Afrique de l’Est : Le projet de raffinerie de Dangote pourrait redonner un nouvel élan au port kényan de Lamu
Conçu comme la pièce maîtresse du corridor LAPSSET, le port de Lamu peine encore à s’imposer comme un hub logistique régional malgré d’importants investissements publics. Le projet de raffinerie de 700 000 barils par jour envisagé par le groupe Dangote pourrait toutefois transformer cette infrastructure en véritable plateforme industrielle, à condition que les nombreux défis techniques, financiers et énergétiques soient levés.

Inauguré en 2021 après un investissement estimé à 2,5 milliards de dollars, le port en eau profonde de Lamu devait modifier la géographie du commerce en Afrique de l’Est. Cette infrastructure constitue le pilier du corridor LAPSSET (Lamu Port-South Sudan-Ethiopia Transport), un vaste programme destiné à connecter le Kenya, l’Éthiopie et le Soudan du Sud grâce à un réseau intégré de ports, de routes, de voies ferrées, d’oléoducs et de zones économiques. Malgré ces ambitions, les performances commerciales du port sont restées modestes durant ses premières années d’exploitation. Le faible nombre d’escales enregistrées entre 2021 et 2024 a illustré les difficultés de Lamu à concurrencer des plateformes déjà bien établies comme Mombasa ou Djibouti, où les chaînes logistiques sont davantage structurées et les volumes de marchandises beaucoup plus importants.
L’arrivée d’une méga-raffinerie développée par Dangote pourrait modifier cette trajectoire. Avec une capacité annoncée de 700 000 barils par jour, le complexe nécessiterait des importations régulières de pétrole brut, des capacités importantes de stockage ainsi que des exportations continues de carburants raffinés vers les marchés régionaux. Pour le Kenya, l’intérêt dépasse largement la seule production pétrolière. Une telle installation créerait un flux industriel permanent susceptible de sécuriser l’activité du port, contrairement aux hausses ponctuelles de trafic observées lors des perturbations du transport maritime international. En 2025, les tensions en mer Rouge et les congestions dans plusieurs ports du Golfe avaient d’ailleurs temporairement favorisé Lamu, dont le volume de marchandises manutentionnées avait fortement progressé. Mais cette amélioration reposait davantage sur un contexte géopolitique exceptionnel que sur une croissance structurelle de la demande.
Au-delà du port, ce projet pourrait servir de catalyseur au développement du corridor LAPSSET, dont plusieurs infrastructures restent inachevées. La présence d’une raffinerie renforcerait la rentabilité économique des futures autoroutes, des lignes ferroviaires, des oléoducs et des zones économiques spéciales prévus dans ce vaste programme. L’objectif de Nairobi est clair : faire du nord du Kenya une porte d’entrée commerciale vers les économies enclavées de la région. Les autorités envisagent d’étendre progressivement le port, qui dispose actuellement de trois postes à quai, avec l’ambition d’en construire vingt et un supplémentaires à l’horizon 2030 dans le cadre de partenariats public-privé.
Le projet demeure néanmoins à un stade préliminaire. Son financement n’a pas encore été rendu public et plusieurs interrogations persistent concernant l’approvisionnement en pétrole brut. Le président William Ruto évoque des ressources provenant du Kenya, de l’Ouganda, du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo. Cependant, la production pétrolière kényane reste limitée, les projets ougandais ne sont pas encore pleinement opérationnels et les gisements congolais actuellement exploités se trouvent sur la côte atlantique, loin de la façade orientale du continent.
Ces contraintes montrent que la réussite du projet dépendra autant de sa viabilité industrielle que de la mise en place d’une véritable intégration énergétique régionale. Si ces conditions sont réunies, la raffinerie de Dangote pourrait devenir bien plus qu’un investissement industriel : elle constituerait un moteur de transformation logistique capable de repositionner Lamu dans la compétition portuaire est-africaine et de donner enfin au corridor LAPSSET la dimension économique attendue depuis son lancement.



