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Transport maritime : Le cabotage CAMSHIP cherche un second souffle entre Kribi et Douala

Lancé avec l’ambition de fluidifier les échanges entre les ports de Kribi et de Douala, le service de cabotage CAMSHIP, porté par la société camerounaise Gulfcam, traverse déjà une phase délicate. Immobilisation du navire, volumes insuffisants et négociations complexes avec les grands armateurs freinent le déploiement du projet. Malgré ces difficultés, les autorités et plusieurs opérateurs économiques continuent de croire au potentiel stratégique de cette liaison maritime nationale.

Quelques mois après son démarrage officiel, le service de cabotage CAMSHIP peine encore à trouver sa vitesse de croisière. Le cargo polyvalent acquis par Gulfcam pour assurer la liaison maritime entre les ports de Kribi et de Douala reste immobilisé depuis plusieurs semaines au large du port en eau profonde de Kribi, signe des difficultés rencontrées dans la montée en puissance de l’activité.

À l’origine, le projet devait répondre à une problématique bien identifiée : réduire la dépendance au transport routier dans l’acheminement des conteneurs entre les deux principales plateformes portuaires du Cameroun. Le modèle reposait sur des rotations régulières capables d’absorber une partie du trafic logistique côtier, tout en offrant une solution plus compétitive et plus sécurisée pour les chargeurs. Le dispositif ciblait notamment les conteneurs débarqués à Kribi avant leur transfert vers Douala, ainsi que les marchandises déjà dédouanées destinées au marché économique de la capitale économique. Gulfcam entendait également séduire les entreprises industrielles installées le long du corridor maritime camerounais, en leur proposant une alternative logistique jusque-là inexistante.

Mais entre les projections initiales et la réalité opérationnelle, l’écart reste important. L’arrêt prolongé du navire illustre les difficultés du projet à générer des flux réguliers suffisants pour rentabiliser les opérations.

Pourtant, selon plusieurs sources proches du dossier, les mécanismes administratifs et douaniers nécessaires au fonctionnement du service ont déjà été validés par les différentes administrations concernées. Les annonces faites au début de l’année par les responsables de Gulfcam laissaient d’ailleurs espérer un démarrage rapide du transport conteneurisé entre les deux ports. Dans les faits, le défi dépasse largement la simple question réglementaire. Le cabotage maritime suppose une coordination complexe entre armateurs internationaux, autorités portuaires, services douaniers et chargeurs locaux. Or, les grands opérateurs maritimes présents sur la façade atlantique camerounaise restent prudents quant à l’intégration de CAMSHIP dans leurs chaînes logistiques.

Des spécialistes du secteur estiment cependant que le service porté par Gulfcam ne doit pas être perçu comme une menace pour les grandes compagnies maritimes internationales. Ces dernières concentrent principalement leurs activités sur le transport de masse entre hubs régionaux et ports africains, avec des navires de très grande capacité. Le cabotage national, lui, répond à une logique différente. Il consiste à assurer la redistribution locale des marchandises sur de courtes distances, un segment souvent peu couvert par les grands armateurs. Dans cette configuration, CAMSHIP pourrait devenir un maillon complémentaire de la chaîne logistique nationale plutôt qu’un concurrent direct.

Cette approche semble progressivement gagner du terrain. Des discussions ont été engagées entre Gulfcam et plusieurs lignes maritimes opérant au Cameroun afin d’étudier les modalités de coopération possibles. Certaines compagnies auraient déjà manifesté un intérêt de principe, tandis que d’autres poursuivent encore leurs évaluations économiques.

Le ministère des Transports suit de près l’évolution du dossier. Les autorités camerounaises envisagent notamment une meilleure organisation du trafic maritime national à travers un système de répartition tenant compte des capacités des différents opérateurs actifs sur le marché. En parallèle, l’administration douanière poursuit l’intégration des procédures nécessaires au fonctionnement du service, pendant que plusieurs industriels locaux se disent prêts à utiliser cette solution pour le transport de leurs marchandises.

Au-delà des difficultés actuelles, le projet CAMSHIP reste perçu comme un test grandeur nature pour la stratégie maritime du Cameroun. Les promoteurs du service y voient une opportunité de développer une économie portuaire davantage intégrée, capable de générer des emplois, des recettes fiscales et de nouvelles activités logistiques autour des infrastructures de Kribi et de Douala. Dans les milieux économiques, beaucoup considèrent désormais que l’avenir du cabotage camerounais dépendra moins de l’existence des infrastructures que de la capacité des différents acteurs à construire un modèle de coopération durable. Un défi aussi vaste que l’océan que CAMSHIP tente encore de conquérir.

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