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Golfe et Iran : Le déficit commercial du Cameroun se réduit, mais la facture pétrolière reste un talon d’Achille

En 2024, le déficit commercial du Cameroun avec l’Iran et plusieurs monarchies du Golfe s’est contracté à 156,7 milliards de FCFA, selon les données de l’INS. Cette amélioration, portée par le recul des importations et la reprise des exportations, ne dissipe toutefois pas une fragilité structurelle : la forte exposition du pays aux achats d’hydrocarbures, principalement auprès des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite.

Le commerce entre le Cameroun, l’Iran et les États arabes du Golfe a offert en 2024 un visage paradoxal. Sur le papier, les comptes s’améliorent : le déficit bilatéral est descendu à 156,7 milliards de FCFA, contre 231,58 milliards un an plus tôt. Cette baisse traduit un allègement relatif de la pression extérieure, mais elle ne change pas la mécanique profonde des échanges. La région continue d’occuper une place stratégique dans l’approvisionnement du pays, notamment pour les produits énergétiques. Les importations en provenance de cet espace ont atteint 182,7 milliards de FCFA, en retrait de 22 % sur un an, représentant 3,7 % de l’ensemble des achats extérieurs du Cameroun. Sur la décennie écoulée, ces flux ont longtemps évolué à bas bruit, autour de 45 milliards de FCFA par an entre 2010 et 2019. Après le ralentissement lié à la pandémie, ils ont brusquement repris de la vigueur, culminant à 236,9 milliards en 2023, avant le reflux observé l’année suivante. Une respiration, certes, mais pas encore une mue.

Le pétrole domine toujours la structure des importations

Sous la surface des chiffres, la composition des importations raconte une dépendance tenace. Les huiles brutes de pétrole et minéraux bitumineux pèsent à elles seules 92 milliards de FCFA, soit plus de la moitié des achats effectués dans cette zone. Le reste du panier est composé de ciment hydraulique, de poissons congelés et de polymères d’éthylène, qui complètent ce corridor commercial à forte intensité industrielle. La géographie des fournisseurs accentue cette concentration. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite assurent ensemble près de 88 % des ventes de la zone au Cameroun. Cette domination place Yaoundé dans une relation d’interdépendance énergétique où chaque variation des prix mondiaux agit comme une houle capable de secouer les équilibres macroéconomiques.

Le GPL redessine les exportations camerounaises

Face à cette lourde facture, les exportations camerounaises vers l’Iran et le Golfe ont retrouvé de la vigueur. Elles ont bondi de 5,4 milliards de FCFA en 2023 à 26 milliards en 2024, représentant désormais 0,8 % des exportations totales du pays. Le principal moteur de ce rebond est le gaz de pétrole liquéfié. Avec 18,9 milliards de FCFA de recettes, le GPL concentre à lui seul 73 % des ventes camerounaises vers cette région. C’est un glissement presque tectonique dans la structure des flux, comme si la balance commerciale changeait soudain de carburant. Le bois, longtemps pilier historique des échanges avec le Golfe, conserve une place notable avec 6,2 milliards de FCFA issus du bois brut et scié. Mais son poids relatif s’effrite nettement sous l’effet de la poussée du GPL. D’autres produits, comme le pétrole brut, l’or et le diamant, demeurent présents, sans encore modifier l’architecture générale des recettes.

Les Émirats, pivot commercial du Cameroun dans le Golfe

Au fil des dix dernières années, les Émirats arabes unis se sont affirmés comme la principale porte d’entrée des produits camerounais dans le Golfe. Ils concentrent en moyenne plus de la moitié des revenus générés dans cette zone, loin devant le Koweït et l’Arabie saoudite. Ce marché, historiquement dominé par le bois, connaît lui aussi une transformation rapide. La part de cette ressource y a fortement reculé en 2024, signe que les exportations camerounaises commencent à se recomposer autour de produits énergétiques à plus forte valeur stratégique.

Une relation commerciale sensible aux secousses géopolitiques

Même limités en volume, ces échanges restent chargés d’enjeux. La dépendance aux hydrocarbures importés depuis le Golfe expose directement l’économie camerounaise aux tensions régionales, aux chocs d’offre et aux flambées des cours internationaux. L’équation est double. Lorsque les prix de l’énergie montent, certaines recettes d’exportation peuvent en bénéficier, notamment sur le GPL ou le brut. Mais dans le même mouvement, la facture des importations s’alourdit, alimentant les pressions inflationnistes, les coûts de production et, au bout de la chaîne, le budget des ménages. Au-delà de la baisse du déficit observée en 2024, le véritable enjeu reste donc celui de la diversification. Diversifier les fournisseurs, élargir les débouchés et densifier les exportations à plus forte valeur ajoutée : c’est sur ce triptyque que se jouera la capacité du Cameroun à transformer une dépendance subie en levier de résilience. Aujourd’hui, le déficit recule ; demain, c’est la structure même du commerce extérieur qui devra changer de boussole.

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