Cohésion nationale : À Yaoundé, le Minpostel mobilise la société civile contre la haine en ligne
Face à la multiplication des propos tribalistes et des tensions identitaires sur les réseaux sociaux, le ministère des Postes et Télécommunications a lancé, le 25 mai à Yaoundé, un séminaire de formation destiné aux membres de l’association One Nation. Pendant deux jours, experts, responsables institutionnels et acteurs de la société civile échangent sur les moyens de limiter la propagation des discours haineux et de promouvoir un usage responsable des plateformes numériques.

Le gouvernement camerounais veut renforcer son dispositif de lutte contre les contenus haineux circulant dans l’espace numérique. Réunis à Yaoundé les 25 et 26 mai 2026, les membres de l’association One Nation participent à un séminaire organisé par le ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel), autour du thème : « Combattre la haine en ligne : pour un cyberespace camerounais pacifique et inclusif ».
Cette initiative intervient dans un climat marqué par la recrudescence des messages à caractère tribal, communautaire ou discriminatoire sur les réseaux sociaux. Pour les autorités, ces pratiques constituent désormais un risque réel pour la stabilité sociale et le vivre-ensemble. Le séminaire s’inscrit dans la continuité de la coopération engagée récemment entre le Minpostel et One Nation, à travers l’intégration de l’association au sein de la Coalition nationale pour la promotion de la cybersécurité et l’usage responsable des réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux au cœur des inquiétudes
Dès l’ouverture des travaux, les organisateurs ont dressé un constat préoccupant. Selon One Nation, les plateformes numériques deviennent progressivement des espaces où se développent des discours de stigmatisation, des attaques identitaires et des campagnes de désinformation susceptibles d’alimenter les divisions sociales. Le président de l’association, François Bambou, a rappelé que les propos visant à humilier ou exclure des individus en raison de leur origine, de leur langue, de leur religion ou de leur appartenance communautaire dépassent le simple cadre du débat d’opinion. À ses yeux, ces contenus fragilisent les fondements de la cohésion nationale et participent à la banalisation de l’intolérance. L’association estime toutefois que ces dérives peuvent être combattues grâce à la sensibilisation, à l’éducation citoyenne et à une meilleure application des textes existants.
Des experts mobilisés pour décrypter le phénomène
Le programme du séminaire combine approches sociologiques, techniques et juridiques. Plusieurs universitaires et spécialistes du numérique ont été sollicités pour analyser les mécanismes de propagation de la haine en ligne. Le professeur Leka Essomba Armand, sociologue à l’Université de Yaoundé I, a ouvert les échanges avec une réflexion sur les crispations identitaires observées dans le contexte camerounais à l’ère des réseaux sociaux. De son côté, le chercheur Pountougnigni Mfenjou Arouna a présenté différentes formes de discours haineux ainsi que des méthodes de prévention et de riposte.
Les participants se sont également penchés sur le rôle des algorithmes dans la viralité des contenus polarisants. L’expert TIC Beaugas Orain Djoyum a expliqué comment certains mécanismes de recommandation favorisent la diffusion massive de messages émotionnels ou conflictuels, accentuant parfois les tensions sociales. La deuxième journée des travaux doit notamment être consacrée à l’intervention de l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (Antic), attendue sur les questions de régulation et de cybersécurité.
Minette Libom Li Likeng appelle à une responsabilité collective
Présente à l’ouverture du séminaire, la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, a insisté sur la dimension sociale du problème. Pour elle, la lutte contre la haine en ligne ne peut pas se limiter aux outils technologiques ou aux sanctions. Le membre du gouvernement a souligné que de nombreux internautes relayent des contenus sans toujours mesurer les conséquences de leurs publications. Elle a notamment mis en garde contre la diffusion de rumeurs, de fausses informations et de propos stigmatisants pouvant porter atteinte à la dignité humaine ou alimenter des tensions communautaires. Selon la ministre, chaque citoyen doit désormais faire preuve de vigilance dans son comportement numérique afin d’éviter de devenir un relais involontaire de la désinformation.
Elle a également salué l’implication croissante de la société civile dans la promotion d’un cyberespace plus responsable, estimant que la préservation de la cohésion nationale nécessite l’engagement conjoint des pouvoirs publics, des associations, des jeunes et des autorités traditionnelles.
La question sensible de l’impunité
Au-delà de la sensibilisation, les échanges ont aussi mis en lumière les attentes concernant le renforcement du cadre répressif. François Bambou estime que l’absence de sanctions visibles encourage encore certains auteurs de discours haineux à agir librement sur les réseaux sociaux. Pour plusieurs participants, le Cameroun devra progressivement adapter son arsenal juridique aux nouvelles réalités numériques, comme l’ont déjà fait certains pays confrontés à la montée des contenus extrémistes et des appels à la haine en ligne.
Les travaux doivent s’achever par l’élaboration d’un guide de bonnes pratiques numériques destiné à promouvoir des comportements responsables sur Internet. Une manière, pour les organisateurs, de transformer la sensibilisation en engagement concret dans l’espace numérique camerounais.



