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Coopération économique : Yaoundé prépare une offensive pour attirer capitaux, technologies et partenariats

Le Cameroun veut donner davantage de contenu économique à sa relation avec le Royaume-Uni. Reçu le 7 septembre 2026 par le ministre du Commerce, le Haut-Commissaire britannique Matthew David Woods a évoqué la préparation d’une mission économique camerounaise outre-Manche. L’initiative vise à mettre en relation entreprises et porteurs de projets camerounais avec des investisseurs britanniques, alors que les échanges bilatéraux progressent mais que les investissements restent encore relativement modestes.

La relation économique entre le Cameroun et le Royaume-Uni pourrait entrer dans une nouvelle phase. Le 7 septembre à Yaoundé, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, s’est entretenu avec le Haut-Commissaire britannique Matthew David Woods autour de la préparation d’une mission économique camerounaise au Royaume-Uni. L’objectif affiché dépasse le cadre protocolaire. Il s’agit de constituer une délégation capable de présenter aux entreprises et investisseurs britanniques des projets suffisamment structurés pour déboucher sur des financements, des transferts de technologies, des partenariats industriels ou encore des accords commerciaux. Cette mission, dont l’échéance est annoncée pour décembre, devrait notamment mobiliser des entreprises privées, des organisations professionnelles, des groupements d’intérêt économique ainsi que des établissements publics et parapublics disposant de projets susceptibles d’intéresser le marché britannique.

Un commerce en progression, mais encore peu transformateur

Les statistiques britanniques montrent que les relations commerciales bilatérales disposent déjà d’une base. Selon le Department for Business and Trade, les échanges de biens et services entre les deux pays ont atteint 339 millions de livres sterling sur les quatre trimestres achevés au troisième trimestre 2025, en progression de 10,1 % sur un an. La dynamique est particulièrement visible du côté des exportations camerounaises vers le Royaume-Uni. Les importations britanniques en provenance du Cameroun ont augmenté de 22,3 %, pour atteindre 225 millions de livres sterling sur la période.

Pour des économistes, cette progression doit toutefois être appréciée au regard de la structure de l’économie camerounaise. Une hausse des exportations ne signifie pas nécessairement une montée en gamme de l’appareil productif. Le véritable enjeu consiste à faire en sorte qu’une part croissante de la valeur soit créée au Cameroun avant l’expédition des produits. « Le sujet n’est plus seulement de vendre davantage au Royaume-Uni, mais de vendre des produits incorporant davantage de transformation locale », analyse un cadre économique. Dans cette perspective, l’agro-industrie, la transformation des matières premières, l’énergie et certaines activités manufacturières peuvent constituer des points d’entrée privilégiés.

Le déficit d’investissement reste le principal défi

Le contraste entre la progression du commerce et le niveau des investissements souligne encore l’espace disponible. Le stock d’investissements directs britanniques au Cameroun s’élevait à 98 millions de livres sterling à fin 2024, soit une hausse de 10,1 % sur un an. Cette progression est positive, mais le montant demeure limité au regard des besoins de financement du Cameroun dans les infrastructures, l’énergie, l’industrie et l’agriculture. La mission économique envisagée par les deux parties pourrait donc servir de plateforme de mise en relation entre l’offre de projets camerounaise et les capacités financières, technologiques et industrielles britanniques. Pour les acteurs économiques, la question sera surtout celle de la qualité des dossiers présentés.

Un projet recherchant des capitaux internationaux doit en effet disposer d’un modèle économique lisible, d’un cadre juridique sécurisé, d’un plan de financement crédible et d’une capacité démontrée à générer des revenus. La sélection des participants sera ainsi déterminante pour éviter qu’une mission économique ne se limite à une succession de rencontres institutionnelles.

L’agriculture et l’énergie au cœur des opportunités

Plusieurs secteurs apparaissent particulièrement susceptibles de retenir l’attention des investisseurs britanniques. L’agriculture et l’agro-industrie offrent notamment un potentiel important, dans un contexte où le Cameroun cherche à réduire sa dépendance aux importations et à développer ses capacités de transformation. L’énergie et les infrastructures constituent un autre axe stratégique. Le financement de projets structurants, l’apport de technologies et l’amélioration des chaînes logistiques pourraient permettre de renforcer la compétitivité des entreprises camerounaises.

La grande consommation et les industries de transformation figurent également parmi les segments identifiés. Leur développement permettrait d’élargir la base industrielle tout en créant des débouchés supplémentaires pour les producteurs locaux. L’intérêt d’une coopération avec le Royaume-Uni réside précisément dans cette combinaison entre capitaux, savoir-faire et accès aux marchés. « Le financement extérieur devient réellement structurant lorsqu’il contribue à accroître les capacités productives locales », estime un analyste du secteur privé.

L’accord post-Brexit comme levier commercial

La mission pourra également s’appuyer sur l’Accord de partenariat économique conclu entre le Cameroun et le Royaume-Uni après le Brexit. Signé en mars 2021 et entré en vigueur le 9 juillet de la même année, il garantit notamment aux produits camerounais éligibles un accès au marché britannique sans droits de douane ni contingents. Cet avantage commercial constitue un atout, mais son efficacité dépend de la capacité des entreprises camerounaises à satisfaire les exigences du marché britannique, notamment en matière de normes, de qualité, de traçabilité et de régularité des approvisionnements.

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