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Mbalam : Après quinze ans de bras de fer, le Cameroun reprend le contrôle de son fer

Le contentieux opposant le Cameroun à l’australien Sundance Resources autour du gisement de fer de Mbalam connaît un tournant décisif. La sentence arbitrale rendue en juillet 2026 écarte l’essentiel des indemnisations réclamées par la compagnie minière. Au-delà du volet judiciaire, cette affaire illustre les risques économiques liés à la rétention prolongée de permis miniers et la volonté croissante des États africains de reprendre la maîtrise de leurs actifs stratégiques.

À Mbalam, dans la région de l’Est du Cameroun, le temps a longtemps semblé suspendu. Identifié comme l’un des grands gisements de fer à haute teneur du continent, le site devait devenir le point de départ d’un vaste ensemble industriel comprenant une ligne ferroviaire, des infrastructures portuaires et un corridor d’exportation reliant le Cameroun au marché international. La société australienne Sundance Resources avait obtenu ses droits sur le projet à partir de 2007. Mais les ambitions affichées n’ont jamais débouché sur une exploitation industrielle. Plusieurs tentatives de financement et de partenariat ont échoué, notamment après l’effondrement du projet de reprise par le groupe chinois Hanlong. Pour les économistes du secteur extractif, cette situation constitue l’un des principaux handicaps des projets miniers africains : un permis peut représenter une valeur considérable sur le papier tout en générant très peu de valeur pour l’économie nationale tant que les investissements ne sont pas effectivement réalisés.

Un projet victime du cycle des matières premières

L’histoire de Mbalam ne peut toutefois pas être dissociée de la conjoncture internationale. La chute des cours du minerai de fer, les difficultés d’accès aux marchés financiers et l’augmentation du coût du financement ont progressivement rendu le projet plus difficile à boucler. Un accord de transition conclu en 2015 avait d’ailleurs prévu une implication plus importante de l’État dans la réalisation des infrastructures. Cette évolution témoignait d’une réalité : le développement d’un complexe minier de cette dimension nécessitait des capitaux bien supérieurs aux capacités d’une petite société minière. Mais l’effort financier public ne s’est pas traduit par la mise en production attendue.

Le cas Mbalam met en évidence le problème du « capital immobilisé ». Lorsqu’un gisement stratégique reste plusieurs années sans développement, le pays perd non seulement des recettes minières potentielles, mais également des emplois, des infrastructures induites, des recettes fiscales et des opportunités pour les entreprises locales.

Le contentieux change de dimension

La rupture intervient progressivement à partir de la fin des années 2010. Le Cameroun considère que les droits de Sundance sont arrivés à expiration après plusieurs prorogations. Le Congo adopte également une position similaire sur la partie congolaise du projet. Sundance engage alors une bataille arbitrale contre les deux États. Ses demandes financières atteignent plusieurs milliards de dollars, transformant un différend minier en enjeu budgétaire majeur. Pour le Cameroun, le risque était considérable. Une condamnation portant sur plusieurs milliards de dollars aurait pu représenter une charge exceptionnelle pour les finances publiques, alors que le pays doit déjà composer avec des besoins élevés de financement et un service de la dette important.

Le précédent congolais affaiblit la stratégie de Sundance

Un premier tournant intervient en décembre 2025. Le tribunal arbitral saisi du différend avec la République du Congo rejette entièrement les prétentions de Sundance, tout en mettant les frais de procédure à sa charge. Cette décision va renforcer la position camerounaise dans la procédure parallèle. À Yaoundé, la sentence notifiée le 23 juillet 2026 écarte à son tour la majeure partie des demandes financières de l’entreprise. Le tribunal rejette notamment la demande correspondant aux profits futurs que Sundance estimait pouvoir réaliser grâce à l’exploitation du gisement. Sur une réclamation dépassant 5 milliards de dollars, plus de 93 % des montants sollicités ne sont donc pas retenus.

Un risque financier ramené à une fraction de la demande

La décision ne signifie cependant pas que le Cameroun est totalement sorti de la procédure. Une indemnisation inférieure à 250 milliards de FCFA subsiste. Cette somme est toutefois très éloignée des quelque 3 000 milliards de FCFA initialement revendiqués. L’écart est suffisamment important pour modifier radicalement l’impact potentiel du contentieux sur les finances publiques. Le gouvernement entend néanmoins contester le reliquat devant la juridiction compétente en France, siège de l’arbitrage. L’argument avancé porte notamment sur la période à laquelle certaines dépenses invoquées par Sundance ont été engagées, plusieurs années avant l’entrée en vigueur de l’accord contractuel considéré comme fondement des manquements retenus. Cette bataille dépasse donc la seule question du montant à payer. Pour un État fortement sollicité par ses engagements budgétaires, chaque milliard économisé sur un contentieux international peut être réorienté vers les infrastructures, l’énergie, le transport ou les investissements productifs.

Mbalam entre désormais dans une nouvelle phase

Le dossier prend une autre tournure avec l’arrivée d’un nouveau titulaire du permis. Cameroon Mining Company a lancé des travaux après l’obtention de son titre et avance sur la mise en place d’une unité de traitement couvrant une dizaine d’hectares. Cette évolution est particulièrement symbolique. Elle oppose deux modèles de valorisation d’une ressource : celui d’un actif minier conservé pendant des années dans l’attente d’un financement, et celui d’un projet qui commence effectivement à mobiliser du capital et des équipements. Pour l’économie camerounaise, l’enjeu est désormais de transformer le fer de Mbalam en véritable chaîne de valeur. L’exploitation ne produira un effet significatif sur la croissance que si elle entraîne des investissements dans le rail, les infrastructures portuaires, la sous-traitance, la transformation locale, l’emploi et les services associés.

Un signal adressé aux investisseurs miniers

L’affaire Sundance pourrait également contribuer à redéfinir le rapport entre États et compagnies minières en Afrique centrale. Le message envoyé aux opérateurs est relativement clair : obtenir un titre sur une ressource stratégique ne constitue pas une fin en soi. Les autorités attendent désormais des capacités financières démontrées, des calendriers d’investissement crédibles et des résultats tangibles. Pour les investisseurs sérieux, cette évolution peut même être positive. Un cadre dans lequel les permis sont régulièrement évalués et où les actifs sous-exploités peuvent être réattribués peut accélérer la mise en production des gisements. Le risque serait toutefois de transformer cette fermeté en incertitude réglementaire. Les analystes économiques soulignent donc l’importance de procédures transparentes, de règles stables et de contrats suffisamment précis pour éviter que les projets miniers ne deviennent systématiquement des foyers de contentieux.

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