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Minerais stratégiques : Les géants chinois du cuivre renforcent l’option TAZARA face à la poussée du corridor de Lobito

La compétition autour des minerais critiques congolais ne se joue plus uniquement dans les mines. Elle se déplace désormais sur les rails, les ports et les chaînes logistiques. En s’invitant dans la modernisation du corridor ferroviaire TAZARA, les groupes chinois Zijin Mining et CMOC confortent l’influence de Pékin sur l’évacuation du cuivre et du cobalt de la RDC, au moment où les États-Unis et l’Union européenne accélèrent le développement du corridor de Lobito.

L’accès aux immenses réserves de cuivre et de cobalt de la République démocratique du Congo ouvre une nouvelle phase de rivalité entre puissances économiques. Après la conquête des actifs miniers, l’enjeu se concentre désormais sur les infrastructures capables d’acheminer rapidement les minerais vers les marchés mondiaux. Dans cette dynamique, Zijin Mining et CMOC, déjà solidement implantés dans le secteur extractif congolais, ont choisi de se positionner sur la rénovation du corridor ferroviaire TAZARA. Cet axe historique relie la Zambie et le sud de la RDC au port tanzanien de Dar es Salaam, sur l’océan Indien. Pour les opérateurs chinois, il s’agit autant d’un investissement logistique que d’un outil stratégique destiné à fluidifier les exportations issues de la Copperbelt.

Le chantier de modernisation de TAZARA représente un investissement estimé à 1,24 milliard de dollars. Son ambition est claire : réduire la pression sur les routes saturées de Zambie et du sud congolais, aujourd’hui fortement sollicitées pour le transport du cuivre et du cobalt. Le tour de table réunit plusieurs poids lourds chinois. China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) devrait conserver 80 % du capital et piloter l’exécution des travaux. À ses côtés, Zijin, CMOC, Jiayou International Logistics et COSCO Shipping Holdings prendraient chacun 5 %, avec une contribution financière alignée sur leur participation.

Au-delà de la simple injection de capitaux, cette configuration dessine une intégration verticale de la filière, depuis l’extraction jusqu’à l’exportation maritime. Pour CMOC, acteur majeur grâce à Tenke Fungurume et Kisanfu, l’intérêt est évident : sécuriser un débouché compétitif pour une production qui a pesé plus d’un cinquième des exportations de cuivre de la RDC en 2025. De son côté, Zijin protège ses intérêts dans Kamoa-Kakula, l’un des plus vastes complexes cuprifères du globe.

Cette montée en puissance chinoise intervient alors que Washington et Bruxelles misent fortement sur le corridor de Lobito. Cet axe, tourné vers l’Atlantique via l’Angola, ambitionne de connecter les bassins miniers congolais et zambiens au port angolais éponyme grâce à la réhabilitation de lignes ferroviaires et d’infrastructures logistiques. Pour les partenaires occidentaux, l’objectif dépasse la seule réduction des délais de transport. Il s’agit aussi d’orienter une part croissante des flux de minerais critiques vers les chaînes d’approvisionnement européennes et nord-américaines. Un accord de coopération conclu récemment entre Kinshasa et Washington illustre cette volonté, avec des projections ambitieuses sur les volumes de cuivre, de cobalt et de zinc appelés à transiter par Lobito dans les prochaines années.

Si Lobito bénéficie d’un fort soutien diplomatique, plusieurs observateurs continuent de s’interroger sur sa rentabilité réelle. Les coûts logistiques, la mobilisation encore prudente de certains groupes miniers et l’absence d’un mécanisme de gouvernance transnationale robuste alimentent les réserves. Face à ces incertitudes, le corridor TAZARA avance avec un avantage décisif : l’adossement direct aux principaux producteurs opérant déjà en RDC. Dans cette guerre feutrée des routes minières, la maîtrise des rails pourrait bien devenir aussi déterminante que celle des gisements eux-mêmes.

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