Hydrocarbures : La SNH dégage 49,3 milliards de FCFA mobilisables pour l’État au premier trimestre 2026, mais des zones d’ombre subsistent
La Société nationale des hydrocarbures (SNH) indique avoir dégagé un solde de 49,253 milliards de FCFA au terme du premier trimestre 2026, présenté comme transférable à l’État après déduction des dépenses et des engagements liés à ses activités. Si ce niveau confirme le rôle central des hydrocarbures dans le financement des finances publiques, il ne signifie pas pour autant que ces ressources ont déjà été encaissées par le Trésor. Les écarts avec les données budgétaires du ministère des Finances illustrent les différences de calendrier et de comptabilisation qui caractérisent la gestion des revenus pétroliers.

Au cours des trois premiers mois de 2026, la SNH a enregistré 94,345 milliards de FCFA de ressources issues de la commercialisation de la part de production revenant à l’État ainsi que d’autres recettes annexes. Après prise en compte de 45,093 milliards de FCFA de dépenses et d’engagements, l’entreprise publique fait apparaître un reliquat de 49,253 milliards de FCFA pouvant être transféré à l’État. Cette précision est importante. Le terme « transférable » renvoie à un montant disponible après couverture des obligations financières de la société, sans confirmer que le transfert vers le compte du Trésor a déjà été exécuté. En d’autres termes, ce chiffre ne constitue pas automatiquement une recette budgétaire effectivement encaissée par l’administration publique. Cette distinction est d’autant plus pertinente que les documents publiés ne permettent pas de savoir quelles dépenses ont effectivement été payées et lesquelles correspondent simplement à des engagements comptables.
L’analyse devient plus intéressante lorsqu’on rapproche ces données de celles du ministère des Finances. À fin mars 2026, la redevance pétrolière versée par la SNH au budget de l’État est évaluée à 91,8 milliards de FCFA, soit un montant sensiblement supérieur au solde transférable annoncé par la société nationale. L’écart, supérieur à quarante milliards de FCFA, ne traduit pas nécessairement une contradiction. Il peut résulter de différences dans les périodes de prise en compte des opérations, dans le périmètre des recettes concernées ou encore dans les règles comptables appliquées par les deux institutions. Faute d’informations détaillées sur les flux financiers, il demeure toutefois impossible d’établir une correspondance précise entre ces deux séries statistiques. Cette situation rappelle que les revenus pétroliers suivent un circuit financier complexe avant leur intégration dans les comptes publics.
La structure des revenus confirme la domination persistante du pétrole brut dans les recettes publiques issues des hydrocarbures. Les ventes de 1,662 million de barils correspondant à la part de l’État ont généré 64,218 milliards de FCFA, soit plus des deux tiers des ressources brutes enregistrées durant le trimestre. Le gaz naturel constitue le deuxième contributeur avec 22,112 milliards de FCFA. Les exportations réalisées vers Gazprom représentent la majeure partie de cette enveloppe, devant les ventes destinées à Kribi Power Development Company et à Keda. Les opérations portant sur le gaz de pétrole liquéfié (GPL) ont, pour leur part, produit un peu plus de 3,4 milliards de FCFA. L’ensemble des ventes d’hydrocarbures revenant à l’État atteint ainsi près de 90 milliards de FCFA, auxquels viennent s’ajouter plusieurs milliards de recettes complémentaires.
Les statistiques de production mettent en évidence une forte concentration géographique des hydrocarbures camerounais. Plus de la moitié du pétrole extrait provient du bassin de Rio del Rey, qui conserve sa position de principal centre de production du pays. Les champs de Lokele et d’Iroko complètent l’essentiel des volumes, tandis que les autres gisements restent relativement modestes. La concentration apparaît encore plus marquée dans le secteur gazier. Le champ de Sanaga Sud assure quasiment toute la production nationale de gaz naturel ainsi que l’intégralité du GPL enregistré durant le trimestre. Cette dépendance à un nombre limité de sites souligne la nécessité, pour le Cameroun, de poursuivre les investissements d’exploration afin de diversifier ses sources de production et de limiter les risques liés à une éventuelle baisse de rendement de ces gisements.
Les volumes produits et ceux effectivement vendus ne coïncident pas totalement. L’État a commercialisé moins de pétrole que les volumes qui lui ont été attribués au cours du trimestre, tandis que les partenaires pétroliers ont vendu davantage que leur production de la même période. Ces différences traduisent le fonctionnement normal de l’industrie pétrolière, où les cargaisons sont programmées en fonction des capacités de stockage, des calendriers d’enlèvement et des conditions du marché international. Une partie de la production peut ainsi être vendue plusieurs semaines, voire plusieurs mois après son extraction.
En parallèle de la part revenant à l’État, les compagnies pétrolières partenaires ont commercialisé près de 199 milliards de FCFA d’hydrocarbures durant le premier trimestre. La valeur de leurs ventes dépasse largement celle de la part publique. Les données publiées font également apparaître un prix moyen par baril supérieur à celui obtenu sur les cargaisons commercialisées pour le compte de l’État. Cette différence ne saurait toutefois être interprétée comme une meilleure performance commerciale. Les qualités de brut, les contrats de vente, les dates de livraison ainsi que les conditions du marché international peuvent fortement influencer les prix obtenus.
Au total, les transactions pétrolières et gazières retracées par la SNH représentent plus de 293 milliards de FCFA au premier trimestre 2026. Toutefois, seule la fraction correspondant à la part publique est susceptible d’alimenter les finances de l’État. Le montant effectivement intégré au budget dépendra in fine du transfert des ressources au Trésor et de leur enregistrement dans la comptabilité publique, un élément déterminant pour apprécier la contribution réelle du secteur pétrolier à l’équilibre des finances nationales.



