Industrialisation en Afrique : Le continent progresse, mais la transformation économique reste inachevée
Pour la première fois depuis le lancement de l’Indice de l’industrialisation en Afrique, le Maroc occupe la première place du classement continental devant l’Afrique du Sud. Si la majorité des pays africains ont amélioré leurs performances industrielles au cours des quinze dernières années, les progrès demeurent insuffisants pour faire du continent un acteur majeur de la production manufacturière mondiale. Le dernier rapport de la Banque africaine de développement met en lumière les avancées, mais aussi les défis persistants d’une industrialisation encore fragile.

L’équilibre des forces industrielles sur le continent africain connaît une évolution majeure. Selon l’édition 2025 de l’Indice de l’industrialisation en Afrique, élaboré conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), l’Union africaine et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), le Maroc occupe désormais la première place des économies les plus industrialisées d’Afrique.
Avec un score de 0,8415 sur une échelle allant de 0 à 1, le royaume chérifien dépasse de peu l’Afrique du Sud, longtemps considérée comme la locomotive industrielle du continent. Cette progression s’explique notamment par une stratégie soutenue de modernisation de l’appareil productif, une diversification des exportations et le développement de filières industrielles à forte valeur ajoutée. L’Afrique du Sud conserve néanmoins une position de premier plan avec un score de 0,8396, malgré une érosion progressive observée sur plusieurs indicateurs de performance industrielle.
Derrière le duo de tête figurent l’Égypte et la Tunisie, qui complètent le peloton des économies industrielles les plus avancées du continent. Maurice, l’Algérie, l’Eswatini, le Sénégal, la Namibie et la Côte d’Ivoire composent également le Top 10.
Cette hiérarchie illustre la domination persistante de l’Afrique du Nord, région qui demeure la plus industrialisée du continent. Les pays nord-africains bénéficient généralement d’infrastructures plus développées, d’une base manufacturière plus diversifiée et d’une meilleure intégration aux marchés internationaux. L’Afrique australe conserve également plusieurs positions fortes, tandis que l’Afrique de l’Ouest enregistre une montée en puissance progressive grâce notamment aux performances du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
Le rapport souligne une évolution encourageante à l’échelle continentale. Entre 2010 et 2024, quarante et un des cinquante-quatre pays africains étudiés ont amélioré leur score d’industrialisation. Parmi les pays ayant réalisé les avancées les plus remarquables figurent le Bénin, la République démocratique du Congo, Djibouti, le Gabon, la Mauritanie, la Somalie, le Sénégal, le Rwanda, la Guinée et la Sierra Leone. Ces États ont gagné plusieurs places dans le classement grâce à l’amélioration de leurs infrastructures, à l’essor de certains secteurs industriels ou à des réformes favorables à l’investissement. À l’inverse, des pays comme la Libye, le Botswana, le Niger, Madagascar ou encore les Seychelles ont connu un recul significatif, reflétant les effets combinés des crises économiques, politiques ou sécuritaires.
Malgré quelques progrès, l’Afrique centrale demeure l’une des régions les moins industrialisées du continent. Le Gabon apparaît comme le pays le mieux positionné de cette sous-région, devant la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale et le Cameroun. Ces résultats traduisent les difficultés persistantes liées à la faible transformation locale des matières premières, à l’insuffisance des infrastructures industrielles et aux contraintes pesant sur le secteur privé.
Au-delà des avancées enregistrées, le rapport met en garde contre une lecture trop optimiste des résultats. Les performances manufacturières demeurent le principal point faible de la plupart des économies africaines. Les capacités de production restent limitées, les exportations de produits transformés insuffisantes et la compétitivité industrielle encore fragile. Bien que la valeur ajoutée manufacturière du continent ait progressé ces dernières années, l’Afrique représente toujours moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations mondiales de produits manufacturés.
Pour les auteurs du rapport, l’industrialisation africaine ne pourra franchir un nouveau palier sans une coopération régionale renforcée. La mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le développement de chaînes de valeur régionales, la création de corridors industriels ainsi que l’investissement massif dans les infrastructures, l’innovation et les compétences apparaissent comme les principaux leviers de transformation. Le défi est désormais clair : transformer les progrès observés en une véritable révolution industrielle capable de créer davantage d’emplois, de réduire la dépendance aux exportations de matières premières et d’accélérer la croissance économique du continent.



