Gouvernance numérique : Les régulateurs africains tracent une stratégie commune contre les cybermenaces jusqu’en 2030
Réunis à Abidjan lors de la 9ᵉ conférence du Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles (RAPDP), les représentants de 24 pays africains ont adopté une feuille de route couvrant la période 2026-2030. Objectif : renforcer la souveraineté numérique du continent, harmoniser les règles de protection des données et mieux encadrer l’essor de l’intelligence artificielle, des services financiers numériques et des plateformes digitales.

L’Afrique accélère sa transformation numérique à grande vitesse. Paiements mobiles, plateformes administratives en ligne, identité numérique ou encore services financiers dématérialisés gagnent du terrain dans plusieurs pays. Mais cette expansion ouvre également la porte à une multiplication des cyberattaques et à une exploitation croissante des données personnelles. Face à cette réalité, les autorités africaines de protection des données personnelles ont décidé d’adopter une approche coordonnée. Réunis cette semaine à Abidjan, sous l’égide de l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), les régulateurs ont validé une stratégie commune destinée à encadrer l’économie numérique africaine durant les cinq prochaines années.
Au terme des travaux, les participants ont insisté sur la nécessité pour les États africains de considérer les données personnelles comme un actif stratégique. Pour les régulateurs, la maîtrise des flux de données et le renforcement des dispositifs de cybersécurité deviennent désormais des enjeux liés à la souveraineté des États. La nouvelle feuille de route prévoit notamment un renforcement des capacités des autorités nationales chargées de la protection des données, une coopération accrue entre pays africains et l’instauration de mécanismes de contrôle plus rigoureux pour les entreprises comme pour les administrations publiques. Les discussions ont également porté sur les défis posés par l’intelligence artificielle, la biométrie et l’influence croissante des grandes plateformes numériques étrangères dans les économies africaines.
Au-delà des aspects réglementaires, les autorités africaines veulent créer un climat de confiance autour des services numériques. Les régulateurs estiment que sans protection efficace des données et sans sécurité informatique renforcée, le développement du commerce électronique et des services financiers digitaux pourrait être fragilisé. Cette préoccupation intervient alors que les perspectives de croissance du secteur numérique africain sont considérables. Les projections liées à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) tablent sur une économie numérique pouvant atteindre plusieurs centaines de milliards de dollars d’ici 2050.
Pour les régulateurs africains, la confiance numérique pourrait ainsi devenir l’un des piliers de l’intégration économique du continent. Entre cybersécurité, harmonisation réglementaire et contrôle des technologies émergentes, l’Afrique tente désormais de construire son propre bouclier numérique dans un univers technologique de plus en plus exposé aux tensions mondiales.



