Énergie : Socadel démarre sous tension avec un déficit mensuel de 13 milliards de FCFA
À peine installée pour prendre le relais d’Eneo, la Société camerounaise d’électricité (Socadel) fait face à une équation financière particulièrement complexe. Entre dette colossale, faibles performances de recouvrement et charges d’exploitation élevées, le nouveau concessionnaire du secteur électrique devra rapidement engager des réformes pour éviter l’aggravation de la crise énergétique au Cameroun.

Créée le 4 mai 2026 par décret présidentiel afin de succéder à l’ancienne société Energy of Cameroon (Eneo), la Société camerounaise d’électricité (Socadel) commence ses activités dans un contexte économique délicat. Selon les données contenues dans le Plan de restructuration d’Eneo 2026-2028, l’entreprise hérite d’un passif évalué à près de 850 milliards de FCFA. Au-delà de cet endettement massif, la nouvelle structure doit également composer avec un déficit de trésorerie récurrent. Chaque mois, les dépenses nécessaires au fonctionnement du secteur dépassent largement les recettes réellement encaissées. Le déséquilibre mensuel moyen est estimé à 13 milliards de FCFA, révélant la profondeur des difficultés accumulées au fil des années.
Les données financières montrent que la facturation mensuelle moyenne d’électricité atteint environ 40 milliards de FCFA. Les ménages et les industriels représentent la principale source de revenus avec près de 33 milliards de FCFA facturés chaque mois. Les administrations publiques, les collectivités territoriales décentralisées ainsi que plusieurs entreprises publiques complètent l’essentiel du portefeuille clients. Cependant, sur ces montants facturés, seulement 31 milliards de FCFA sont effectivement recouvrés. Ce niveau de collecte correspond à un taux de recouvrement avoisinant 77,5 %, jugé insuffisant pour assurer la stabilité financière du système électrique national.
Cette contre-performance fragilise davantage une entreprise déjà confrontée à des coûts d’exploitation élevés. Les achats d’énergie absorbent à eux seuls près de 24 milliards de FCFA par mois, tandis que les charges fixes d’exploitation représentent environ 11 milliards. À cela s’ajoutent les dépenses liées au combustible, aux charges financières, aux impôts et à diverses obligations opérationnelles.
Face à cette situation, les autorités misent sur une restructuration profonde du secteur afin d’éviter l’enlisement. L’objectif immédiat consiste à réduire le déficit mensuel en améliorant le recouvrement des factures et en rationalisant certaines dépenses d’exploitation. Le chantier s’annonce toutefois complexe. Une partie importante des impayés provient d’administrations publiques et de grandes entités étatiques dont les arriérés pèsent depuis plusieurs années sur la trésorerie du secteur. En parallèle, les pertes techniques sur le réseau et les fraudes continuent d’affecter les performances commerciales de l’opérateur.
Pour Socadel, la priorité sera donc double : restaurer la confiance des partenaires financiers tout en garantissant une fourniture plus stable de l’électricité aux populations et aux entreprises. Une mission délicate dans un secteur considéré comme stratégique pour l’économie camerounaise, où chaque coupure d’énergie agit comme un grain de sable dans la mécanique de la croissance.



