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Sodinaf : Des équipements industriels de 3,8 milliards FCFA restent liés au chinois CNBM

Le dossier inscrit au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM) de Douala-Bonanjo apporte un nouvel éclairage sur le financement des équipements industriels acquis par la Société de distribution nouvelle d’Afrique (Sodinaf) SA. La clause de réserve de propriété a été enregistrée le 24 septembre 2024 au bénéfice de CNBM General Technology Co. Ltd, entreprise chinoise ayant fourni les installations. Les équipements concernés sont destinés au traitement et au raffinage de l’huile de palme. L’opération trouve son origine dans un contrat commercial signé le 20 septembre 2017 à Zhengzhou, en Chine. Le calendrier est à relever : la commande des équipements est antérieure à l’annonce, en 2019, du projet industriel porté par le groupe de Fabrice Siaka. La réserve de propriété constitue avant tout un mécanisme de sécurisation du fournisseur. Juridiquement, celui-ci conserve la propriété des biens jusqu’au règlement intégral de l’obligation prévue au contrat. En cas de défaut de paiement, les dispositions de l’OHADA peuvent permettre au vendeur d’en réclamer la restitution.

3,8 milliards FCFA, un montant à ne pas confondre avec une dette

Le chiffre de 6,47 millions de dollars, converti au taux de référence applicable à la date d’inscription, représente environ 3,81 milliards de FCFA. Il serait toutefois imprudent de présenter cette somme comme une dette impayée de Sodinaf. Le document du RCCM indique le montant de l’obligation couverte par la sûreté, mais ne renseigne ni sur les paiements éventuellement déjà réalisés, ni sur le solde restant dû au moment de l’inscription. Il ne signale pas non plus une procédure de saisie, une demande de restitution des machines ou l’ouverture d’une procédure collective contre l’entreprise. Pour un analyste financier, la distinction est essentielle : une réserve de propriété constitue une garantie attachée à une transaction commerciale. Elle ne fournit pas nécessairement une photographie de la dette nette actuelle de l’entreprise.

Un équipement représentant une part importante de l’investissement annoncé

Le projet industriel de Sodinaf avait été rendu public en 2019 avec une enveloppe annoncée de 14 milliards de FCFA. L’ambition était alors d’implanter à Douala une unité capable de raffiner de l’huile de palme brute et de produire notamment du savon de ménage, avec à la clé 158 emplois directs. Le montant couvert par la sûreté représente donc environ 27 % de cette enveloppe, selon un simple rapprochement arithmétique. Cette proportion doit néanmoins être interprétée avec prudence. L’investissement annoncé pouvait inclure, au-delà des équipements, le génie civil, les infrastructures, les installations auxiliaires, les frais d’installation ainsi que le besoin en fonds de roulement. Le certificat du RCCM ne permet donc pas d’évaluer le niveau réel d’exécution financière du projet. L’enjeu économique se situe ailleurs : dans une industrie de transformation comme le raffinage d’huile de palme, disposer des équipements ne suffit pas. La rentabilité dépend également de l’accès régulier à la matière première, de l’énergie, de la logistique et surtout de la capacité à maintenir un taux d’utilisation élevé des installations.

Le pari industriel de Sodinaf face au déficit de matière première

Le projet de raffinerie s’inscrivait dans la stratégie de diversification de Sodinaf après la reprise, en 2018, de plusieurs actifs forestiers et industriels de Rougier au Cameroun et en République centrafricaine. L’implantation d’une unité de transformation d’huile de palme répondait par ailleurs à une problématique persistante de l’économie camerounaise : augmenter les capacités locales de transformation tout en réduisant la dépendance aux produits importés. Mais cette ambition se heurte à une contrainte structurelle. Le Cameroun demeure confronté à un déficit de production d’huile de palme par rapport aux besoins de l’industrie et de la consommation. Une raffinerie supplémentaire peut donc contribuer à accroître l’offre locale de produits transformés, mais elle doit sécuriser ses approvisionnements pour éviter que l’outil industriel ne fonctionne en dessous de ses capacités.

Quand la raffinerie produira-t-elle réellement ?

Plusieurs années après l’annonce du projet, les informations publiques disponibles ne permettent pas de déterminer avec précision la capacité industrielle effectivement installée par Sodinaf, ni la date de démarrage commercial de la raffinerie ou ses volumes de production. Cette absence de données est économiquement significative. Pour mesurer la viabilité d’un investissement industriel de cette nature, les indicateurs déterminants sont moins le montant initialement annoncé que le niveau d’achèvement des installations, la capacité opérationnelle, le taux d’utilisation, les volumes transformés et la rentabilité dégagée. L’inscription de la réserve de propriété apporte donc surtout une information sur la structuration contractuelle de l’acquisition des équipements. Elle ne permet pas, en l’état, de conclure à une difficulté financière de Sodinaf ni à l’arrêt du projet. Elle remet toutefois au premier plan une question essentielle pour l’industrie camerounaise : transformer les investissements annoncés en capacités productives effectivement opérationnelles. Pour le secteur de l’huile de palme, où les besoins du marché restent importants, la mise en service et l’exploitation durable de nouvelles unités constituent désormais le véritable test économique.

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