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Industrie automobile : Chery met la main sur Rosslyn et accélère sa stratégie industrielle en Afrique du Sud

Le constructeur chinois Chery s’apprête à reprendre l’ancien site industriel de Nissan à Rosslyn, près de Pretoria. Prévue pour entrer en production à l’horizon 2027, l’usine doit devenir un pivot de son expansion en Afrique australe et un tremplin vers l’export. Cette opération illustre la montée en puissance des marques chinoises sur le premier marché automobile du continent.

L’industrie automobile sud-africaine s’apprête à changer de visage. Chery finalise la reprise de l’usine de Rosslyn, longtemps exploitée par Nissan, dans une opération qui marque une nouvelle étape dans la conquête du continent par les constructeurs chinois. Situé à proximité de Pretoria, ce site industriel devrait faire l’objet d’une vaste phase de rénovation et de modernisation avant un redémarrage programmé pour la fin de l’année 2027. Les travaux, annoncés sur une période de 12 à 18 mois, doivent permettre au groupe de remettre à niveau les chaînes de production et d’adapter l’outil aux nouveaux standards technologiques du secteur. Ni le coût de l’acquisition ni le montant global des investissements n’ont été rendus publics, mais l’enjeu dépasse largement la seule reprise d’un site. Pour Chery, il s’agit de transformer Rosslyn en tête de pont régionale.

Le choix du timing n’a rien d’un hasard. Après plusieurs années marquées par les contrecoups de la pandémie et des tensions économiques, le marché automobile sud-africain a retrouvé un rythme soutenu. En 2025, les ventes de véhicules neufs ont atteint un niveau inédit depuis plus de dix ans, portées principalement par le segment des voitures particulières. Cette embellie repose sur plusieurs facteurs : une inflation mieux contenue, un assouplissement des conditions de crédit et une demande des ménages en nette reprise. Les perspectives restent orientées à la hausse pour 2026, renforçant l’intérêt des industriels pour une implantation locale durable. Dans ce paysage en recomposition, les marques chinoises gagnent rapidement du terrain. Leur progression, nettement supérieure à celle du marché global, redessine la hiérarchie historique dominée jusque-là par les groupes japonais, européens et coréens.

Le constructeur n’avance pas en terrain vierge. Depuis son retour en Afrique du Sud il y a quatre ans, Chery a méthodiquement bâti son maillage commercial. Son réseau compte désormais environ 150 concessionnaires, avec une présence devenue visible dans les principaux centres urbains du pays. Cette implantation lui a permis de renforcer sa part de marché et d’asseoir sa crédibilité auprès des consommateurs locaux. Le passage à la fabrication sur place apparaît ainsi comme la suite logique d’une stratégie d’enracinement déjà bien engagée. Au-delà de la vente, la production locale doit aussi répondre à un impératif économique : réduire les coûts logistiques, raccourcir les délais d’approvisionnement et mieux répondre aux attentes spécifiques des marchés africains.

L’ambition industrielle de Chery ne se limite pas aux modèles thermiques. Le groupe veut faire de Rosslyn une plateforme dédiée aux véhicules électrifiés, avec une offre mêlant hybrides, hybrides rechargeables et modèles 100 % électriques. Ce positionnement épouse l’évolution de la demande sud-africaine, où les motorisations hybrides séduisent déjà une large part des acheteurs de véhicules à énergie nouvelle. Dans un environnement où les infrastructures de recharge restent encore limitées, ces technologies intermédiaires offrent un compromis jugé plus réaliste. À terme, l’usine pourrait également servir de base d’exportation vers d’autres marchés africains, mais aussi vers certaines destinations européennes.

Cette offensive s’inscrit dans une dynamique mondiale plus vaste. Face à la montée des barrières douanières sur plusieurs grands marchés, les groupes automobiles chinois accélèrent leur stratégie de localisation industrielle. L’objectif est clair : contourner les obstacles commerciaux, sécuriser l’accès aux débouchés régionaux et rapprocher la production des consommateurs finaux. Après l’Asie, l’Amérique latine et l’Europe centrale, l’Afrique australe devient à son tour une pièce importante de cet échiquier. Pour l’Afrique du Sud, l’arrivée de Chery à Rosslyn pourrait aussi stimuler l’écosystème local des équipementiers et sous-traitants. À la clé, des retombées attendues sur l’emploi industriel, la montée en compétences et la consolidation d’une filière automobile déjà parmi les plus structurées du continent.

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