Investissements privés : ePointZero mise sur l’électricité africaine en prenant 90 % d’Azura Power
Le groupe émirati 2PointZero accélère son développement dans le secteur énergétique africain. Sa filiale ePointZero va acquérir 90 % d’Azura Power Holdings, un producteur indépendant présent au Nigeria, au Sénégal et au Mozambique. Au-delà de cette opération, l’entrée d’un nouvel investisseur international de cette envergure illustre l’intérêt croissant du capital privé pour un marché confronté à un déficit massif de capacités électriques.

Le secteur africain de la production d’électricité attire un nouvel investisseur de poids. ePointZero, filiale énergétique de 2PointZero Group, contrôlé par les intérêts de la famille royale d’Abou Dhabi, a annoncé le 31 août son projet d’acquisition de 90 % d’Azura Power Holdings Ltd. L’opération sera réalisée avec Amaya Capital, société d’investissement nigériane et partenaire historique d’Azura Power. Ce dernier conservera 10 % du capital du producteur indépendant. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué et sa réalisation reste conditionnée à l’obtention des autorisations réglementaires.
Un portefeuille déjà stratégique
Pour ePointZero, l’intérêt de l’opération réside d’abord dans les actifs existants d’Azura Power. Le groupe exploite trois centrales thermiques totalisant 752 MW : Azura-Edo au Nigeria, Tobene au Sénégal et Central Térmica de Ressano Garcia au Mozambique. Ces installations représentent respectivement 461 MW, 116 MW et 175 MW. Leur poids dépasse leur seule capacité installée : elles fournissent environ 10 % de la charge de base des réseaux électriques de leurs pays respectifs. Le modèle économique d’Azura repose notamment sur des contrats d’achat d’électricité de longue durée. Ces accords offrent une visibilité relativement importante sur les recettes futures et réduisent une partie du risque commercial inhérent aux investissements dans les infrastructures énergétiques. Pour un investisseur financier ou industriel, cette prévisibilité constitue un élément déterminant. Elle permet de transformer des infrastructures lourdes, nécessitant d’importants capitaux au départ, en actifs générant des flux de trésorerie sur une longue période.
Un pari sur le déficit électrique africain
L’acquisition intervient dans un marché dont le potentiel reste considérable. Selon les données de la Banque mondiale publiées en juin, le taux d’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne avoisine 53 %. Près de 600 millions de personnes restent donc privées d’électricité. Derrière ces chiffres se trouve un déséquilibre économique majeur. La demande d’électricité progresse avec l’urbanisation, l’industrialisation, le développement des services et l’extension des infrastructures numériques. Or, l’offre reste insuffisante dans de nombreux pays. Le problème n’est donc plus seulement celui du raccordement des ménages. Il concerne également la capacité des économies africaines à disposer d’une électricité suffisamment abondante et fiable pour soutenir leur transformation productive. Cette équation ouvre un espace important aux producteurs indépendants d’électricité, ou IPP. Leur modèle permet de financer et d’exploiter des centrales en dehors du bilan direct des entreprises publiques, tout en vendant leur production à des acheteurs dans le cadre de contrats de long terme.
Les IPP, une réponse au manque de capitaux
L’essor des IPP répond aussi à une contrainte budgétaire. Dans plusieurs pays africains, les compagnies publiques d’électricité cumulent difficultés financières, faibles capacités d’investissement et besoins croissants de modernisation. Les producteurs privés peuvent alors apporter des capitaux sans que l’intégralité du coût de construction des nouvelles centrales ne soit immédiatement supportée par les budgets publics. Ce modèle n’est toutefois pas sans risques. La solidité financière de l’acheteur public, la qualité des contrats, la capacité à ajuster les tarifs et la disponibilité du combustible restent déterminantes pour la rentabilité des projets. Le financement privé ne supprime donc pas le risque énergétique : il le redistribue entre les différents acteurs.
Plus de 1,5 GW dans le pipeline
Azura ne se limite déjà plus à ses trois centrales en exploitation. Son portefeuille de développement dépasse 1,5 GW et couvre plusieurs segments : centrales au gaz naturel, énergies renouvelables et systèmes de stockage par batteries. Cette diversification est stratégique. Le gaz peut fournir une production pilotable nécessaire à la stabilité des réseaux, tandis que le solaire et les autres renouvelables permettent d’accroître l’offre à moindre intensité carbone. Les batteries peuvent, quant à elles, contribuer à absorber l’intermittence des sources renouvelables et à renforcer la flexibilité des réseaux. L’arrivée d’ePointZero pourrait ainsi donner à Azura les moyens financiers d’accélérer ce pipeline.



