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Afrique subsaharienne : L’irrigation apparaît comme un formidable moteur d’emplois et de résilience

Longtemps abordée sous le seul angle des rendements, l’irrigation révèle aujourd’hui une autre promesse majeure pour l’Afrique subsaharienne : celle d’un puissant gisement d’emplois. Selon la Banque mondiale, la région concentrerait à elle seule l’essentiel du potentiel mondial de postes pouvant être créés grâce à la conversion durable des terres pluviales. À la clé, une transformation profonde des campagnes, une montée en puissance des PME agricoles et une meilleure résistance aux chocs climatiques.

L’Afrique subsaharienne pourrait devenir l’épicentre mondial de l’emploi agricole lié à l’eau maîtrisée. D’après les estimations récentes de la Banque mondiale, près de 218 millions d’emplois pourraient y voir le jour si les terres cultivées dépendantes des pluies étaient progressivement converties en périmètres irrigués, dans le respect des ressources hydriques disponibles. Cette perspective s’explique par le très faible niveau d’équipement actuel du continent. Alors qu’à l’échelle mondiale près d’un quart des terres cultivées disposent d’infrastructures d’irrigation, l’Afrique reste très en retrait avec à peine 6 % de surfaces équipées. Ce décalage souligne l’ampleur de la marge de progression.

L’irrigation ne se limite pas à sécuriser l’accès à l’eau. Elle modifie en profondeur l’organisation du travail agricole. En permettant plusieurs cycles de culture par an, elle allonge les périodes d’activité, y compris durant la saison sèche où les opportunités d’emploi se raréfient habituellement. Les besoins en main-d’œuvre augmentent dans les systèmes traditionnels, notamment pour l’entretien des canaux, des bassins ou des retenues. Les dispositifs modernes, comme le goutte-à-goutte ou l’aspersion, stimulent quant à eux la demande en compétences techniques : installation, réglage des équipements, maintenance, conseil et gestion optimisée de la ressource. Les gains de productivité renforcent cette dynamique. Les terres irriguées affichent des performances nettement supérieures aux cultures pluviales, avec des rendements moyens bien plus élevés et une valeur produite par hectare largement renforcée.

Au-delà des exploitations, c’est toute une économie de services qui se structure. Fournisseurs de pompes, distributeurs de tuyaux, installateurs, techniciens de maintenance, bureaux de conseil et PME spécialisées trouvent dans l’irrigation un marché en pleine émergence. Cette chaîne de valeur, en amont comme en aval, pourrait jouer un rôle clé dans la modernisation des territoires ruraux. Elle ouvre des débouchés à des milliers de petites entreprises locales, tout en professionnalisant l’agriculture.

Le principal frein demeure financier. Mettre en place des infrastructures d’acheminement de l’eau exige des investissements lourds, auxquels s’ajoutent les coûts d’exploitation et d’entretien. C’est pourquoi la Banque mondiale plaide pour une réorientation des dépenses publiques agricoles vers des projets d’irrigation durable, jugés plus efficaces pour soutenir l’emploi, la productivité et l’adaptation climatique. L’institution insiste également sur le potentiel de l’irrigation pilotée directement par les agriculteurs. Ce modèle, fondé sur l’initiative individuelle ou collective des exploitants, permettrait d’accélérer l’expansion des surfaces irriguées grâce à des solutions plus souples et à une implication accrue du secteur privé. Dans une région où l’agriculture représente déjà la majorité des emplois, l’eau maîtrisée pourrait ainsi devenir la clef d’une nouvelle révolution rurale : plus productive, plus inclusive et mieux armée face aux dérèglements climatiques.

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