront donc les principaux indicateurs permettant de mesurer les retombées du projet.

Cette question est d’autant plus importante que le PAK avait déjà enregistré, au premier semestre 2025, environ 150 demandes d’AOT représentant 3 883 hectares, alors que seules 48 autorisations avaient effectivement été délivrées, pour 196 hectares. Le potentiel d’intérêt des investisseurs existe donc. Le véritable enjeu est désormais de convertir ces intentions en projets industriels effectivement financés et opérationnels.

Kribi cherche à passer du hub portuaire au hub industriel

La création de KPIZ traduit finalement une volonté de changer d’échelle. Après la montée en puissance du port en eau profonde, le Cameroun cherche à construire autour de cette infrastructure un écosystème industriel capable de générer davantage de valeur ajoutée. Le transfert de compétences du PAK vers KPIZ doit permettre de donner à cette ambition un opérateur spécialisé, avec une combinaison entre supervision publique et capacité d’investissement privée.

Pour les entreprises déjà installées, la priorité immédiate reste la sécurisation des droits et l’amélioration des conditions d’exploitation. Pour les futurs investisseurs, ce sont surtout l’énergie, l’eau, le foncier viabilisé, la logistique et la prévisibilité réglementaire qui détermineront l’attractivité de la zone.

Le rendez-vous de 2027 sera donc décisif. Si les premiers investissements annoncés se concrétisent, Kribi pourra commencer à passer du statut de grand port camerounais à celui de plateforme industrielle régionale. Le véritable indicateur de réussite de KPIZ ne sera alors plus le nombre d’hectares aménagés, mais la quantité de capitaux privés mobilisés, de produits transformés localement et d’emplois créés autour du port.

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