Finance d’investissement : Danpullo institutionnalise la gestion de son empire économique avec un véhicule d’investissement dédié
En créant Danpullo Capital aux côtés du gestionnaire britannique Kessner Capital Management, l’homme d’affaires camerounais Baba Ahmadou Danpullo engage une nouvelle phase dans l’organisation de son groupe. Cette structure, installée à Douala, aura pour mission de gérer le patrimoine familial et de financer des projets en Afrique centrale, traduisant une volonté de professionnaliser la gouvernance des actifs tout en soutenant l’expansion régionale de ses investissements.

L’une des plus importantes fortunes privées d’Afrique centrale franchit un nouveau cap dans son évolution. Baba Ahmadou Danpullo a mis sur pied Danpullo Capital, une société d’investissement créée en partenariat avec Kessner Capital Management, une firme basée à Londres spécialisée dans les solutions de financement destinées aux marchés africains. Selon les informations recueillies par l’Agence Ecofin, cette nouvelle entité, dont le siège est établi à Douala, sera chargée d’administrer les actifs de la famille Danpullo tout en identifiant et en finançant de nouvelles opportunités d’investissement dans les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Avec cette initiative, Baba Danpullo s’éloigne progressivement d’un modèle de gestion essentiellement centré sur le fondateur pour adopter une organisation plus institutionnelle. Le recours à un gestionnaire spécialisé traduit une volonté de mieux encadrer les décisions d’investissement, d’améliorer la gestion des risques et de préparer la transmission d’un patrimoine bâti depuis plusieurs décennies. Le partenaire retenu, Kessner Capital Management, est un acteur relativement récent du paysage financier africain. Fondée en 2024 par le Camerounais Bruno-Maurice Monny, ancien de J.P. Morgan et BNP Paribas, et le Ghanéen Benny Osei, qui a notamment évolué chez Bloomberg et Leifbridge Capital, la société concentre ses activités sur le crédit privé et la finance structurée. En 2025, elle a lancé un premier fonds destiné au financement des petites et moyennes entreprises africaines, avec des interventions aussi bien en monnaie locale qu’en devises. Les secteurs ciblés couvrent notamment l’agriculture, les infrastructures, les technologies, les énergies renouvelables et les services financiers.
La création de Danpullo Capital intervient alors que le groupe multiplie les projets d’envergure. En juin dernier, Baba Danpullo avait dévoilé un programme d’investissement de 500 milliards de FCFA destiné à la création de Danpullo Air Line, une compagnie aérienne privée appelée à desservir l’ensemble du territoire camerounais avant de s’étendre progressivement aux autres marchés de la CEMAC. Ce programme prévoit également la construction de deux plateformes aéroportuaires privées à Douala et Yaoundé, avec un démarrage des travaux annoncé pour septembre et une mise en exploitation envisagée à l’horizon 2030. Parallèlement, le groupe Bestinver poursuit sa diversification. Ses activités couvrent déjà l’agriculture, l’élevage, l’immobilier, les télécommunications, les médias et l’agro-industrie. Il détient notamment des participations dans Nexttel, aux côtés de Viettel Global, dans Sodecoton ainsi qu’au sein des Aéroports du Cameroun. Son patrimoine immobilier s’étend également au Nigeria, en Afrique du Sud, en Suisse et en France.
Au-delà de la création d’une nouvelle société, Danpullo Capital illustre une tendance observée chez les grands groupes africains : la professionnalisation de la gestion des patrimoines familiaux. En séparant la gestion des actifs des activités opérationnelles, les conglomérats améliorent leur capacité à attirer des partenaires financiers, à lever des capitaux et à assurer la pérennité de leurs investissements. Pour l’Afrique centrale, où les family offices et les sociétés de gestion patrimoniale demeurent encore peu développés, cette initiative pourrait contribuer à stimuler l’émergence de nouveaux véhicules d’investissement privés capables d’accompagner le financement des entreprises et des grands projets régionaux. Elle confirme également la montée en puissance de capitaux privés africains désireux de jouer un rôle plus important dans le développement économique de la sous-région.



