Or : Le réflexe refuge s’essouffle malgré la crise iranienne
Alors que l’aggravation du conflit autour de l’Iran aurait pu soutenir la ruée vers les actifs défensifs, le marché de l’or emprunte une trajectoire inattendue. En recul marqué depuis la fin février, le métal jaune subit l’effet combiné de la flambée pétrolière, du regain des anticipations inflationnistes et de la remontée attendue des taux américains. Un retournement qui brouille les scénarios les plus optimistes formulés en début d’année.

Après une année 2025 exceptionnelle, marquée par une succession de sommets et une hausse spectaculaire de plus de 60 %, l’or semblait engagé sur une nouvelle phase d’expansion en 2026. Le franchissement du seuil des 5 500 dollars l’once avait nourri les projections les plus ambitieuses, certains analystes évoquant même une cible de 6 000 dollars avant la fin de l’exercice. Mais depuis plusieurs semaines, le marché a changé de visage. Le 6 avril, l’once a glissé autour de 4 600 dollars, effaçant près de 12 % de sa valeur par rapport à la fin février. Cette baisse surprend d’autant plus qu’elle intervient dans un climat international particulièrement tendu.
En temps normal, la montée des risques géopolitiques favorise l’or, actif traditionnellement recherché pour préserver la valeur des portefeuilles. Pourtant, la crise impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran produit aujourd’hui un mécanisme plus complexe. Les tensions sur l’approvisionnement énergétique ont propulsé les cours du pétrole, ravivant les craintes d’une poussée inflationniste mondiale. Cette perspective pousse les investisseurs à anticiper un durcissement monétaire de la Réserve fédérale américaine. C’est ici que le métal précieux perd de son éclat : lorsque les taux d’intérêt montent, les obligations et les bons du Trésor deviennent plus attractifs, car ils offrent un rendement, contrairement à l’or. Dans le même temps, la vigueur persistante de l’économie américaine soutient le dollar, autre facteur défavorable au métal jaune.
Au-delà des fondamentaux, le marché subit également des phénomènes techniques. Plusieurs investisseurs, fragilisés par des pertes sur d’autres classes d’actifs, procèdent à des liquidations sur l’or afin de reconstituer leurs marges ou couvrir leurs positions. Cette pression vendeuse accentue le recul des prix et affaiblit davantage son image de valeur refuge.
Ce retournement pourrait avoir des conséquences directes pour plusieurs économies africaines fortement dépendantes des exportations d’or. Le Burkina Faso, le Mali, le Ghana ou encore la Côte d’Ivoire avaient largement bénéficié de l’envolée des cours en 2025, dans un contexte de réformes fiscales visant à mieux capter la rente minière. Si la correction actuelle devait se prolonger, ces pays pourraient voir leurs recettes d’exportation ralentir, au moment même où les besoins budgétaires restent élevés. Les prochains mois seront donc décisifs pour jauger la solidité du marché et mesurer ses répercussions sur les finances publiques du continent.



