10 000 logements à Yaoundé : La SIC sécurise le financement et relance son partenariat stratégique avec l’Italie
À l’issue d’une mission de haut niveau conduite en Italie entre fin février et mi-mars 2026, la Société Immobilière du Cameroun (SIC) annonce une avancée décisive dans le projet des 10 000 logements à Yaoundé. Entre règlement des différends avec le partenaire italien Pizzarotti, consolidation de la chaîne industrielle et prolongation du calendrier de financement, le chantier entre dans une nouvelle phase, avec en ligne de mire l’industrialisation du logement au Cameroun et en Afrique centrale.

La mission menée par le directeur général de la SIC aux côtés de plusieurs administrations camerounaises marque un tournant pour l’un des plus importants projets immobiliers publics du pays. En Italie, la délégation a successivement visité plusieurs sites industriels mobilisés dans la mise en œuvre du programme. À Piacenza, l’accent a été mis sur la logistique lourde avec l’évaluation des capacités de production du fournisseur chargé des camions destinés aux travaux. Une partie substantielle des équipements a déjà été livrée, tandis que le reliquat devrait suivre selon un calendrier désormais jugé maîtrisable. Le déplacement à Catane a ensuite permis de vérifier l’état d’avancement des équipements de la centrale à béton prévue pour la base de préfabrication de Nkolmeyos. Cette infrastructure apparaît comme la pièce maîtresse du virage industriel voulu par la SIC, en permettant une production plus rapide et standardisée des logements.
Le moment politique et contractuel le plus important de la mission s’est joué à Parme. Les échanges avec les dirigeants de l’entreprise italienne Impresa Pizzarotti & C. S.p.A. ont abouti à la signature d’un protocole transactionnel mettant fin aux contentieux antérieurs entre les deux parties. Cet accord ouvre la voie à la préparation de nouveaux avenants, à une meilleure organisation des équipes sur le terrain et surtout à l’instauration d’un rythme de décaissement mensuel estimé à près de 1,6 milliard de FCFA. Une cadence financière qui devrait redonner du souffle à un chantier longtemps ralenti. Derrière cette normalisation contractuelle, c’est tout le calendrier d’exécution qui se trouve redessiné, avec l’objectif d’accélérer visiblement la progression physique des travaux sur le site de Yaoundé.
À Rome, la séquence financière a confirmé la crédibilité retrouvée du projet. Les discussions avec les partenaires bancaires et assurantiels italiens ont débouché sur un accord de principe pour prolonger de 24 mois la période de décaissement. Cette décision s’appuie sur les progrès enregistrés ces dernières années, notamment dans la mise en œuvre des engagements environnementaux et sociaux. Surtout, le bond du taux d’exécution du projet traduit une nette amélioration de la gouvernance opérationnelle : de 6,07 % sur plusieurs années avant 2022, le niveau d’avancement a atteint 36,3 % à fin 2025. Cette évolution a renforcé la confiance des prêteurs, malgré les contraintes initiales du montage financier.
Au-delà du seul chantier de Yaoundé, la SIC cherche désormais à inscrire le programme dans une ambition plus vaste, portée par le Plan Mattei pour l’Afrique, la nouvelle doctrine italienne de partenariat économique avec le continent. L’objectif dépasse la simple livraison d’immeubles : il s’agit de bâtir un véritable écosystème industriel du logement en Afrique centrale, articulé autour du transfert de technologies, de la formation des compétences locales et de la production en série. Dans cette perspective, une seconde phase de près de 9 500 logements supplémentaires est déjà envisagée. Elle pourrait servir de projet pilote régional, avec des mécanismes innovants de financement.
La mission a également servi de vitrine à la stratégie SIC 2040, qui projette la production de 50 000 logements durables, l’industrialisation complète de la filière et l’émergence d’un hub sous-régional du logement. Pour la SIC, le chantier des 10 000 logements n’est plus seulement un programme immobilier : il devient une matrice de transformation urbaine, d’emplois et de souveraineté industrielle. Une sorte de “ville-usine” en gestation, où le béton ne sert pas qu’à construire des murs, mais à couler une nouvelle ambition économique pour le Cameroun.



