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Scanning des marchandises : Le PAD, une souveraineté nationale otage d’un chantage institutionnel

Au Port de Douala-Bonabéri, le temps s’est arrêté à un feu rouge. Loin d’une simple affaire de scanning, la crise observée depuis janvier 2026 est venue remettre en vitrine, la complexité des textes et l’imbroglio qui entoure les prérogatives dévolues aux entités publiques pourtant juridiquement autonomes. Derrière ce bras de fer interminable, se dessine un affrontement institutionnel où le ministre des Finances Louis Paul Motaze semble vouloir reprendre la main sur un domaine que le décret signé le 24 janvier 2019 par le chef de l’Etat avait précisément soustrait à sa tutelle directe.

Dans une correspondance datée du 16 février 2026, le Directeur Général du PAD, Cyrus Ngo’o, a officiellement ordonné la suspension partielle des activités de la société de droit camerounais TransAtlantic D. S.A. au profit de la multinationale suisse SGS. Cette décision qui tombe tel un couperet, trouve non seulement sa source dans la différence d’appréciation des textes entre le Port Autonome de Douala et le ministère des Finances. Mais aussi dans une forme de chantage financier, ce pour un contrat signé il y a plus d’une décennie.

Le Minfi : patriote ou affairiste ?

Au-delà d’un différend contractuel, la querelle autour du scanning des marchandises s’est transportée sur le champ institutionnel avec les interventions directes du ministre des Finances, de la Présidence et du Premier Ministre. Ce qui suggère que ce dossier dépasse le simple cadre commercial. Or le décret signé le 24 janvier 2019 signé par le chef de l’Etat Paul Biya et portant réorganisation du Port Autonome de Douala est sans ambiguïté : il renforce son autonomie administrative et financière et lui confère une compétence exclusive sur la gestion de son domaine. Or, le scanning des marchandises, bien qu’adossé aux recettes douanières, s’exerce matériellement sur l’espace portuaire, relevant ainsi du pouvoir de gestion du PAD.

En intervenant publiquement et en mobilisant la Primature avec le soutien du ministre de la Communication qui est par ailleurs président du Conseil d’administration de SGS, dans un différend contractuel, le ministre des Finances brouille les lignes institutionnelles. L’argument de la défense des recettes douanières masque difficilement une tentative de requalification du scanning en prérogative exclusivement régalienne, au détriment de l’autonomie portuaire.

Le Minfi, juge et partie

Pourtant, le contrat signé en mars 2015 avec SGS SA reposait sur un schéma BOT prévoyant l’installation de quatre scanners avant le 31 décembre 2015. Or, le quatrième équipement n’a été mis en service qu’en 2022, soit sept ans après l’échéance contractuelle initiale.

Pour le PAD, la durée de dix ans étant arrivée à terme au 31 décembre 2025, le contrat est éteint. Pour SGS, il court jusqu’en 2032. Aucun avenant public ne confirme cependant une prolongation formelle. Cette zone grise devient alors un levier stratégique. En soutenant implicitement la position de SGS, le ministère des Finances apparaît comme arbitre et partie prenante. Or, cette posture interroge : pourquoi défendre avec autant d’insistance l’interprétation la plus favorable à l’opérateur historique, alors même que le port revendique la fin normale du contrat ?

Jeux d’intérêts contre souveraineté économique

Le scanning n’est pas un simple service technique : il conditionne les flux commerciaux, la sécurisation des recettes douanières et la fluidité logistique. Contrôler ce maillon stratégique, c’est peser directement sur la chaîne de valeur portuaire.

En cherchant à imposer sa lecture contractuelle et à neutraliser la décision du PAD, le Minfi semble poursuivre un double objectif : préserver la continuité d’un partenariat international sensible et maintenir un levier d’influence sur les recettes générées au port. Mais à quel prix ? Si l’autonomie du PAD peut être remise en cause par une intervention ministérielle dans un contrat arrivé à échéance selon l’autorité portuaire, c’est toute la crédibilité institutionnelle du modèle d’établissement public autonome qui vacille.

Au-delà du cas SGS, le message envoyé aux investisseurs est ambigu : l’autonomie proclamée par les textes peut-elle être suspendue par arbitrage politique ? En voulant défendre les recettes de l’État, le ministère des Finances prend le risque d’affaiblir l’architecture institutionnelle qu’il est censé garantir.

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