A la UneConjoncture

Cameroon Business Forum 2026 : Des mesures immédiates pour la dégradation du climat des affaires

À Douala, le 23 octobre 2026, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) a dressé un tableau préoccupant des contraintes qui pèsent sur le secteur privé. Devant le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, il a appelé à des décisions concrètes sur les infrastructures, la fiscalité, le financement et les arriérés de l’État, estimant que la survie de nombreuses entreprises est désormais en jeu.

Le ton était direct, le diagnostic sans concession. À l’occasion de la douzième session du Cameroon Business Forum (CBF), Célestin Tawamba, président du GECAM, a interpellé le gouvernement sur la dégradation de l’environnement des affaires au Cameroun. Six ans après la dernière session, tenue le 22 octobre 2020, le patronat attend davantage que des concertations et des recommandations. Il réclame des réformes exécutées et des résultats mesurables. « Le problème, c’est l’exécution », a-t-il insisté devant le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, en soulignant que les difficultés rencontrées par les entreprises se sont accentuées depuis 2020. Pour le dirigeant patronal, l’enjeu de cette rencontre est désormais de rompre avec le cycle des engagements sans lendemain.

Routes et électricité : des coûts qui pénalisent la compétitivité

Parmi les principales entraves à l’activité économique, Célestin Tawamba a cité la dégradation des infrastructures routières. Les axes Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam, Édéa-Kribi et Ngaoundéré-Kousseri illustrent, selon lui, les difficultés de circulation des marchandises et des personnes. Sur la Nationale n° 3, les embouteillages et les interruptions de trafic peuvent transformer certains déplacements en longues épreuves. Le patronat dénonce également le paiement de péages sur des tronçons dégradés et l’abandon de certains équipements de péage automatique. Il rappelle que les coûts de transport auraient progressé de 11,5 % en 2023, de 12,3 % en 2024 et de plus de 15 % en 2025. « Une route dégradée est un impôt », a-t-il résumé, en référence aux charges supplémentaires supportées par les entreprises.

L’électricité constitue une autre source de fragilité. Malgré les investissements consentis dans les infrastructures de production, de nombreuses unités industrielles restent tributaires des groupes électrogènes. Invoquant des données de la Banque mondiale, le président du GECAM affirme que 65 % des entreprises utilisent ces équipements, avec un coût de production électrique pouvant atteindre deux à sept fois celui du réseau. Les coupures et la mauvaise qualité du courant pèseraient ainsi sur la productivité et la rentabilité des opérateurs.

Fiscalité, crédit et justice : les autres points de blocage

Sur le terrain fiscal, Célestin Tawamba s’interroge sur la progression de 12,5 % de l’objectif de recettes publiques en 2026, alors que la croissance économique est estimée à 3,5 %. Il critique également une fiscalité qui, selon lui, pénalise le chiffre d’affaires plutôt que le bénéfice. Il salue néanmoins les échanges engagés avec le ministère des Finances, qu’il considère comme un point d’appui pour une réforme plus profonde. Le financement des petites et moyennes entreprises demeure tout aussi préoccupant. Le président du GECAM pointe le difficile accès au crédit, dans un contexte où l’État est à la fois actionnaire de plusieurs banques, emprunteur important et débiteur d’entreprises privées.

À ces contraintes s’ajoutent les lenteurs judiciaires et l’insécurité foncière. Les procédures prolongées compliquent le recouvrement des créances, tandis que les contestations et les annulations de titres fonciers fragilisent, selon lui, les garanties bancaires et la confiance des investisseurs. Le dirigeant met aussi en garde contre les risques de tensions sociales liés à l’insécurité autour de la propriété foncière.

ZLECAf : une opportunité menacée par les faiblesses internes

Alors que le gouvernement encourage les entreprises à conquérir les marchés africains dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le président du GECAM estime que cette ambition reste difficile à concrétiser. Les coûts de production élevés, les difficultés logistiques, les retards de remboursement des crédits de TVA et le départ de jeunes ingénieurs réduisent la capacité des opérateurs à se positionner à l’exportation. Il avertit que l’ouverture commerciale peut aussi profiter aux concurrents étrangers si les entreprises locales ne gagnent pas rapidement en compétitivité. Pour lui, l’intégration africaine ne peut produire ses effets sans un environnement national propice à la production et à la circulation des marchandises.

Trois décisions pour passer des discours aux résultats

Pour sortir de cette impasse, Célestin Tawamba a soumis trois propositions au chef du gouvernement. La première consiste à limiter à une dizaine les recommandations prioritaires du CBF, chacune assortie d’un responsable, d’une échéance et d’un indicateur de suivi, avec un bilan public dans six mois. La deuxième vise le budget de l’État. Le patronat souhaite que la loi de finances 2027 marque une rupture, en faisant progresser les dépenses d’investissement plus rapidement que celles de fonctionnement. La troisième porte sur la trésorerie des entreprises, avec la publication d’un calendrier d’apurement des arriérés de l’État et le remboursement des crédits de TVA dans les délais légaux.

Ces propositions, a-t-il souligné, ne nécessitent ni nouvelle loi ni financement extérieur, mais une volonté politique clairement affirmée.

En clôturant son intervention, le président du GECAM a réitéré sa confiance dans le dialogue avec le gouvernement, tout en appelant à faire de cette douzième session un rendez-vous jugé à l’aune de ses réalisations. Pour le patronat, le prochain bilan devra démontrer que le CBF peut devenir un instrument effectif de transformation du climat des affaires, et non une nouvelle occasion de dresser un diagnostic déjà largement partagé.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

6 + 1 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page