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Affaire Djeuga Palace : Un actif de 10 704 m² mis aux enchères à Douala pour 5,5 milliards FCFA

Le feuilleton judiciaire autour du site occupé par le projet Djeuga Palace à Douala franchit une nouvelle étape. Agissant pour le compte de l’État camerounais, le Cabinet Conseil Atou a fixé au 9 octobre 2026 la vente aux enchères de l’immeuble implanté au Giratoire Joss, à Bonadibong. La mise à prix est arrêtée à 5,5 milliards de FCFA, dans une opération qui transforme un long contentieux foncier en enjeu financier et patrimonial majeur.

Le bien concerné est un ensemble immobilier d’une superficie de 10 704 m², inscrit au titre foncier n°2716/WA. Son emplacement, au croisement du boulevard de la Liberté et de la rue Koumassi, dans un secteur urbain stratégique de Douala, constitue l’un des principaux éléments susceptibles d’attirer les investisseurs. La vente ne concerne pas les activités commerciales de Djeuga Palace ni la personnalité morale de la société hôtelière. Elle porte sur l’actif immobilier revendiqué par l’État, c’est-à-dire l’immeuble et les droits attachés à la parcelle. Cette distinction est importante sur le plan économique : l’acquéreur n’achète pas une entreprise hôtelière en exploitation, mais un patrimoine immobilier dont l’usage futur pourra être redéfini en fonction de la réglementation, de la localisation et du potentiel commercial du site.

Le contentieux entre dans une phase décisive

L’opération intervient après une procédure judiciaire ayant conduit à une injonction de libérer les lieux. Le 23 juillet 2026, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a rendu une ordonnance de référé d’heure à heure accordant un délai de 48 heures à la Société hôtelière Djeuga Palace pour quitter l’immeuble et en faire sortir les biens ainsi que les occupants installés de son fait. Le commandement correspondant a été signifié le 21 août 2026 dans les locaux de l’entreprise. Les éléments disponibles ne permettent cependant pas de déterminer si le départ volontaire ou l’expulsion ont effectivement été réalisés. Le placard de vente apporte néanmoins une précision déterminante : l’État s’engage à assurer à l’adjudicataire la prise de possession effective du bien. L’acquéreur pourrait également devoir intégrer dans son équation financière d’éventuels coûts de démolition de la construction existante.

Un prix qui traduit surtout la valeur stratégique du foncier

À 5,5 milliards de FCFA, la mise à prix représente environ 513 827 FCFA par mètre carré. Ce calcul constitue uniquement un indicateur arithmétique et ne peut être assimilé à une expertise foncière. La comparaison est d’autant plus délicate que l’actif comprend une construction existante, alors que les références au prix au mètre carré sont généralement plus faciles à interpréter pour des terrains nus. Pour un investisseur, la véritable question sera donc moins celle du prix facial que celle du potentiel de valorisation du site. À cet emplacement, la rentabilité pourrait dépendre d’un repositionnement complet de l’actif : hôtel, immeuble de bureaux, résidence, centre commercial ou programme immobilier mixte, sous réserve des autorisations nécessaires.

Huit années après, le projet hôtelier reste une équation inachevée

L’histoire économique du site ajoute une dimension particulière à cette vente. Dès 2018, le complexe était présenté comme proche de son achèvement. Pourtant, près de huit ans plus tard, le chantier n’a toujours pas abouti à une exploitation normale.

Cette immobilisation prolongée illustre le coût économique d’un actif bloqué : capital immobilisé, absence de revenus d’exploitation, dégradation potentielle des ouvrages et perte d’opportunités pour le marché immobilier local. Dans une prise de position publiée le 6 juillet 2026, Shanda Tonme, qui défendait le promoteur Jean-Claude Feutheu, évoquait un abandon temporaire des travaux et assurait que les conditions étaient réunies pour leur reprise. Aucun calendrier précis de relance n’avait toutefois été annoncé.

Une adjudication qui peut rebattre les cartes

La vente programmée ouvre désormais une nouvelle perspective pour ce foncier urbain. La mise à prix de 5,5 milliards de FCFA n’est qu’un seuil de départ : la concurrence entre adjudicataires peut faire monter le montant final. Les candidats devront déposer une caution de 50 millions de FCFA auprès du notaire chargé de l’opération, Me Jean-Jacques Moukory Evango. Les frais, droits, taxes et impôts liés à la transaction seront supportés par l’acquéreur. Le montant finalement retenu devra être versé au Trésor public dans les huit jours suivant l’adjudication.

Un enjeu pour les finances publiques

Au-delà du règlement du contentieux, l’opération présente un intérêt pour les finances publiques. Si la vente aboutit, l’État pourrait convertir un actif immobilier longtemps immobilisé en recette immédiate, tout en transférant à un opérateur privé le risque financier lié à la réhabilitation ou à la transformation du site. Le véritable indicateur économique sera toutefois le montant final de l’adjudication et, surtout, la capacité du futur propriétaire à transformer cet emplacement stratégique en actif productif. Après plusieurs années d’inachèvement, le site Djeuga Palace pourrait ainsi passer du statut de dossier judiciaire à celui d’un nouvel enjeu de recomposition du marché immobilier de Douala.

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