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Stabilité bancaire : Sous pression, le Cameroun face au défi de financer son ambition économique

Au moment où le Cameroun mise sur l’investissement public, les mines et les infrastructures pour accélérer sa croissance, le FMI attire l’attention sur les failles persistantes du secteur bancaire. Gouvernance fragile des établissements publics, exposition croissante à la dette souveraine et lenteur des réformes anti-blanchiment composent une équation délicate. Derrière les prévisions macroéconomiques encourageantes, c’est la solidité du système financier qui pourrait décider du rythme réel de la transformation économique du pays.

Dans son évaluation annuelle de l’économie camerounaise, le Fonds monétaire international place le secteur bancaire au centre des préoccupations. L’institution estime que la trajectoire de croissance envisagée par les autorités dépendra largement de la capacité des banques à irriguer durablement l’économie en crédit. Le Cameroun, désormais sorti de son programme financier avec le FMI depuis 2025, évolue dans une phase où le financement intérieur redevient déterminant.

Dans ce nouveau décor, les banques locales sont appelées à soutenir davantage les entreprises, les projets structurants et les investissements liés aux infrastructures. Mais ce rôle stratégique se heurte à plusieurs fragilités. Le FMI insiste notamment sur la place grandissante de l’État dans l’écosystème bancaire, une évolution jugée sensible dans un contexte où la gouvernance de certains établissements publics demeure perfectible. Cette présence accrue du secteur public pourrait, à terme, détourner une partie des ressources du financement productif privé.

L’un des signaux surveillés de près reste l’évolution du crédit au secteur privé. Après une progression dynamique en 2024, la cadence devrait légèrement s’essouffler avant une reprise modérée en 2026. Pour les experts, cette tendance révèle une prudence croissante des banques face aux risques, notamment ceux liés à la qualité des actifs et à l’exposition souveraine. Ce ralentissement intervient pourtant à contretemps. Le pays ambitionne une montée en puissance de la croissance à moyen terme grâce à l’exploitation minière, à l’industrialisation et à la modernisation des infrastructures. Sans un système bancaire capable de transformer l’épargne en investissements de long terme, cette ambition pourrait rester partiellement théorique.

Au-delà des questions de gouvernance, la conformité internationale constitue une autre source de tension. Le maintien du Cameroun sur la liste grise du GAFI continue d’alourdir le fonctionnement des banques, particulièrement dans leurs relations avec les correspondants étrangers. Cette situation se traduit par des procédures plus lourdes, des coûts de transaction plus élevés et, surtout, une perception accrue du risque par les partenaires internationaux. Pour les établissements camerounais, chaque opération transfrontalière devient plus coûteuse, comme si chaque transfert devait traverser un labyrinthe administratif avant d’atteindre sa destination. Les retards observés dans la mise en œuvre du plan d’action anti-blanchiment nourrissent ainsi une prime de risque qui se répercute jusqu’au coût global du financement du pays.

La récente sortie du Cameroun sur les marchés internationaux a illustré cette réalité. Malgré l’intérêt manifeste des investisseurs, le coût de mobilisation des ressources est resté élevé, signe que les marchés intègrent toujours des fragilités institutionnelles et financières. Une amélioration du dispositif de lutte contre le blanchiment, combinée à une meilleure gouvernance bancaire, pourrait progressivement alléger cette pression. Cela renforcerait la confiance des partenaires financiers et offrirait aux banques davantage de fluidité dans leurs opérations extérieures.

Le prochain passage du Cameroun devant le GAFI s’annonce comme un test majeur. Une avancée significative sur ce front pourrait améliorer l’image du risque pays, assouplir les conditions de refinancement et redonner de l’oxygène au système bancaire. Au fond, le défi est limpide : la croissance projetée ne dépend plus seulement des grands projets ou des chiffres macroéconomiques, mais de la robustesse du moteur bancaire qui doit les alimenter. Si les réformes tardent, la finance pourrait devenir le goulot d’étranglement d’une ambition économique pourtant bien réelle.

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