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Mer Noire : Le blé retrouve une prime de risque, l’Afrique face à une nouvelle équation alimentaire

La recrudescence des attaques contre les infrastructures céréalières russes et ukrainiennes ravive les inquiétudes sur l’approvisionnement international en blé. Alors que les cours repartent à la hausse, plusieurs pays africains, fortement tributaires des importations de la mer Noire, doivent désormais composer avec un double risque : la disponibilité des cargaisons et l’augmentation du coût de leur acheminement.

Le marché mondial du blé pensait avoir appris à fonctionner malgré la guerre en Ukraine. Il doit désormais intégrer une nouvelle réalité : les routes commerciales de la mer Noire peuvent redevenir un facteur de tension majeur. Depuis plusieurs semaines, la multiplication des frappes visant les ports, les terminaux céréaliers et certaines infrastructures maritimes perturbe les chaînes d’exportation de la Russie et de l’Ukraine. Cette situation intervient alors que la nouvelle campagne céréalière démarre à peine, ce qui augmente le risque pour les pays importateurs qui doivent encore couvrir plusieurs mois de besoins.

En Ukraine, les dommages infligés aux infrastructures portuaires auraient réduit sensiblement les capacités d’expédition. Côté russe, les restrictions affectant les passages par le détroit de Kertch et les voies navigables reliant la mer d’Azov compliquent également l’acheminement des céréales. Pour les opérateurs, le problème ne réside donc pas uniquement dans la quantité de blé disponible. Il concerne surtout la capacité à transformer cette production en cargaisons effectivement livrables.

Les prix intègrent à nouveau le risque

Cette dégradation du contexte logistique commence déjà à se refléter sur les marchés à terme. Les prix européens et américains du blé ont atteint des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis plusieurs années. Cette remontée ne signifie pas nécessairement que le monde manque de blé. Les perspectives de production mondiale demeurent relativement confortables. Elle traduit davantage la réapparition d’une « prime de risque » dans les prix.

Cette distinction est essentielle. Une céréale peut être disponible dans un silo sans être immédiatement disponible pour un acheteur situé à plusieurs milliers de kilomètres. Dès lors que les infrastructures portuaires sont menacées, que les navires doivent modifier leurs itinéraires ou que les assureurs augmentent leurs primes, le prix final augmente mécaniquement. Cette situation illustre le poids croissant des coûts logistiques dans la formation des prix alimentaires. Le prix payé par l’importateur ne correspond plus seulement à la valeur de la céréale. Il comprend également le transport, l’assurance, le risque géopolitique, les délais et le coût de financement des stocks.

L’Afrique, particulièrement exposée

Le continent africain apparaît parmi les régions les plus vulnérables à cette nouvelle perturbation. Plusieurs pays ont, au cours des dernières années, renforcé leurs achats auprès de la Russie, devenue un fournisseur incontournable sur le marché international du blé. L’Égypte constitue le cas le plus emblématique. Une part importante de ses importations provient traditionnellement de Russie et d’Ukraine. Toute interruption prolongée des flux de la mer Noire peut donc se traduire par une hausse de la facture d’approvisionnement du pays. La situation concerne également, à des degrés différents, l’Algérie, la Libye, le Soudan et plusieurs marchés d’Afrique subsaharienne. L’enjeu dépasse toutefois la seule balance commerciale. Dans de nombreux pays africains, le blé constitue une matière première essentielle pour le pain, les pâtes et d’autres produits de consommation courante. Une hausse prolongée du prix à l’importation peut donc rapidement se transmettre aux consommateurs.

Des fournisseurs de substitution, mais à quel prix ?

Face aux incertitudes, les importateurs disposent d’une solution : diversifier leurs origines d’approvisionnement. La France, la Roumanie, la Bulgarie, les pays baltes, l’Argentine ou encore l’Australie pourraient ainsi voir leur demande progresser. Cette recomposition des flux est déjà perceptible sur certains marchés africains. Des opérateurs cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement, parfois auprès de fournisseurs avec lesquels les échanges céréaliers étaient devenus marginaux.

Mais cette diversification a une limite : le coût.

Acheter davantage auprès de fournisseurs éloignés implique généralement des distances maritimes plus importantes. À cela s’ajoutent les coûts de fret, les assurances et les délais. Pour un pays dont la consommation dépend fortement du marché international, chaque hausse du prix du blé peut donc exercer une pression supplémentaire sur les réserves de change et les finances publiques.

Si les perturbations persistent, le marché pourrait connaître une redistribution des parts entre exportateurs plutôt qu’une véritable pénurie mondiale. Les fournisseurs disposant d’excédents exportables gagneront des débouchés, mais les importateurs africains devront supporter une facture plus élevée. Le risque est ainsi de passer d’un problème de disponibilité à un problème d’accessibilité économique.

L’Égypte tente de renforcer son amortisseur intérieur

Le cas égyptien montre cependant qu’une dépendance aux importations n’exclut pas toute capacité de résilience. Le pays a enregistré récemment une progression de sa collecte nationale de blé et cherche depuis plusieurs années à accroître sa production intérieure. La baisse des volumes importés au cours du précédent exercice constitue un signal dans cette direction. Une récolte nationale plus importante permet de réduire temporairement la pression sur les achats extérieurs et de gagner du temps lorsque les marchés internationaux deviennent défavorables. Cette stratégie ne permet toutefois pas de supprimer la dépendance. Les besoins de l’Égypte restent considérables et la production nationale ne suffit pas à couvrir l’ensemble de la consommation.

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