A la UneMines & énergies

Métaux critiques : La Silicon Valley pourrait bientôt investir directement dans les mines

Face à l’explosion des besoins en cuivre et autres minerais indispensables à l’intelligence artificielle et à l’électrification, les grands groupes technologiques commencent à regarder vers l’amont de la chaîne de valeur. Après les constructeurs automobiles, certains hyperscalers pourraient financer directement des projets miniers afin de sécuriser leurs approvisionnements. Une évolution qui pourrait modifier les rapports de force dans le secteur extractif.

La course mondiale à l’intelligence artificielle ne se joue plus uniquement dans les laboratoires, les usines de semi-conducteurs ou les centres de données. Elle se déplace progressivement vers les mines. Les infrastructures nécessaires au développement des services numériques absorbent en effet d’importantes quantités de cuivre, d’aluminium, de silicium, de gallium et de terres rares. Cette réalité pousse les grandes entreprises technologiques à s’intéresser davantage à la disponibilité future des matières premières. Jusqu’ici, leur stratégie reposait principalement sur des contrats d’approvisionnement avec les producteurs. Une nouvelle étape pourrait désormais être franchie : participer directement au financement des projets miniers.

Le signal est notamment venu d’Ivanhoe Mines. Le groupe canadien affirme être en discussions avec de grands opérateurs de centres de données américains autour de son projet Western Forelands, en République démocratique du Congo. Les négociations porteraient à la fois sur l’achat futur de cuivre et sur la possibilité d’apporter des capitaux au développement de la mine.

Le cuivre devient un enjeu industriel

L’intérêt pour Western Forelands s’explique par l’ampleur de ses ressources. Ivanhoe a récemment relevé de 30 % son estimation de cuivre contenu, à près de 12 millions de tonnes. Le groupe ambitionne de transformer ce potentiel en production dans un horizon de trois à quatre ans. Pour les acteurs technologiques, sécuriser une partie de cette production pourrait constituer une forme d’assurance contre les tensions futures du marché. Le raisonnement économique est simple : lorsqu’une matière première devient indispensable à la croissance d’un secteur et que son offre risque de progresser moins vite que la demande, disposer d’un accès privilégié devient un avantage stratégique. La logique dépasse donc la seule spéculation sur le prix des métaux. Il s’agit de réduire le risque industriel. Une pénurie de cuivre pourrait, à terme, augmenter le coût des infrastructures numériques, retarder certains projets de centres de données et peser sur les investissements dans l’intelligence artificielle.

L’automobile a déjà ouvert la voie

Les constructeurs automobiles ont montré qu’un consommateur industriel pouvait devenir un acteur du financement minier. General Motors a ainsi engagé 650 millions de dollars dans Lithium Americas pour soutenir le développement de Thacker Pass, au Nevada. L’opération devait notamment garantir au constructeur un accès à la production future de lithium. Sa participation dans le projet s’est depuis renforcée. Stellantis a adopté une stratégie comparable en investissant 155 millions de dollars dans McEwen Copper, associé au projet Los Azules en Argentine. En Chine, CATL a également pris une participation de 25 % dans KFM Holding pour accompagner le développement de la mine de Kisanfu, en RDC, avec CMOC. Ces opérations traduisent un changement de modèle : les industriels ne veulent plus seulement acheter une matière première lorsqu’elle sort de la mine. Ils cherchent à intervenir plus tôt, lorsque les projets ont encore besoin de capitaux pour devenir producteurs.

Un déficit de financement qui inquiète

Cette stratégie prend tout son sens dans un contexte de besoins d’investissement considérables. L’Agence internationale de l’énergie estime qu’environ 500 milliards de dollars supplémentaires devront être mobilisés d’ici 2040 pour développer les capacités minières nécessaires aux minéraux critiques, dont environ 350 milliards pour le seul cuivre. Le problème est que les investissements ne progressent pas au rythme attendu. En 2025, les dépenses consacrées aux minéraux critiques ont reculé de 9 %. Le repli a été particulièrement marqué dans les métaux destinés aux batteries et dans le lithium. Dans le même temps, l’AIE anticipe, sur la base des projets actuellement recensés, un déficit de cuivre pouvant atteindre environ 25 % à l’horizon 2035.

Une nouvelle redistribution des risques

L’arrivée éventuelle des hyperscalers dans le financement minier pourrait modifier le partage des risques entre producteurs et consommateurs. Une entreprise technologique qui investit dans une mine accepte de mobiliser du capital plusieurs années avant de bénéficier de la production. En contrepartie, elle peut négocier une visibilité accrue sur ses approvisionnements et parfois sur les conditions commerciales futures. Ce mécanisme pourrait également offrir une source de financement alternative à des compagnies minières confrontées à des coûts de développement élevés, à des délais administratifs importants et à une forte volatilité des cours. Mais cette stratégie comporte aussi des risques. Les projets miniers sont exposés aux retards, aux dépassements de coûts, aux fluctuations des prix et aux risques géopolitiques. Pour les groupes technologiques, investir dans une mine signifie donc sortir de leur cœur de métier et immobiliser des capitaux dans des actifs dont la rentabilité dépend de nombreux paramètres.

La RDC au centre des nouvelles convoitises

La République démocratique du Congo pourrait particulièrement bénéficier de cette évolution. Avec ses importantes ressources en cuivre et en cobalt, le pays occupe déjà une place majeure dans les chaînes mondiales d’approvisionnement. L’intérêt croissant des investisseurs technologiques pourrait renforcer cette position. Mais l’enjeu ne sera pas uniquement financier. Pour attirer durablement ces nouveaux capitaux, les projets devront offrir des garanties en matière de gouvernance, de stabilité réglementaire, d’infrastructures et de sécurisation des opérations. La véritable question est désormais de savoir si les discussions engagées avec les hyperscalers déboucheront sur des investissements concrets. Si tel était le cas, l’industrie minière pourrait voir apparaître de nouveaux partenaires venus non pas des banques ou des constructeurs automobiles, mais directement de l’économie numérique.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 + 4 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page