Finances locales : La dette des communes pourrait presque sextupler avec les créances du FEICOM
L’endettement des collectivités territoriales décentralisées (CTD) pourrait connaître une forte réévaluation d’ici la fin de l’année. Alors que la Caisse autonome d’amortissement (CAA) chiffre actuellement leur dette à 25 milliards de FCFA, un inventaire mené avec le FEICOM fait ressortir 121,24 milliards de FCFA d’engagements supplémentaires des communes envers cet organisme public. Leur dette pourrait ainsi dépasser 146 milliards de FCFA une fois ces créances intégrées aux statistiques nationales.

Les chiffres disponibles au 30 juin 2026 donnent une vision relativement modeste de l’endettement des collectivités camerounaises. Avec un encours de 25 milliards de FCFA, les CTD ne représentent que 0,2% de la dette publique nationale. Cette enveloppe comprend 10 milliards de FCFA de dette intérieure directe et 15 milliards de dette flottante. La première catégorie correspond principalement aux emprunts contractés pour financer des investissements. La seconde rassemble plutôt les engagements non encore réglés, notamment certaines factures de travaux et de prestations ainsi que des obligations fiscales ou sociales. Mais cette photographie comptable est appelée à changer. Les travaux conduits par la CAA, le Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM), le ministère de la Décentralisation et du Développement local et les communes ont permis de faire émerger une masse d’engagements jusque-là absente des statistiques nationales.
Le montant identifié auprès du FEICOM atteint 121,24 milliards de FCFA pour la période 2020-2025. Il s’agit de financements accordés aux communes sous différentes formes, notamment des prêts et autres concours destinés à soutenir leurs programmes d’investissement. La ventilation de cette enveloppe est particulièrement révélatrice. Environ 45 milliards de FCFA correspondent à des échéances qui ne sont pas encore arrivées à terme. En revanche, 76 milliards sont déjà exigibles, c’est-à-dire que leurs échéances de remboursement sont dépassées. Pour les analystes des finances publiques, cette distinction est essentielle. « Une dette exigible élevée traduit moins un problème de volume qu’un problème de capacité de remboursement et de gestion de trésorerie », estime un cadre économique interrogé sur la question. Selon lui, l’enjeu est désormais de déterminer si les communes disposent de recettes suffisamment régulières pour honorer leurs engagements sans compromettre leurs dépenses essentielles.
Si les 121,24 milliards de FCFA recensés auprès du FEICOM sont intégrés aux statistiques de la dette publique, l’encours des CTD atteindrait environ 146 milliards de FCFA. Le montant serait alors près de six fois supérieur à celui actuellement publié. Cette réévaluation ne signifie toutefois pas nécessairement que le Cameroun vient de contracter 121 milliards de FCFA de nouvelle dette. Il s’agit avant tout d’un travail de consolidation et de reconnaissance d’engagements financiers déjà constitués mais qui n’étaient pas encore intégrés dans le périmètre statistique de la dette publique. Un économiste spécialisé dans les finances publiques considère ainsi cette opération comme « une amélioration de la transparence plutôt qu’une explosion soudaine de l’endettement ». L’intégration permettrait notamment de disposer d’une vision plus complète des risques financiers supportés par les administrations locales.
Au-delà du chiffre de 146 milliards de FCFA, la question centrale reste celle de la soutenabilité de cette dette. Les communes disposent de ressources propres souvent limitées et dépendent largement des transferts et mécanismes de financement publics pour réaliser leurs investissements. La présence de 76 milliards de FCFA de dette exigible envers le FEICOM constitue, à ce titre, un signal à surveiller. Des arriérés importants peuvent réduire la capacité du FEICOM à recycler ses ressources dans de nouveaux projets communaux et, par ricochet, ralentir le financement des infrastructures locales. Cette situation pourrait également pousser les autorités à renforcer le suivi de l’endettement des CTD, notamment en améliorant la traçabilité des emprunts, le reporting financier et la programmation des remboursements.
La CAA prévoit la poursuite des travaux afin d’identifier précisément les instruments concernés et de déterminer les modalités de leur intégration dans les statistiques nationales à l’horizon de décembre 2026. Cette opération pourrait constituer un tournant dans la gestion des finances locales au Cameroun. Elle devrait permettre de rapprocher les données comptables des communes, celles du FEICOM et celles de l’administration centrale. Pour les cadres économiques, l’objectif ne devrait toutefois pas se limiter à comptabiliser les dettes existantes. Il s’agit également de mettre en place des mécanismes capables de prévenir l’accumulation de nouveaux arriérés. La décentralisation financière ne pourra en effet produire pleinement ses effets que si les collectivités disposent à la fois de ressources suffisantes, d’une capacité d’investissement durable et d’une gestion rigoureuse de leurs engagements.



