Comptoirs de commercialisation : La Sonamines maintient le verrou sur les agréments et invite les exploitants à se conformer
Exportation illégale, entreprises clandestines, délivrance des agréments, contrôle minier, suivi de la production… Le sit-in annoncé le 26 mai 2026 à la Sonamines par un collectif de membres de la société civile, s’est finalement mué en un échange constructif autour de Serge Hervé Boyogueno, son directeur général. Cette concertation a ainsi permis de faire connaître l’ensemble des missions de l’institution ; son seuil de compétences, les défis et les entraves auxquelles elle est confrontée.

L’exploitation du sous-sol camerounais reste fortement dominée par l’informel. Bien que le système artisanal semi-mécanisée ai fait son entrée depuis 2011, dérives et revendications persistent encore dans le secteur minier. L’attribution des agréments faisant parti de nombreux griefs soulevés. Face aux réclamations liées à la délivrance des agréments pour la commercialisation et l’achat de l’or. Le ton se veut ferme au sein de la société d’état : Pour obtenir ou conserver leurs agréments, les exploitants doivent se conformer aux nouvelles exigences du Code minier.
L’agrément, une action encadrée par les textes
La délivrance des agréments et autres autorisations est encadrée par les décrets de 2024. Ces derniers fixent entre autres les modalités de détention, de commercialisation, d’exportation, d’importation et de transit des substances minérales ; de délivrance des titres miniers, permis et autorisations et d’exercice des opérations minières. À leur lecture, il est clair qu’aucun agrément ne sera délivré tant que le secteur minier ne connaîtra pas une certaine maîtrise, et que les acteurs continueront à botter la législation en touche.
Si pour l’heure, la disponibilité des cartes de collecteur est avérée. La solution priorisée par la Sonamines constitue un bon départ pour assainir le secteur minier camerounais, avouent ingénieurs des mines et experts de la question.
À côté de ceux qui soutiennent que la délivrance des agréments ouvrira la voie à l’anarchie totale dans un secteur déjà très absorbé par l’informel. Le respect de la loi n’est pas discutable pour les autres, « Le décret n° 2020/749 du 14 décembre 2020 fait de la Sonamines le comptoir unique pour l’achat et la commercialisation de l’or au Cameroun. Alors délivrer des agréments fragiliserait l’entreprise dans la mission évoquée et augmenterait les exportations illégales ».
Les bureaux d’achats : entre conformité et opposition
Alors que les pertes financières se chiffrent en milliards face à des sorties frauduleuses non négligeables, le tout associé au recensement de 200 exploitants illégaux sur le terrain. Les données de la Sonamines révèlent qu’avant la loi n° 2023/014 du 19 décembre 2023 portant Code minier ; 170 bureaux d’achat et de commerce de l’or existaient déjà et tous ne sont pas en conformité avec la loi.
Ainsi, dans le but de formaliser leur l’existence, poursuivre l’assainissement et la traçabilité du secteur minier. Courant janvier 2025, les titulaires d’autorisations de bureaux d’achat avaient été invités à se faire enregistrer tant du côté de la direction générale de la Sonamines qu’au niveau des bureaux locaux installés dans les régions de l’Adamaoua, l’Est et le Nord.
Sauf que, 16 mois après l’opération inscrite dans la mise en œuvre du nouveau dispositif légal et réglementaire de commercialisation des substances minérales issues de l’exploitation artisanale. Seulement 13 bureaux sur 170 se sont fait enregistrés à ce jour. Une attitude qui démontre pour des tiers, une volonté manifeste de s’opposer à la législation en vigueur. « Il est important que tous les acteurs de la chaîne se conforment. Car les mêmes qui réclament les agréments pour des comptoirs de commercialisation, sont les mêmes qui gardent des stocks importants d’or dans les maisons, histoire de poursuivre la mafia. Qu’ils mettent ces stocks à la disposition de la Sonamines qui détient l’exclusivité de l’achat et de la commercialisation. Comment l’Etat va donc capter autant de milliards de FCFA si les uns et les autres sont contribuables d’un système qui favorise les exportations illégales et la perte de devises pour notre économie », confie sous anonymat, le responsable d’un comptoir d’achat agréé.
Des résultats appréciables malgré les défis
Pour rappel, en 5 années d’existence, la société nationale des mines a collecté 984 Kg contre 780 kg en près de 20 ans pour le Cadre d’appui à l’artisanat minier (Capam), une institution mise sur pied en 2003 et dont les activités ont pris fin en 2021. Avec la reprise du gisement de Nkamouna-Lomié (cobalt, nickel, manganèse), précédemment attribué à Phoenix Mining ; du gisement de rutile d’Akonolinga, anciennement sous le contrôle de Eramet Cameroun ; et du gisement diamantifère de Mobilong-Limokoali, détenu par la sud-coréenne C&K Mining. La Sonamines entend rentabiliser davantage le secteur minier camerounais.
Au-delà de l’ambition de faire passer les participations de 10 à 35 % dans les sociétés minières. L’Etat du Cameroun via la Sonamines est déjà détentrice de parts importantes chez Sinosteel CAM ; Colomine Mining Corporation et Camalco Mining.
Alors l’entreprise publique a annoncé la construction future d’une raffinerie d’or. À ce jour, elle plaide auprès du gouvernement, une exonération totale de la TVA sur ses achats d’or artisanal. Objectif : contrer le marché noir et le trafic illégal qui fait déjà perdre des milliers de milliards au pays.



