CEMAC : Une forte accélération des émissions de titres publics attendue au deuxième trimestre 2026
Les pays de la CEMAC s’apprêtent à intensifier leur recours au marché des titres publics de la BEAC entre avril et juin 2026. Avec une enveloppe pouvant atteindre 1 797 milliards FCFA, la sous-région affiche une nette montée en puissance de ses besoins de financement, sur fond de pressions budgétaires persistantes, d’endettement élevé et de volonté politique de renforcer les ressources domestiques.

Les six États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale veulent franchir un cap au deuxième trimestre 2026 sur le marché régional. D’après les programmes prévisionnels des Trésors, les montants attendus oscillent entre 1 669,5 et 1 797 milliards FCFA, soit l’équivalent de 2,9 à 3,1 milliards de dollars. Cette projection marque une progression spectaculaire par rapport aux trois premiers mois de l’année, période durant laquelle les besoins exprimés dépassaient à peine 1 000 milliards FCFA. La hausse, qui varie entre 67 % et 80 %, traduit l’intensification des besoins de trésorerie et d’investissement des États de la sous-région.
Première économie de la zone, le Cameroun représentera la part la plus importante de ce programme avec 750 milliards FCFA d’émissions envisagées. Le Congo suivra avec 380 milliards FCFA, tandis que le Gabon prévoit une fourchette comprise entre 293 et 335,5 milliards FCFA. Plus loin, le Tchad ambitionne de lever entre 155 et 240 milliards FCFA. La Guinée équatoriale vise 70 milliards FCFA et la République centrafricaine, dont les besoins restent plus limités, prévoit 21,5 milliards FCFA, concentrés sur avril et mai. Les instruments mobilisés reflètent des priorités différentes. Le Cameroun et le Gabon privilégient les bons du Trésor assimilables, mieux adaptés aux tensions de liquidité de court terme. À l’opposé, le Tchad et la RCA misent davantage sur les obligations du Trésor assimilables, avec des maturités de moyen terme pouvant aller jusqu’à sept ans, afin d’étaler le poids de la dette.
Cette montée en puissance des émissions intervient dans un contexte budgétaire encore fragile. Dans plusieurs pays de la CEMAC, les recettes internes peinent à suivre la dynamique des dépenses publiques, alors même que les charges de financement deviennent plus lourdes. La situation est particulièrement sensible au Congo et au Gabon, où le niveau d’endettement dépasse 70 % du PIB. À l’échelle régionale, le déficit budgétaire reste contenu mais préoccupant, autour de 1,3 % du PIB, ce qui pousse les gouvernements à rechercher davantage de marges sur le marché domestique.
Au-delà du simple financement des budgets, cette stratégie répond à un objectif plus large : consolider la stabilité macroéconomique de la sous-région. Réunis à Paris à la mi-mars, les ministres des Finances de la CEMAC ont réaffirmé la nécessité d’accroître les ressources internes pour accompagner les programmes soutenus par le FMI. L’enjeu est double : préserver les réserves de change et soutenir les réformes structurelles indispensables à la solidité du cadre monétaire régional. Dans les prochains mois, le marché des titres publics de la BEAC devrait ainsi devenir l’un des principaux thermomètres de la confiance accordée aux économies d’Afrique centrale.



