COM 2026 : À Tanger, les ministres africains pressent les États d’accélérer l’inclusion économique des femmes
Réunis en marge de la COM 2026 à Tanger, ministres, économistes et responsables d’institutions panafricaines ont lancé un appel ferme à des réformes plus rapides en faveur de l’inclusion financière et économique des femmes. Au cœur des échanges : gouvernance, données genrées, numérisation inclusive et soutien à l’entrepreneuriat féminin, considérés comme des leviers décisifs pour libérer le potentiel de croissance du continent.

À Tanger, le Dialogue ministériel consacré à la Décennie africaine de l’inclusion financière et économique des femmes a marqué un tournant dans le discours politique continental. Coorganisée par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et le Centre africain pour la transformation économique (ACET), la rencontre a placé la question féminine au centre des stratégies de développement. L’idée dominante qui s’est dégagée des travaux est claire : l’exclusion persistante des femmes des circuits formels de financement et des postes de décision constitue un frein direct à la transformation structurelle des économies africaines. Pour les participants, il ne s’agit plus uniquement d’un enjeu social, mais d’un impératif de compétitivité, de productivité et de résilience.
Le déficit de gouvernance pointé du doigt
Prenant la parole à l’ouverture des échanges, la ministre marocaine de l’Économie et des Finances, Nadia Alaoui, a insisté sur la dimension institutionnelle du problème. Selon elle, la question dépasse largement l’accès des femmes à l’emploi ou au crédit : elle renvoie à la manière dont les décisions publiques et privées sont prises. Elle a souligné que de nombreuses femmes qualifiées restent écartées des responsabilités stratégiques, malgré leur présence croissante dans les administrations, les entreprises et les universités. Cette marginalisation dans les centres de pouvoir affaiblit, selon elle, l’efficacité des politiques d’inclusion elles-mêmes. L’expérience marocaine a été citée comme illustration d’une approche plus intégrée, combinant amélioration des transports, accès aux services de garde d’enfants et élargissement de l’offre financière pour soutenir la participation féminine à l’économie.
Des chiffres qui révèlent l’ampleur du retard
Les experts présents ont rappelé que l’avancée reste trop lente au regard des ambitions affichées. Les données présentées montrent que la majorité des femmes africaines continuent d’évoluer dans le secteur informel, souvent sans protection sociale ni accès durable au financement. Pour Hanan Morsy, économiste en chef de la CEA, le principal obstacle réside également dans le manque de statistiques fiables et suffisamment détaillées. L’absence de données sensibles au genre empêcherait de mesurer avec précision le coût économique réel de l’exclusion, faussant ainsi la qualité des décisions publiques. Même constat du côté de l’ACET. L’institution estime que le rythme actuel de progression demeure insuffisant pour atteindre une inclusion pleine à moyen terme. Malgré l’adoption de nombreuses politiques nationales sur l’égalité, leur traduction budgétaire et opérationnelle reste encore faible dans plusieurs pays.
Le numérique et les soins, nouveaux fronts de la réforme
Au-delà du financement classique, les discussions ont mis en lumière deux axes jugés décisifs : l’inclusion numérique et l’économie du soin. Les intervenants ont plaidé pour des infrastructures digitales pensées dès l’origine pour les usages féminins, notamment en matière d’identité numérique, de mobile money, de formation et d’accès à l’information économique. L’investissement dans les services de soins et de garde a également émergé comme une priorité. En réduisant le temps consacré aux tâches domestiques non rémunérées, ces dispositifs permettraient à davantage de femmes de créer des entreprises, de rejoindre le marché du travail formel ou de renforcer leurs activités productives.



