Endettement et développement : Afreximbank, Financier stratégique et acteur économique au Cameroun
Un encours en hausse de 162,4% sur un an, une concentration de 26,3% de la dette commerciale. La Banque africaine d’import-export plus connue sous son acronyme anglais Afreximbank se positionne désormais comme un acteur clé du financement des projets publics et privés au Cameroun. En conservant son rang de premier financier, elle réaffirme son soutien permanent à l’économie camerounaise. Et met en vitrine un rôle en pleine progression, ce au moment où sa 33e assemblée annuelle est prévue du 21 au 24 juin 2026 à El Alamein, en Égypte.

Le portefeuille d’investissement d’Afreximbank connaît une évolution significative au pays de Paul Biya. Sur 12 derniers mois (mars 2025 et mars 2026), l’encours de la dette du Cameroun vis-à-vis de cette banque est passé de 208,8 milliards FCFA à 547,9 milliards FCFA. Soit une progression de 339,1 milliards FCFA en valeur absolue, 162,4% en glissement annuel.
Alors que la dette commerciale du Cameroun a franchi la barre de 2000 milliards FCFA à fin mars 2026. La récente note de conjoncture de la Caisse autonome d’amortissement (CAA) place la banque en tête des supports clés du développement. Concentrant 26,3 % de la dette commerciale du Cameroun, Afreximbank s’impose désormais comme un acteur central de la stratégie d’endettement du pays.
Plus de 600 milliards déjà mobilisés pour le secteur public
Face à des besoins budgétaires qui continuent de grimper, associé à une recherche accrue de ressources alternatives aux financements concessionnels. Les autorités camerounaises trouvent en Afreximbank, un interlocuteur capable de mobiliser davantage des capitaux tant sur les marchés internationaux, qu’auprès d’autres institutions panafricaines. Que ce soit sous la forme de prêts directs, garanties, opérations de change ou appuis à la mobilisation de ressources sur le marché intérieur. L’institution panafricaine a en deux ans, mobilisé au profit de l’État et du secteur privé, des facilités cumulées à plus de 600 milliards de FCFA (2024).
Dans le secteur public, Afreximbank s’est fortement impliquée à l’opération de swap courant juin 2025. Cette dernière avait permis au gouvernement de convertir des ressources en euros en FCFA. Ainsi plusieurs milliards de FCFA avaient été collectés dans le cadre de l’émission de titres publics de 200 milliards FCFA sur le marché de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Toujours en 2025, Afreximbank a fourni une garantie à l’Etat camerounais. Celui-ci a facilité la mobilisation de 159 milliards FCFA auprès de banques locales. De plus, la banque trois crédits d’un montant total de 96 milliards FCFA. Des crédits octroyés à l’État pour réaliser le Projet d’électrification par système solaire photovoltaïque de 200 localités.
Un accompagnement rare mais soutenu pour le secteur privé
Si ses concours financiers semblent majoritairement orientés vers le secteur public. Au Cameroun, Afreximbank se distingue également par son appui au secteur privé productif. En effet l’ouverture en 2021, de son bureau régional pour l’Afrique centrale à Yaoundé, a renforcé sa présence dans ce secteur. Elle est ou a été associée à divers projets notamment le projet de construction d’une usine de production de bitume à Kribi, porté par la société All Bitumen Plc. Sur la foi des données disponibles, l’institution a contribué à hauteur de près de 2 milliards FCFA pour les études de maturation de ce projet. D’ailleurs avec l’obtention du mandat de chef de file des investisseurs en 2024, Afreximbank entend soutenir la construction de l’unité industrielle dont le coût estimatif est évalué à 161 milliards FCFA.
Outre le projet industriel cité en amont, Afreximbank est également listée parmi les partenaires financiers de Cameroon Tyres Factory, l’ambitieux projet porté par l’homme d’affaires camerounais Antoine Ndzengue. Cette usine de fabrication de pneus, prévue dans la périphérie de Douala, est évaluée à plus de 400 milliards FCFA. À date, le projet a franchi l’étape des discussions avec l’indien GHV Infra Projects Limited.
Une dualité relationnelle entre débiteur et actionnaire
L’intervention de la banque panafricaine au Cameroun se déroule dans un contexte institutionnel spécifique. Depuis septembre 2025, elle est sous la direction du camerounais George Elombi, lequel a succédé à Benedict Oramah. Une nomination qui renforce davantage la visibilité du Cameroun au sein d’un acteur financier devenu hyper stratégique pour plusieurs nations africaines. Mais au-delà de cette présence camerounaise au directoire de la structure, le Cameroun et Afreximbank entretiennent un tout autre lien. Le pays est via la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), un des actionnaires de l’institution. Classé dans la catégorie B, son portefeuille d’investissement affiche 700 millions FCFA. Un statut qui permet donc au Cameroun d’être au cœur de la gouvernance de l’institution.



