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Minéraux critiques : Le Cameroun attire l’attention stratégique des États-Unis

À mesure que la compétition mondiale pour les ressources critiques s’intensifie, le Cameroun gagne en visibilité dans les cercles diplomatiques et industriels. L’intérêt récemment affiché par Washington et Canberra pour le potentiel minier camerounais confirme la place croissante du pays dans les chaînes d’approvisionnement appelées à soutenir la transition énergétique, l’industrie de pointe et certains usages de défense. Mais cet attrait reste suspendu à un impératif : clarifier les règles du jeu pour les investisseurs.

La rencontre du 30 mars à Yaoundé entre le ministre par intérim des Mines et le chargé d’affaires américain, accompagné du haut-commissaire d’Australie au Nigeria, marque une nouvelle étape dans le positionnement international du secteur minier camerounais. Derrière la courtoisie diplomatique, le message est limpide : les minerais stratégiques du pays entrent désormais dans les calculs géoéconomiques des puissances occidentales.

Les échanges ont mis l’accent sur une exploration « responsable et durable », signe que les partenaires étrangers cherchent à conjuguer sécurisation des approvisionnements et exigences de gouvernance. Pour le Cameroun, cette attention ouvre la voie à des partenariats techniques, à la montée en compétences locales et à une meilleure structuration de la filière.

Au centre des convoitises figure le gisement de Nkamouna-Lomié, dans l’Est. Les estimations officielles évoquent près de 100 millions de tonnes de minerai contenant du cobalt, du nickel et du manganèse, avec en prime un potentiel significatif en scandium, métal encore rare mais de plus en plus recherché. Les projections de production annuelle donnent la mesure de l’enjeu : plusieurs milliers de tonnes de cobalt et de nickel, près d’un demi-million de tonnes de manganèse et un volume notable de scandium. À cela s’ajoutent de nombreux indices supplémentaires recensés dans le Sud et l’Est, renforçant l’idée d’un corridor minier à fort potentiel.

Si Washington multiplie les signaux d’intérêt, le discours américain reste nuancé. Quelques jours avant cette rencontre, lors d’un échange économique à Yaoundé, le diplomate John G. Robinson avait insisté sur deux obstacles majeurs : l’accès à l’information et la lisibilité du cadre réglementaire. Pour les entreprises américaines, la difficulté ne réside pas seulement dans la découverte des ressources, mais aussi dans la compréhension des procédures d’entrée, d’exploitation et de commercialisation. En filigrane, c’est la question plus large du climat des affaires qui revient : sécurité juridique, qualité des services publics, stabilité des règles et rapidité administrative.

Cette convergence d’intérêts place le Cameroun devant une opportunité rare. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement se redessinent, le pays peut devenir un maillon clé des minerais critiques en Afrique centrale. Encore faut-il transformer le potentiel géologique en avantage économique réel, grâce à des réformes crédibles, un cadre légal robuste et une gouvernance suffisamment lisible pour rassurer les capitaux internationaux.

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