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Afrique de l’Ouest : La CEDEAO accélère la quête de l’autosuffisance rizicole avec un programme d’investissement de 24 milliards de dollars

Réunis à Accra les 2 et 3 juin, les décideurs ouest-africains, les bailleurs de fonds et les investisseurs privés ont engagé une nouvelle phase de la stratégie régionale pour le développement de la filière riz. Face à une demande qui croît plus rapidement que la production, la CEDEAO cherche désormais à mobiliser jusqu’à 24 milliards de dollars afin de réduire sa dépendance aux importations et renforcer sa souveraineté alimentaire à l’horizon 2035.

L’Afrique de l’Ouest fait face à une équation devenue stratégique : nourrir une population en forte croissance tout en réduisant sa dépendance aux marchés internationaux. Dans cette dynamique, le riz s’impose comme un produit sensible, tant sur le plan économique que social.

À Accra, la Commission de la CEDEAO, en partenariat avec le gouvernement ghanéen et le Groupe de la Banque mondiale, a organisé une table ronde destinée à attirer des financements massifs vers la chaîne de valeur rizicole régionale. L’objectif est clair : transformer les engagements politiques adoptés ces dernières années en projets capables d’attirer des capitaux à long terme. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement de la feuille de route régionale 2025-2035 validée par les chefs d’État de l’organisation sous-régionale. Celle-ci prévoit une hausse substantielle de la production afin d’atteindre un niveau permettant à la région de couvrir entièrement ses besoins en riz.

Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, la production locale peine encore à suivre le rythme de la consommation. Alors que la demande régionale augmente d’environ 4 % chaque année, l’offre progresse à un rythme inférieur, créant un déséquilibre structurel. Cette situation se traduit par une facture d’importation particulièrement lourde pour les économies ouest-africaines. Chaque année, plusieurs milliards de dollars quittent ainsi la région pour financer des achats de riz sur les marchés internationaux. D’un point de vue macroéconomique, cette dépendance expose les États aux fluctuations des prix mondiaux, aux tensions géopolitiques et aux perturbations logistiques. Les épisodes récents de hausse des prix alimentaires ont d’ailleurs démontré la vulnérabilité des pays fortement dépendants des importations.

L’essentiel des financements recherchés devrait être orienté vers des investissements structurants. Les besoins concernent notamment l’irrigation, les infrastructures de stockage, la transformation industrielle, la mécanisation agricole et l’amélioration de l’accès aux intrants.

Parmi les projets mis en avant figurent le déploiement de systèmes d’irrigation solaire communautaires ainsi que le renforcement de la production semencière. Ces investissements présentent un double avantage : augmenter rapidement les rendements agricoles tout en améliorant les revenus des exploitants. Au-delà de la production, la stratégie vise également à développer une véritable industrie rizicole régionale capable de créer des emplois, de stimuler l’entrepreneuriat rural et d’accroître la valeur ajoutée locale.

L’un des enjeux majeurs de cette nouvelle phase réside dans la capacité des États à convaincre les investisseurs privés. Les autorités régionales souhaitent mettre en avant des projets déjà structurés, dotés de modèles économiques viables et offrant une rentabilité suffisamment attractive. La réussite de cette démarche dépendra également de l’amélioration du climat des affaires, de la sécurisation du foncier agricole et de la disponibilité de mécanismes de financement adaptés aux risques du secteur.

À l’issue des travaux d’Accra, la CEDEAO espère obtenir des engagements financiers concrets et adopter un pacte régional d’investissement destiné à coordonner les interventions des différents acteurs. Pour l’organisation sous-régionale, l’enjeu dépasse la seule question agricole : il s’agit de faire du riz un levier de croissance, de stabilité économique et de résilience face aux chocs alimentaires mondiaux.

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