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Commerce mondial : Entre paralysie des réformes et hégémonie des puissances protectionnistes

Négociations bloquées, rivalités géopolitiques intenses, accroissement et promotion de mesures protectionnistes, contestation croissante du multilatéralisme. L’organisation mondiale du commerce (OMC) ne cesse de se heurter aux fractures grandissantes du commerce mondial. Alors que les experts alertent depuis 08 décennies, sur de nombreux déséquilibres. Yaoundé, la capitale du Cameroun a accueilli du 26 au 29 mars 2026, la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation. Un événement majeur dont l’issue demeure incertaine, vu le contexte très tendu, entretenu par la guerre au Moyen-Orient.

Les négociations en vue de lancer la réforme de l’Organisation mondiale du commerce sont depuis plusieurs années à la traîne. Alors que l’on semblait s’acheminer vers un accord au dernier jour de la conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé, rien ne semble encore arrêté.

Pour les pays africains, le débat de Yaoundé rappelle une réalité devenue centrale : Une réforme de l’institution est nécessaire pour rétablir un certain équilibre. Cependant, plusieurs facteurs contribuent à fragiliser le régulateur du commerce mondial. Au-delà de la règle du consensus, qui fait qu’en cas de nécessité d’un accord unanime, un seul membre puisse bloquer toute décision ; la crise du règlement des différends dont l’organe d’appel est paralysé depuis 2019, principalement en raison du blocage des nominations de juges par les États-Unis, constitue une autre entrave.  À une époque où les divergences Nord-Sud s’accentuent ; les désaccords sur le commerce électronique, singulièrement le moratoire sur les droits de douane dans l’e-commerce, mis en place depuis 1998, le souhait de certains pays de passer par des accords plurilatéraux fragilise l’institution mondiale.

Le moratoire de 1998, le ratio entre fluidité du commerce et manque à gagner fiscal

Couvrant les logiciels téléchargés, les services cloud utilisés par les entreprises, les prestations numériques vendues à l’international, les mises à jour informatiques, les formations en ligne ou encore certaines applications de télémédecine. La prolongation du moratoire sur les droits de douane appliqués aux transmissions électroniques reste une question cruciale. Pour les partisans du moratoire, l’absence de taxation douanière sur ces flux garantit un cadre plus lisible pour les entreprises et les consommateurs. Elle réduit les coûts de transaction et soutient l’essor des services numériques, notamment pour les PME insérées dans les échanges internationaux. Un moratoire permanent offrirait, selon eux, davantage de stabilité et de prévisibilité au commerce mondial.

De l’avis de plusieurs pays du Sud, avec l’accélération de la digitalisation, l’interdiction de taxer les flux numériques à la frontière pourrait les priver, à terme, d’une source potentielle de revenus. La question est d’autant plus sensible que nombre d’économies en développement cherchent à élargir leur base fiscale dans un contexte de tensions budgétaires croissantes. Un fait bien illustré par une étude publiée par l’OCDE en 2023, laquelle révèle un manque à gagner moyen à 0,68 % des recettes douanières totales, soit environ 0,1 % de l’ensemble des recettes publiques.

Vers un accord suspendu au duo Washington-New Delhi

De sources proches, les négociations s’intensifient à Yaoundé, où les 166 membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) tentent de conclure un accord sur la réforme de l’institution. Au cœur des échanges : l’élaboration d’un plan d’action destiné à relancer une organisation en crise. Après plusieurs jours de négociations, les ambassadeurs ont réussi à s’accorder sur un projet de texte, qui prévoit d’« intensifier » les travaux pour aboutir à des recommandations concrètes d’ici à la prochaine ministérielle.

Seul bémol : l’issue dépend toutefois d’un point de friction majeur entre États-Unis et Inde : la question des droits de douane sur le commerce électronique. Washington pousse pour une prolongation permanente, tandis que plusieurs pays en développement, emmenés par New Delhi, redoutent une perte de recettes fiscales. Une solution intermédiaire est sur la table : une prolongation de cinq ans, jusqu’au 30 juin 2031, assortie d’un réexamen un an avant son expiration.

Au-delà de ce point, le projet de texte reste peu détaillé sur le fond de la réforme. Les discussions portent principalement sur trois axes : la prise de décision au sein de l’OMC, le traitement différencié des pays en développement et les conditions de concurrence. Autre dossier sensible : le mécanisme de règlement des différends.

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