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BID-Cameroun : Près d’un milliard de dollars de portefeuille, un nouveau cycle de financement en préparation

La Banque islamique de développement et le Cameroun s’apprêtent à définir leurs priorités d’investissement pour la période 2027-2029. Une Journée du Groupe de la BID, prévue le 14 septembre à Yaoundé, devrait servir de cadre aux discussions sur les secteurs à privilégier, les projets à financer et les futures conventions. Avec un portefeuille actif évalué récemment à près d’un milliard de dollars, l’institution s’impose comme l’un des partenaires financiers importants de la stratégie camerounaise de développement.

Le Cameroun veut donner une nouvelle architecture à sa coopération avec la Banque islamique de développement. Après un accord de principe intervenu en juin 2026, les deux parties doivent désormais préciser les contours d’un cadre d’engagement couvrant 2027 à 2029. La rencontre annoncée le 14 septembre à Yaoundé constituera une étape importante de ce processus. Elle réunira des représentants de l’administration, du secteur privé et du monde économique autour des possibilités de financement offertes par le Groupe de la BID. Cette échéance a été préparée en amont. Le 11 août, une délégation de l’institution conduite par Oussema Trigui, chef des opérations pays, s’est entretenue avec le ministre des Finances, Louis Paul Motaze. Les échanges ont notamment porté sur l’organisation de la Journée du Groupe et sur le futur cadre d’engagement-pays.

Pour l’économiste, l’enjeu dépasse toutefois la seule recherche de nouveaux financements. « Le véritable intérêt d’un cadre triennal est de permettre au gouvernement de passer d’une logique de financement projet par projet à une programmation plus cohérente des investissements », analyse un spécialiste des politiques publiques. Une telle démarche peut améliorer la visibilité du Cameroun auprès de ses partenaires et faciliter l’articulation entre investissements publics, dette et priorités de la Stratégie nationale de développement.

Énergie, routes et éducation dans le viseur

Les premières orientations évoquées placent l’énergie, les infrastructures routières et l’éducation parmi les domaines susceptibles de concentrer les nouveaux financements. Dans le secteur énergétique, la BID est déjà engagée dans un chantier majeur : l’interconnexion électrique entre le Cameroun et le Tchad. Approuvée en février 2022, sa contribution atteint 122,73 millions d’euros, soit environ 133,59 millions de dollars. Le projet prévoit notamment la réalisation de 532 kilomètres de lignes à haute tension et de quatre postes électriques, avec une échéance opérationnelle annoncée à l’horizon 2028.

Ce projet illustre la dimension régionale que peuvent prendre les financements de la BID. Pour le Cameroun, le développement des infrastructures électriques ne répond pas uniquement à la demande intérieure. Il participe aussi à l’intégration énergétique de la sous-région et peut, à terme, renforcer les échanges d’électricité avec les pays voisins. Le réseau routier constitue un autre axe important. La réhabilitation de l’itinéraire Douala-Bafoussam fait l’objet d’une demande de financement de 212,35 millions d’euros, soit 139,29 milliards de FCFA. L’opération concerne environ 219 kilomètres et intègre également les axes Loum-Solé-Yabassi et Bafang-Nkondjock. La route Ngatt-Febadi-Likok, longue d’environ 145 kilomètres sur le corridor Batchenga-Ngaoundéré, figure elle aussi parmi les opérations ayant franchi plusieurs étapes préparatoires. Le recrutement des prestataires se poursuit en 2026.

Un portefeuille qui reste difficile à lire

L’importance financière de la BID au Cameroun ne fait guère de doute, mais l’évolution exacte de son portefeuille mérite d’être interprétée avec prudence. En octobre 2024, le ministère de l’Économie recensait 17 projets et une assistance technique pour un montant cumulé de 962,7 millions de dollars, soit environ 582,4 milliards de FCFA. En octobre 2025, le portefeuille actif était présenté à 782,01 millions de dollars, correspondant à quelque 427,63 milliards de FCFA. En juin 2026, l’évaluation remontait à nouveau à près d’un milliard de dollars.

Cette variation ne signifie pas nécessairement que la BID a augmenté ou réduit ses engagements dans les mêmes proportions. Elle peut refléter l’évolution du périmètre des projets, les financements arrivés à échéance, les nouveaux concours approuvés ou encore les différences entre engagements et décaissements. Pour les analystes, cette distinction est essentielle. Un portefeuille annoncé à près d’un milliard de dollars ne correspond pas automatiquement à un milliard de dollars immédiatement disponible pour de nouveaux projets. Une partie peut déjà être engagée dans des opérations en cours, tandis que certains financements peuvent être décaissés progressivement sur plusieurs années.

Le véritable enjeu sera le montant réellement mobilisable

La Journée du 14 septembre devrait donc être scrutée moins pour l’effet d’annonce que pour les paramètres financiers qui en sortiront. Trois informations seront particulièrement déterminantes : le volume global des financements envisagés sur 2027-2029, la liste des projets retenus et le calendrier de signature et de décaissement.

À ce stade, aucun montant définitif n’a été communiqué pour la nouvelle programmation. Les déclarations de la délégation de la BID évoquent néanmoins plusieurs projets « emblématiques » et la possibilité de conclure de nouveaux accords de financement lors de la rencontre. Cette prudence est d’autant plus importante que le Cameroun doit composer avec une contrainte budgétaire et un niveau d’endettement qui limitent ses marges de manœuvre. Dans ce contexte, les financements concessionnels ou assortis de conditions avantageuses peuvent contribuer à réduire la pression sur le budget de l’État, à condition que les projets financés génèrent des retombées économiques suffisantes.

Transformer les financements en croissance

Pour le Cameroun, la prochaine programmation de la BID ne devrait donc pas être évaluée uniquement à l’aune de son montant. La qualité des projets sélectionnés et leur capacité à produire des effets économiques seront tout aussi importantes. Les infrastructures énergétiques peuvent réduire les déficits d’approvisionnement et soutenir l’industrialisation. Les routes peuvent fluidifier les échanges entre bassins de production et marchés de consommation. L’éducation, quant à elle, agit sur la qualité du capital humain et la productivité à long terme.

La question centrale sera ainsi celle de l’exécution. Les retards dans la passation des marchés, les difficultés de décaissement ou les faibles capacités d’absorption peuvent réduire l’impact réel de financements pourtant importants sur le papier. Avec la programmation 2027-2029, Yaoundé dispose donc d’une occasion de mieux aligner les ressources extérieures sur ses priorités économiques. Le rendez-vous du 14 septembre devra surtout montrer si le portefeuille proche du milliard de dollars peut se transformer en un nouveau levier d’investissement, d’infrastructures et de croissance pour le Cameroun.

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