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Finances publiques : L’État prépare un refinancement massif pour soulager la trésorerie de la Socadel

Confrontée à une dette colossale et à une trésorerie sous forte pression, la Société camerounaise d’électricité (Socadel) pourrait bénéficier d’un refinancement bancaire de 150 milliards FCFA porté par un consortium d’établissements locaux. Cette opération, inscrite dans le plan de restructuration 2026-2028 du gouvernement, vise à réorganiser les engagements financiers hérités de l’ex-Eneo et à redonner un peu d’oxygène à un secteur électrique fragilisé par les pertes techniques, les impayés et le gel prolongé des tarifs.

Le gouvernement camerounais envisage de mobiliser près de 150 milliards FCFA auprès des banques locales afin de restructurer une partie de la dette de la Socadel, la société publique née de la transformation d’Eneo. L’objectif affiché est clair : réduire la pression immédiate sur la trésorerie d’une entreprise confrontée à des besoins de financement permanents.

Selon les orientations contenues dans le plan de restructuration 2026-2028 du ministère de l’Eau et de l’Énergie, les crédits de trésorerie accumulés ces dernières années seraient convertis en une dette de plus longue durée. Les concours bancaires actuels, estimés à environ 177 milliards FCFA, pourraient ainsi être refinancés par un emprunt structuré sur sept ans, assorti d’une période de grâce pouvant atteindre deux ans. Pour les autorités, cette réorganisation du passif doit permettre de réduire les sorties mensuelles de trésorerie et d’offrir un peu plus de marge de manœuvre à l’entreprise. Les projections officielles tablent sur des économies de plusieurs milliards de FCFA sur les remboursements du principal, ainsi qu’une baisse des charges d’intérêts.

Mais derrière cette opération bancaire se cache une réalité financière beaucoup plus lourde. La dette globale de l’ex-Eneo est désormais évaluée à près de 850 milliards FCFA. À cela s’ajoute un déséquilibre chronique entre les recettes et les dépenses de fonctionnement.

Chaque mois, la Socadel encaisse en moyenne 31 milliards FCFA, alors que ses charges décaissables atteignent environ 44 milliards FCFA. Ce déficit structurel de 13 milliards FCFA fragilise l’ensemble de la chaîne électrique, du paiement des fournisseurs à la maintenance des infrastructures. Le poids des engagements envers les partenaires du secteur illustre cette tension. À fin novembre 2025, les dettes dues aux fournisseurs dépassaient 639 milliards FCFA. Une part importante de cette somme concerne des entreprises publiques et parapubliques comme Sonatrel, EDC, la Sonara, l’Arsel ou encore le Fonds de développement du secteur de l’électricité.

Le ministère de l’Eau et de l’Énergie identifie plusieurs facteurs ayant conduit à cette situation. Parmi eux figurent le recours excessif aux crédits de court terme pour financer des investissements, le maintien des tarifs basse tension à leur niveau de 2012 et les difficultés persistantes de recouvrement des factures. Le secteur reste également pénalisé par des pertes techniques et commerciales élevées. À fin 2025, elles étaient estimées à 29 %, tandis que le taux global de recouvrement ne dépassait pas 77,5 %. Autrement dit, une part importante de l’électricité produite n’est ni correctement facturée ni effectivement payée.

Pour tenter de restaurer l’équilibre financier de la société, le gouvernement prévoit plusieurs mesures complémentaires au refinancement bancaire. Les autorités évoquent notamment des ajustements tarifaires ciblés, l’amélioration du paiement des administrations publiques, le renforcement de la lutte contre la fraude et l’extension progressive des compteurs prépayés. Un mécanisme de compensation de dettes croisées est également envisagé entre l’État et certaines entreprises publiques clientes de la Socadel. L’idée consiste à reprendre une partie des créances fournisseurs en échange de dettes validées dues par des entités publiques.

Le ministère estime que l’ensemble de ces réformes pourrait réduire significativement le déficit de trésorerie d’ici 2027. Toutefois, plusieurs observateurs du secteur estiment que le refinancement annoncé ne constituera qu’un répit temporaire si les problèmes structurels de gouvernance, de pertes réseau et de rentabilité ne sont pas résolus durablement.

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