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Agriculture et financement : À Kigali, l’Afrique cherche les capitaux pour transformer son agriculture

Réunis du 31 août au 4 septembre 2026 dans la capitale rwandaise, plus de 5 000 acteurs du monde agricole, financier et institutionnel examinent les moyens d’accélérer la transformation des systèmes alimentaires africains. Au-delà de la production, les discussions mettent l’accent sur le financement, les chaînes de valeur, l’emploi des jeunes et l’adaptation au changement climatique.

L’agriculture africaine change d’échelle dans les discours, mais peine encore à changer de modèle dans les faits. C’est tout l’enjeu du Forum sur les systèmes alimentaires africains (AFSF), organisé cette semaine à Kigali, au Rwanda, par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA). L’événement, qui se tient au Centre de conventions de Kigali, réunit des représentants d’une cinquantaine de pays autour d’un objectif central : faire des systèmes agroalimentaires un moteur plus puissant de croissance et d’emplois. Plus de 200 intervenants participent aux travaux, parmi lesquels le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, le président du FIDA, Alvaro Lario, la présidente d’AGRA, Alice Ruhweza, ainsi que des responsables de la Banque africaine de développement et de la Commission de l’Union africaine.

Le financement, principal verrou de la transformation

Derrière les débats sur la productivité se trouve une question beaucoup plus terre à terre : où trouver l’argent nécessaire pour transformer durablement l’agriculture africaine ? Le secteur pèse près d’un quart du PIB du continent, mais demeure insuffisamment financé par les banques commerciales, les investisseurs privés et les mécanismes de financement climatique. Pour les exploitations agricoles, particulièrement les petites et moyennes structures, l’accès au crédit reste compliqué par les risques climatiques, l’informalité, l’absence de garanties et la volatilité des revenus. L’enjeu est donc de faire évoluer le financement agricole d’une logique de crédit classique vers des montages combinant capitaux publics et privés. Banques de développement, investisseurs institutionnels, fonds souverains et mécanismes de garantie sont appelés à partager davantage les risques.

Cette orientation s’inscrit dans l’ambition de l’Union africaine de mobiliser 100 milliards de dollars d’investissements publics et privés d’ici 2035 en faveur des systèmes agroalimentaires. Pour les économistes, l’objectif suppose cependant de rendre les projets agricoles plus bancables, notamment en améliorant la qualité des données, la structuration des entreprises et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.

Du champ au marché, le défi des chaînes de valeur

Le continent ne souffre pas uniquement d’un déficit de production. Une part importante de la valeur agricole échappe encore aux producteurs en raison des insuffisances dans le stockage, la transformation, le transport et la commercialisation. Le Forum accorde ainsi une place importante à la construction de chaînes de valeur régionales. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait jouer un rôle déterminant en facilitant la circulation des produits et des intrants agricoles entre pays. L’objectif économique est double. D’une part, rapprocher les bassins de production des marchés. D’autre part, développer localement davantage d’activités de transformation afin de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée sur le continent. Cette approche pourrait également contribuer à réduire la dépendance de plusieurs économies africaines aux importations alimentaires. Mais sa réussite dépendra des infrastructures, des normes communes, des coûts logistiques et de la capacité des États à lever les obstacles au commerce intra-africain.

Le changement climatique renchérit le risque agricole

La question climatique occupe également une place centrale à Kigali. Sécheresses, inondations, températures extrêmes, ravageurs et dégradation des terres fragilisent les rendements et accroissent l’incertitude pour les producteurs et les investisseurs. Cette évolution transforme le risque climatique en risque financier. Une exploitation plus exposée aux aléas météorologiques devient mécaniquement plus difficile à financer et plus coûteuse à assurer. Les discussions portent donc sur les semences adaptées, la gestion de l’eau, l’agroécologie, l’irrigation, la réduction des émissions agricoles et surtout les mécanismes permettant d’orienter davantage de capitaux privés vers l’adaptation climatique. Pour les économies africaines, l’équation est particulièrement complexe : elles doivent simultanément accroître leur production alimentaire, améliorer les revenus ruraux et réduire leur vulnérabilité à des chocs climatiques dont elles maîtrisent peu l’évolution.

Transformer la jeunesse en force économique

Le second grand enjeu est démographique. Avec une population extrêmement jeune, l’Afrique doit créer chaque année des millions d’activités économiques nouvelles. L’agriculture peut contribuer à absorber cette pression sur l’emploi, mais à condition de sortir d’une vision limitée au métier de producteur. À Kigali, les organisateurs mettent en avant un écosystème beaucoup plus large : mécanisation, agritech, commerce électronique, logistique, assurance, services financiers, analyse de données, transformation et distribution. Cette mutation pourrait modifier la perception de l’agriculture auprès des jeunes générations. L’enjeu n’est plus seulement de maintenir une main-d’œuvre dans les exploitations, mais de construire autour de l’agriculture un ensemble de métiers et d’entreprises capables de générer davantage de valeur.

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