Immobilier public : La SIC veut porter son capital à 226,8 milliards de FCFA grâce à l’apport de 407 hectares de terrains
La Société immobilière du Cameroun (SIC) prépare une opération de recapitalisation d’une ampleur inédite. L’entreprise publique prévoit d’intégrer à son capital onze terrains représentant près de 407 hectares, valorisés à 151,8 milliards de FCFA. Cette initiative renforcerait considérablement sa structure financière et son patrimoine, sans générer de nouvelles liquidités. L’objectif affiché est de disposer d’une base plus solide pour financer les futurs programmes immobiliers prévus dans le cadre de la Vision 2040.

La Société immobilière du Cameroun s’apprête à franchir une nouvelle étape dans son développement avec un projet d’augmentation de capital entièrement réalisé par apport en nature. Si l’opération obtient les validations réglementaires requises, le capital social passerait de 75 milliards à près de 226,8 milliards de FCFA, soit un triplement de sa taille actuelle. Contrairement à une augmentation de capital classique financée par des apports en espèces, cette opération repose sur l’intégration de onze parcelles attribuées par l’État à différentes périodes. Ces terrains, qui couvrent environ 407 hectares répartis dans six régions du pays, sont évalués à 151,821 milliards de FCFA. Jusqu’à la clôture de l’exercice 2025, ces actifs n’étaient pas encore inscrits dans les comptes de la société malgré leur transfert juridique. Leur évaluation constitue ainsi la dernière étape permettant leur intégration au patrimoine comptable de l’entreprise.
Le Centre concentre l’essentiel de la valeur
L’analyse de la répartition des actifs montre une très forte concentration de la valeur dans la région du Centre. Les sites de Nkolntsam, Zoatoupsi, Nkolmeyos et Bibey représentent à eux seuls plus de 136 milliards de FCFA, soit plus de neuf dixièmes de la valorisation globale. Les deux plus importantes réserves foncières, situées dans l’arrondissement de Mbankomo, totalisent près de 287 hectares et représentent environ les trois quarts de la valeur totale retenue. Les autres terrains se trouvent notamment à Douala, Dang, Karewa, Kolléré, Tingling, Yawoum ou encore Zokok-Laddéo. Leur valeur varie fortement selon les caractéristiques du marché local et le potentiel d’aménagement. Ainsi, le prix retenu au mètre carré oscille entre 11 000 FCFA pour certaines localités rurales et plus de 200 000 FCFA pour le site du Marché des fleurs à Douala.
Des estimations qui ont nécessité plusieurs arbitrages
Avant d’aboutir à la valeur définitive retenue, plusieurs évaluations ont été réalisées. Les premières estimations produites par un cabinet spécialisé différaient sensiblement de celles élaborées par les équipes techniques de la SIC. L’écart dépassait onze milliards de FCFA, principalement en raison d’appréciations différentes concernant plusieurs terrains, notamment celui situé au Marché des fleurs à Douala dont la valeur variait fortement selon les méthodes utilisées. Après confrontation avec les références foncières disponibles et les valeurs mercuriales, un montant intermédiaire de 151,821 milliards de FCFA a finalement été retenu. Cette étape met en évidence l’importance du travail du commissaire aux apports, chargé de certifier la cohérence des méthodes d’évaluation et de garantir la fiabilité des montants inscrits au capital.
Une opération qui améliore les fonds propres sans renforcer la trésorerie
Sur le plan financier, cette recapitalisation modifie profondément la structure du bilan sans apporter immédiatement de ressources monétaires. Les nouveaux terrains viendront accroître simultanément les immobilisations et les capitaux propres de l’entreprise. En revanche, ils ne permettront pas de financer directement les dépenses liées aux études techniques, aux travaux d’aménagement, aux raccordements ou encore à la construction de logements. À fin 2025, la SIC disposait déjà de capitaux propres de près de 150 milliards de FCFA et de terrains comptabilisés pour plus de 86 milliards. L’intégration des nouvelles réserves foncières augmentera significativement son poids patrimonial. D’un point de vue économique, cette évolution pourrait toutefois améliorer la crédibilité financière de l’entreprise auprès des banques et des partenaires techniques. Des fonds propres plus élevés renforcent généralement la capacité d’endettement et facilitent la mobilisation de financements concessionnels ou de partenariats public-privé.
Un levier pour les ambitions immobilières de l’État
Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large visant à soutenir les futurs programmes immobiliers nationaux. Les autorités ambitionnent de mobiliser plusieurs milliers d’hectares afin d’accompagner le développement urbain au cours des prochaines années. Le foncier constitue en effet l’un des principaux actifs des sociétés immobilières publiques. Lorsqu’il est correctement sécurisé et valorisé, il peut servir de garantie auprès des établissements financiers et favoriser la levée de ressources destinées aux investissements. Toutefois, cette capacité dépendra de plusieurs paramètres : la disponibilité effective des terrains, la sécurité juridique des titres fonciers, l’absence de litiges, mais aussi la rentabilité économique des projets qui y seront développés.
Une stratégie engagée depuis plusieurs années
Le projet actuel prolonge le processus de recapitalisation lancé en 2020. À cette époque, le capital de la SIC avait été porté d’un milliard à 75 milliards de FCFA grâce à la réévaluation de son patrimoine bâti et à l’incorporation de réserves. Les nouveaux actifs proviennent, quant à eux, de plusieurs décisions et décrets pris entre 2023 et 2025, traduisant la volonté de l’État de renforcer progressivement le portefeuille foncier de son opérateur immobilier.
Des résultats en progression malgré des tensions de liquidité
Les performances financières de la SIC affichent une amélioration en 2025. Le bénéfice net a progressé de 48 % pour atteindre près de 879 millions de FCFA, tandis que le chiffre d’affaires a dépassé cinq milliards de FCFA, porté essentiellement par les revenus locatifs et la commercialisation de logements. Cette dynamique masque néanmoins une baisse significative de la trésorerie disponible. Les investissements réalisés et les besoins liés aux activités courantes ont réduit les disponibilités financières de l’entreprise. Dans ce contexte, l’augmentation de capital constitue davantage un renforcement du patrimoine qu’une solution immédiate aux besoins de financement. Le véritable défi sera désormais de transformer ces importantes réserves foncières en projets immobiliers viables capables d’attirer les investisseurs, de mobiliser des crédits et d’accélérer la production de logements. C’est à cette condition que cette spectaculaire progression du capital social se traduira par un impact concret sur le développement urbain et l’offre immobilière au Cameroun.



