Intégration régionale : À la CEMAC, les dettes des États étouffent la machine communautaire
La Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale fait face à une asphyxie financière. En cause : le non-versement régulier de la Taxe communautaire d’intégration par les États membres. Fin 2025, les arriérés cumulés atteignent 263,5 milliards de FCFA, compromettant la conduite des réformes et des projets régionaux.

La sonnette d’alarme a été tirée à Malabo lors de la session plénière du Parlement communautaire. Dans son rapport annuel, la Commission a reconnu une rupture de ses équilibres financiers. La principale ressource de l’institution, la Taxe communautaire d’intégration (TCI), n’est que partiellement reversée par les administrations nationales. Sur près de 52 milliards de FCFA attendus en 2025, un peu plus de 31 milliards ont effectivement été encaissés, soit à peine 60 % des prévisions. Résultat : la Commission fonctionne avec des moyens amputés, tandis que les engagements s’accumulent comme des nuages d’orage sur son budget.
Le stock global des impayés atteint désormais 263,5 milliards de FCFA. Le Cameroun concentre environ 23 % de ce montant, avec près de 60 milliards de FCFA dus. Il se situe juste derrière la République centrafricaine, premier contributeur aux arriérés. Viennent ensuite le Congo, le Tchad et la Guinée équatoriale, tandis que le Gabon affiche une dette plus modérée. Dans les faits, seuls le Cameroun et le Gabon ont dépassé le seuil minimal de contribution en 2025, les autres n’ayant enregistré aucun versement significatif sur la période.
Cette fragilité budgétaire a des répercussions directes sur l’action communautaire. La Commission reconnaît que plusieurs chantiers structurants ont été ralentis, faute de moyens. Les ambitions politiques se heurtent à une réalité comptable : sans ressources stables, la coordination régionale reste un édifice sans fondations solides. Le rapport appelle à une discipline collective accrue et à un recentrage des priorités. L’objectif est de concentrer les efforts sur des projets intégrateurs à fort impact socioéconomique, plutôt que de disperser des financements déjà rares.
Face à l’érosion continue de ses liquidités, la Commission a adopté une politique de rigueur. Son président, Baltasar Engonga Edjo’o, a annoncé la suspension temporaire des missions et activités jugées non essentielles. Cette cure d’austérité vise à préserver le fonctionnement minimal de l’institution, dans l’attente d’un retour à meilleure fortune.
Créée pour garantir l’autonomie financière de la Communauté, la TCI est prélevée à hauteur de 1 % sur les importations provenant de pays tiers. En théorie, elle devait constituer une ressource propre et pérenne. En pratique, son recouvrement irrégulier fragilise toute l’architecture financière régionale. La Commission plaide désormais pour l’activation stricte d’un mécanisme autonome de collecte, susceptible de mobiliser entre 45 % et 55 % du potentiel fiscal attendu.
Au-delà des chiffres, c’est la crédibilité même du projet communautaire qui se joue : sans volonté politique partagée pour honorer les engagements financiers, l’intégration régionale risque de rester un horizon lointain, visible mais toujours hors de portée.



