Afrique de l’Ouest : Dangote Petroleum confronté à la polémique du transit de son essence via le Togo
La raffinerie Dangote rejette les allégations selon lesquelles son essence serait exportée vers le Togo avant d’être réintroduite sur le marché nigérian. Cette controverse met en lumière les dysfonctionnements persistants du marché pétrolier nigérian, les arbitrages de prix entre production locale et importations, ainsi que le rôle stratégique mais contesté du hub maritime de Lomé.

La raffinerie Dangote, plus grande infrastructure de raffinage du continent africain avec une capacité de traitement de 650 000 barils de pétrole par jour, se retrouve au centre d’une nouvelle controverse. Selon des informations relayées par des acteurs du négoce pétrolier nigérian, une partie significative des carburants importés au Nigeria entre mars et mai 2026 proviendrait indirectement de la raffinerie, après un passage par le port de Lomé au Togo. L’entreprise d’Aliko Dangote dément fermement toute implication dans un tel mécanisme, affirmant que les coûts logistiques d’un transit par le Togo rendent cette opération économiquement peu pertinente. Le groupe assure également suivre la destination de ses cargaisons et interdire contractuellement leur revente spéculative.
Au-delà des démentis, le débat trouve son origine dans une réalité économique plus complexe. Au Nigeria, le prix de l’essence importée demeure inférieur à celui du carburant produit localement. Selon les données du secteur, l’écart dépasse cent nairas par litre. Cette différence alimente les soupçons des distributeurs qui estiment que des négociants internationaux peuvent acheter le carburant à des conditions plus avantageuses avant de le réintroduire sur le marché nigérian. Dans un environnement où les marges sont extrêmement sensibles aux variations de prix, chaque différentiel crée des opportunités d’arbitrage commercial.
Le port de Lomé s’est imposé ces dernières années comme l’une des principales plateformes de transbordement de produits pétroliers en Afrique de l’Ouest. Sa position géographique et ses infrastructures lui permettent de recevoir de grands pétroliers et de redistribuer les cargaisons vers des ports régionaux moins équipés. Cependant, l’émergence de la raffinerie Dangote et la volonté du Nigeria de réduire sa dépendance aux importations ont progressivement modifié les équilibres régionaux. Les flux de carburant transitant par Lomé ont enregistré un recul significatif, remettant en question la pérennité de son modèle économique.
L’affaire révèle les difficultés de la transition vers l’autosuffisance énergétique du Nigeria. Malgré l’entrée en service de la raffinerie Dangote, le marché demeure soumis aux logiques de prix et aux stratégies des négociants internationaux. À terme, la viabilité de la production locale dépendra essentiellement de sa capacité à proposer un carburant compétitif. Si l’essence raffinée au Nigeria devient plus attractive que les produits importés, les circuits de réexportation perdront naturellement leur intérêt économique. Dans le cas contraire, la polémique autour du transit par Lomé risque de continuer d’alimenter les débats sur l’avenir du marché pétrolier ouest-africain.



