Modernisation portuaire : Le Port de Douala mise sur le numérique pour désengorger ses quais
À l’horizon septembre 2026, le principal port du pays veut tourner la page des formulaires papier et des circuits opaques. Une enquête régionale révèle les lenteurs et les surcoûts qui freinent encore la chaîne logistique, tandis qu’un nouveau système d’information promet de réorganiser le passage portuaire comme une horloge digitale.
Le diagnostic est sans fard. Selon une étude conduite entre 2021 et 2024 par l’Observatoire régional des pratiques anormales, les procédures au port de Douala restent partiellement dématérialisées. Certes, des plateformes comme l’Guce et l’Camcis existent, mais leur utilisation demeure incomplète. Résultat : certaines étapes clés, notamment pour les titres de transit et les lettres de voiture, se font encore physiquement, laissant place à des paiements informels dénoncés par une part notable des commissionnaires agréés en douane. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : huit jours en moyenne pour dédouaner une cargaison, parfois jusqu’à 39 jours entre la validation du manifeste et l’ouverture effective du dossier. Les camions, eux, stationnent environ trois jours dans l’enceinte portuaire. À ces délais s’ajoutent des frais annexes pouvant grimper à 180 000 FCFA par véhicule, notamment pour la pesée et le suivi GPS.
Face à ces goulots d’étranglement, le Port autonome de Douala prépare un virage numérique complet. L’objectif est clair : centraliser dans un module unique les informations des armateurs, consignataires et acconiers, puis les rendre accessibles aux administrations et aux opérateurs autorisés. Pour Jean Yves Massouka, chef de la cellule de facilitation des échanges, ce futur outil doit devenir le cœur battant de la plateforme portuaire. Il promet une mise en service totale d’ici septembre 2026, avec à la clé une réduction des contacts physiques et, par ricochet, des occasions de dérive.
Du côté des professionnels, l’attente est palpable. Albert Etoundi, président du Syndicat national des transitaires, acconiers et consignataires, estime que la dématérialisation intégrale pourrait résoudre l’essentiel des difficultés rencontrées sur le terrain.
Au-delà de la technologie, l’OPA insiste sur la gouvernance. Elle recommande la mise en place d’outils de signalement anonymes, le renforcement des contrôles internes et une responsabilisation accrue des agents. L’idée est de réduire les zones de friction où s’installent les pratiques anormales, en remplaçant la négociation de couloir par la traçabilité numérique.
Le port de Kribi a fait l’objet de la même analyse, dans le cadre d’un programme soutenu par l’Union européenne. L’enjeu dépasse la seule modernisation locale : il s’agit de renforcer la fluidité des corridors reliant le Cameroun au Tchad et à la République centrafricaine. Pour Pierre-Guillaume Boum Bissai, représentant résident de la Commission de la Cemac, l’OPA se veut un levier stratégique au service de la compétitivité régionale. Certaines recommandations ont déjà inspiré des mesures concrètes, comme la création d’une brigade mixte pour accélérer les échanges et le renforcement des accords bilatéraux de transit.
Avec plus de 80 % du commerce extérieur camerounais transitant par Douala, la réussite de cette transition numérique est cruciale. Elle doit permettre de transformer Douala et Kribi en plateformes logistiques modernes, capables de soutenir l’intégration régionale et d’attirer davantage de flux. Si le calendrier est respecté, septembre 2026 pourrait marquer l’entrée du port de Douala dans l’ère du « zéro papier ». Un pari technologique, mais aussi un pari de confiance : celui d’un port où les données circulent plus vite que les camions, et où la transparence devient la nouvelle monnaie d’échange.



