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UEMOA : Quand les marchés de change dictent la performance des banques centrales

En 2025, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest affiche une solidité patrimoniale inédite, mais voit son bénéfice reculer. En cause : l’effet ciseau d’un dollar affaibli face à l’euro et d’une politique monétaire plus accommodante.

À première vue, les comptes 2025 de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) respirent la robustesse. Le total de bilan atteint un niveau record, signe d’un renforcement des actifs. Pourtant, derrière cette façade prospère, le résultat net s’inscrit en recul de 14 %, à 588 milliards de FCFA. Une contre-performance qui trouve son origine dans les turbulences du marché des changes, où le dollar a perdu du terrain face à l’euro, monnaie d’ancrage du franc CFA.

Le cœur du choc réside dans le retournement spectaculaire du résultat de change. D’un excédent confortable en 2024, la BCEAO bascule dans le rouge en 2025, accusant une détérioration de 92 milliards de FCFA. La dépréciation du billet vert a mécaniquement réduit la valeur des avoirs libellés en dollars, entraînant une chute drastique des gains réalisés sur les opérations de change. Dans le même temps, les pertes latentes liées aux positions en devises se sont fortement accrues, alourdissant la pression sur les comptes. Pour amortir le choc, l’institution a activé un mécanisme de stabilisation interne, puisant dans ses réserves de réévaluation. Ce dispositif agit comme un pare-chocs, lissant les effets de volatilité des marchés sur les résultats annuels.

Si les devises ont joué un mauvais tour, l’or s’est imposé comme un allié précieux. Porté par une hausse soutenue des cours internationaux, le stock d’or de la BCEAO a généré d’importantes plus-values latentes. Ces gains, bien que non intégrés au résultat net, viennent renforcer la richesse globale de l’institution. Ils contribuent à hisser le résultat global à un niveau supérieur, confirmant une amélioration du patrimoine malgré les difficultés opérationnelles. En clair, la banque centrale encaisse un revers comptable, mais consolide sa puissance financière.

Au-delà des facteurs externes, les choix de politique monétaire ont également pesé sur la rentabilité. En abaissant ses taux directeurs en 2025, la BCEAO a favorisé l’accès au crédit dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Cette orientation, destinée à soutenir l’activité économique, a toutefois réduit les revenus issus des opérations de refinancement bancaire. Un arbitrage assumé : stimuler la croissance, estimée à 6,7 %, quitte à rogner sur les marges à court terme.

L’exercice 2025 illustre ainsi une réalité complexe : une banque centrale peut s’enrichir tout en gagnant moins. Ballottée par les fluctuations internationales mais guidée par des impératifs régionaux, la BCEAO navigue entre prudence financière et soutien à l’économie réelle. Dans ce jeu d’équilibriste, le dollar aura été le grain de sable dans la mécanique, tandis que l’or aura joué les gardiens silencieux de la valeur.

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