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Budget 2027 : Le cap d’une nouvelle asphyxie se précise pour les camerounais

« Dans un tel contexte, caractérisé par d’importants besoins de financements, il importe de travailler à l’optimisation de la collecte des recettes internes, à travers un élargissement de l’assiette fiscale… ». Le propos du ministre des finances, Louis Paul Motaze, qui a présidé du 28 au 29 juillet 2026, le séminaire de lancement des activités préparatoires du budget 2027 semble donner le ton de ce que sera la vie au Cameroun en 2027. Face au gouvernement qui affiche son ambition d’optimiser la recette afin d’améliorer les conditions de vie des populations. La cible s’interroge, en filigrane un train de vie de l’Etat qui s’accroît, un endettement dit maîtrisé mais qui augmente peu à peu, des projets plusieurs fois financés et non finalisés, des PME aspirée par la pression fiscale et un coût qui la vie qui s’alourdit.

Socadel, Piisah, Nachtigal, Kikot… le gouvernement camerounais va investir les ressources de sa programmation budgétaire de 2027 en priorité dans les infrastructures de transport, l’énergie et l’agriculture, conformément aux orientations de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Mais derrière cette volonté affichée de développement, des réserves émergent.

Un train de vie qui inquiète

L’accroissement du train de vie de l’État continue de faire face à des critiques virulentes. Entre 2025 et 2026, l’on a observé une hausse globale du budget de l’État, l’augmentation du budget général de fonctionnement et l’explosion des besoins de financement par l’emprunt. À en croire les données du ministère des finances, le budget général a atteint 8 683,9 milliards de FCFA en 2026 contre 7 669,0 milliards en 2025, marquant une hausse de 1 014,9 milliards de FCFA (+13 %).

Sur le terrain, les charges administratives et de fonctionnement poursuivent leur progression en dépit des appels répétés à la restriction. À titre d’illustration, le paiement des salaires, des pensions et des régularisations des 306 159 agents publics actifs représente une charge mensuelle d’environ 149 milliards de FCFA.

Côté fonctionnement courant, les achats de biens, les fournitures, les déplacements et l’entretien des équipements pèsent lourdement sur le budget de l’État.

En 2025 par exemple, les achats de services ont connu une augmentation de près de 50 milliards de FCFA, passant de 487,8 milliards de FCFA en 2024 à 536,5 milliards de FCFA à la période désignée. Les frais de transport et de mission étaient projetés à 70,8 milliards de FCFA contre 67,3 milliards de FCFA en 2024, révélant une hausse de 3,5 milliards de FCFA. Enfin, les factures d’eau, d’électricité et d’autres sources d’énergie ne sont pas en reste. En 2025, elles avaient été projetées à 74,7 milliards de FCFA, contre 71,3 milliards de FCFA un an plus tôt.

Une dette publique dite maîtrisée mais en constante hausse

Désormais établi à 15 607 milliards de FCFA à fin juin 2026, ce qui représente 44,2 % du produit intérieur brut (PIB), selon les chiffres de la Caisse autonome d’amortissement (CAA). La dette publique du Cameroun a connu une hausse progressive et continue entre 2020 et 2026, passant de l’impact de la crise sanitaire à une stabilisation autour de 44 % du PIB.  Si ce taux d’endettement reste largement sous la limite de 70 % fixée par la CEMAC, sa concentration quant à elle interroge. À fin juin 2026 par exemple, l’administration centrale concentrait à elle seule l’essentiel des engagements financiers avec une dette évaluée à 14 659 milliards de FCFA.

Une inflation qui s’accentue d’années en années 

Portée par les produits alimentaires, les tensions inflationnistes se greffent également au cœur du débat public au moment où le budget 2027 est en préparation. Selon le dernier rapport sur les prix à la consommation publié par l’Institut national de la statistique (INS), les prix des produits alimentaires au Cameroun ont augmenté de 5,6 % entre mai 2025 et mai 2026, soit plus du double du taux d’inflation global du pays sur la même période.  Sur la place marchande, ces prix affichent des variations inégales selon les marchés, avec une hausse continue des produits locaux et importés. Certains produits de grande consommation comme le riz, le poisson congelé et le blé pèsent lourdement sur la facture des importations du pays, qui s’élève à environ 1 200 milliards de FCFA par an. Des hausses marquées touchent ponctuellement les produits maraîchers (comme la tomate) selon les saisons et les villes, tandis que d’autres denrées restent stables.

Les PME face au verrou fiscal

La pression fiscale asphyxie les Petites et Moyennes Entreprises (PME) au Cameroun en saturant leur trésorerie par une taxation agressive, en complexifiant à l’extrême les procédures de conformité et en encourageant une concurrence déloyale du secteur informel. Alors que l’État camerounais cherche à augmenter ses recettes pour financer son développement.  N’arrivant pas à capter efficacement l’immense secteur informel, le fisc concentre ses contrôles et ses exigences sur les rares entreprises enregistrées. Ce qui crée l’effet de parafiscalité. Car au-delà de l’impôt sur les sociétés ou du système d’acompte mensuel, les PME font face à une multitude de taxes locales, sectorielles et de prélèvements annexes.  Bien que le taux de pression fiscale macroéconomique national (ratio impôts/PIB) reste relativement bas autour de 11 % à 12 %, la charge fiscale réelle qui pèse individuellement sur les entreprises formelles est disproportionnée, représentant parfois plus de la moitié de leurs résultats commerciaux.

Un budget ambigu par sa vision d’investissement

Le budget 2027 se prépare sous le thème, « Le budget de l’État face au défi du renforcement de l’état de service des investissements publics, en vue de la stimulation de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations ». Intervenant dans un contexte assez difficile, celui-ci fait déjà face à une ambiguïté. En fond de trame, la nécessité de finaliser les projets en cours ou de lancer de nouveaux projets.

À travers l’enveloppe budgétaire qui sera validée par le parlement et promulguée par le Chef de l’État, Paul Biya. Le gouvernement projette  d’intensifier la mise en œuvre du Plan Intégré d’Import Substitution Agropastoral et Halieutique de manière à juguler les déficits structurels de la balance commerciale ; poursuivre la mise en œuvre du programme d’impulsion initiale (P2I) et d’autres initiatives vigoureuses destinées à renforcer le processus de transformation structurelle du pays ;  renforcer l’offre énergétique et hydraulique à travers la maturation ou le lancement de certains projets tels que la construction de la centrale hydroélectrique de Kikot, les projets des Compacts Energie et Eau et la poursuite de la mise en œuvre de ceux en cours, à l’instar de la valorisation du barrage de Nachtigal ou l’optimisation des réseaux de transport de l’énergie ; De plus, il est question de poursuivre la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ; poursuivre la mise en œuvre des grands projets portuaires, routiers, autoroutiers et énergétiques à travers le pays et les mettre en service ; soutenir l’extension de la couverture sanitaire universelle à toutes les couches de la population.

A côté des dépenses indiquées qui exigent une mise à niveau rapide du budget d’investissement, se trouvent d’importantes charges courantes qui exercent une pression supplémentaire sur les ressources de l’Etat. Il s’agit de : la poursuite du nécessaire effort visant à sécuriser toutes les zones en crise à travers le pays, à y ramener la paix et à favoriser leur reconstruction ; la prise en charge des loyers de l’Etat, dont les inscriptions budgétaires restent en dessous de la facture annuelle et des redevances consenties par l’Etat au profit des opérateurs engagés dans le cadre des projets financés à travers le modèle du partenariat public-privé ; le paiement de la dette publique, dont le service annuel représente environ le tiers de l’ensemble des ressources de l’Etat.

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