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Lithium africain : Le boom des nouvelles mines face au risque d’un retournement des prix

L’Afrique renforce rapidement sa place dans la chaîne mondiale du lithium, porté par l’essor des véhicules électriques et des batteries. Mais cette montée en puissance intervient au moment où l’offre mondiale pourrait progresser plus vite que la demande. Pour les pays producteurs, l’enjeu n’est donc plus seulement d’extraire davantage, mais de préserver les revenus tirés d’une ressource dont les prix restent particulièrement volatils.

Le lithium africain entre dans une nouvelle phase. Après le plongeon des cours observé à partir de 2023, le marché a connu une reprise en 2025 et au début de 2026. Cette embellie montre toutefois déjà des signes de fragilité. Les perspectives de production mondiale laissent entrevoir une pression accrue sur les prix au moment même où plusieurs projets africains arrivent à maturité. Selon les projections de BMI, l’activité minière mondiale devrait progresser de 13,2 % en 2026, alors que la consommation de lithium ne gagnerait que 5,8 %. L’écart entre les deux rythmes pourrait progressivement détendre le marché. Benchmark Mineral Intelligence table ainsi sur un passage d’un déficit d’environ 3 % en 2026 à un excédent dès 2027.

Les producteurs africains arrivent au moment où le marché change de cycle

La progression de l’offre africaine est particulièrement rapide. D’après l’Agence internationale de l’énergie, la production minière du continent a augmenté de 44 % en 2025, portant sa contribution à environ 14 % de l’offre mondiale. Le Zimbabwe demeure l’un des principaux moteurs de cette dynamique, aux côtés du Mali. La République démocratique du Congo entre également dans le cercle des producteurs avec le démarrage des exportations du projet Manono, porté par Zijin. Au Ghana, le projet Ewoyaa doit encore renforcer cette nouvelle géographie du lithium. Cette accélération constitue une opportunité économique importante pour les États concernés, mais elle intervient dans un environnement où la croissance de l’offre mondiale pourrait limiter la progression des prix.

Le Zimbabwe veut monter dans la chaîne de valeur

Les données du Zimbabwe illustrent cette équation. Au premier trimestre 2026, les volumes exportés ont progressé de seulement 7 %, passant de 224 610 à 240 826 tonnes. Pourtant, la valeur des exportations a plus que doublé, de 84,2 millions à 178,6 millions de dollars. Cette évolution montre à quel point les recettes minières restent dépendantes des cours. Elle explique aussi la volonté de Harare de conserver davantage de valeur sur son territoire. Le pays prévoit notamment de mettre fin aux exportations de concentré à partir de janvier 2027 et encourage la transformation locale du minerai, avec les premiers envois de sulfate de lithium. Pour les économistes, cette stratégie pourrait constituer un amortisseur face à une éventuelle baisse des cours.

« La bataille se jouera moins sur les volumes que sur la valeur »

« Pour les producteurs africains, le risque est de bâtir les équilibres budgétaires sur des prix élevés qui ne sont pas durables », analyse un cadre du secteur minier. Selon lui, la priorité devrait être d’augmenter progressivement la transformation locale afin que les États captent une part plus importante de la valeur créée. Un autre analyste économique estime que « l’Afrique ne dispose pas encore d’un poids suffisant pour influencer seule le prix mondial du lithium ». Contrairement au cobalt, où la RDC concentre une part dominante de l’offre mondiale, la production de lithium reste répartie entre plusieurs régions et grands producteurs internationaux.

La transformation locale devient donc stratégique

Pour le Mali, la RDC, le Zimbabwe, le Ghana et les futurs producteurs, la question centrale sera celle de la rentabilité des projets dans un marché moins favorable. La multiplication des mines peut accroître les exportations sans nécessairement produire une hausse équivalente des recettes publiques. L’enjeu consiste donc à éviter le simple modèle « extraire-exporter ». Développer le raffinage, les produits chimiques dérivés et, à terme, certaines étapes de fabrication des composants de batteries permettrait aux pays africains de réduire leur exposition aux fluctuations du minerai brut.

Le lithium pourrait ainsi devenir une nouvelle source de revenus pour le continent, mais son véritable potentiel dépendra moins du nombre de tonnes extraites que de la capacité des États à transformer cette ressource en chaîne de valeur durable. À mesure que l’offre mondiale se rapproche de l’excédent, le temps des paris fondés uniquement sur la hausse des cours pourrait rapidement toucher à sa fin.

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